GCAP : comme le SCAF, le programme patine et révèle les désaccords entre pays européens

Le SCAF n’est pas le seul programme d’avion de combat du futur à traverser une crise. Le GCAP, son rival lancé par le Royaume-Uni, le Japon et l’Italie, accumule lui aussi les mauvaises nouvelles. Budget bloqué, contrats en retard, Japon agacé.

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GCAP Global Combat Air Programme
© Hunini / Unsplash / Montage BuzzArena
  • Le programme GCAP, porté par le Royaume-Uni, le Japon et l’Italie, est en crise avec des retards et un budget bloqué.
  • Le Royaume-Uni retarde le projet faute de plan budgétaire, avec un contrat provisoire de 686 millions de livres signé pour seulement trois mois.
  • Les coûts explosent et le Japon s’inquiète des retards, car le GCAP doit remplacer ses F-2 à l’horizon 2035.

La situation ressemble à la situation du SCAF depuis des mois face au blocage entre Dassault et Airbus. Le GCAP, pour Global Combat Air Programme, remplacera les Eurofighter Typhoon britanniques et les F-2 japonais à l’horizon 2035. On parle de BAE Systems, Leonardo et la coentreprise japonaise JAIEC, qui ont créé en juin 2025 une structure industrielle commune appelée Edgewing.

Le GCAP patine et montre les désaccords entre les pays d’Europe

Le programme a pour ambition de faire voler un démonstrateur en 2027 puis livrer l’avion en 2035. En août 2024, l’Infrastructure Projects Authority, agence indépendante chargée d’évaluer les grands projets, a attribué un label rouge au GCAP. En clair, l’agence estime la réussite du programme « impossible ».

Sauf que voilà, le vrai problème est financier. Le contrat de développement entre les trois gouvernements et Edgewing aurait dû être signé en fin d’année 2025. La raison du retard est simple. Le Royaume-Uni n’a pas publié son Defence Investment Plan, le document budgétaire qui fixe les enveloppes du GCAP pour la prochaine décennie.

Ce plan accumule les retards en raison d’un trou dans le budget de défense britannique estimé à 28 milliards de livres. En avril 2026, les trois gouvernements ont signé un contrat provisoire de 686 millions de livres pour tenir trois mois. Pour rappel, le SCAF est dans la même impasse depuis des mois entre Dassault et Airbus.

Un projet coûteux pour les pays qui participent au GCAP

Il faut dire que les coûts du GCAP ont explosé. En Italie, la facture est passée de 6 milliards d’euros au lancement à 18,6 milliards d’euros attendus, soit un triplement. En 2027, le Japon a engagé 700 milliards de yens, soit environ 4,4 milliards d’euros. Le Royaume-Uni ne donne pas de chiffre officiel. Les estimations de 2023 parlaient de 12 milliards de livres sur dix ans. Une somme déjà jugée sous-évaluée par les experts du secteur.

Le Japon est le partenaire le plus inquiet. Tokyo a besoin du GCAP pour remplacer ses F-2 dès 2035, face aux J-36 et J-50. Il s’agit des chasseurs de sixième génération que la Chine est en train d’essayer, tout en s’attaquant à la réputation du Rafale français. Pour le Japon, le retard n’est pas une question budgétaire abstraite. C’est un risque capacitaire direct.

Le Royaume-Uni et l’Italie sont moins pressés. Londres et Rome voient le GCAP comme un système à long terme, un chasseur connecté à une flotte de drones autonomes. Cette différence de priorités provoque des frictions depuis l’été 2025. Et pour cause. Le SCAF connaît exactement le même type de divergence. La France a besoin d’un avion capable de porter l’arme nucléaire et de décoller d’un porte-avions, ce que l’Allemagne juge inutile.

Mais le Royaume-Uni pourrait se tourner vers les avions étasuniens

Le GCAP doit aussi résister aux pressions étasunniennes. Le Royaume-Uni est historiquement proche de Washington. Les États-Unis pourraient préférer vendre leurs F-35 à Londres. Aucun intérêt pour les États-Unis à ce que le GCAP aboutisse et soit un concurrent.

Berlin est dans la même situation. L’Allemagne a commandé des F-35A pour remplacer ses Tornado. Ce qui renforce la chaîne industrielle étatsunienne au détriment du SCAF, dont la médiation de la dernière chance a échoué le 18 avril 2026.

GCAP Global Combat Air Programme
© Jack Eckersley

En avril 2026, une petite avance a eu lieu. Les trois gouvernements ont signé le contrat de développement provisoire de 686 millions de livres avec Edgewing. Ce contrat court jusqu’à la fin du mois de juin 2026, date à laquelle le Royaume-Uni espère publier son Defence Investment Plan. Si ce plan confirme les financements du GCAP, un contrat pluriannuel plus large sera signé. Si les fonds ne sont pas au rendez-vous, le programme risque d’être retardé au-delà de 2035.

L’Allemagne pourrait aussi rejoindre le GCAP. Friedrich Merz, chancelier allemand, a évoqué la possibilité lors de sa visite à Rome en janvier 2026. Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, s’est dite ouverte. Le Japon est réticent. Car voilà, un nouveau partenaire ralentirait les décisions et compliquerait la gouvernance. Rappelons que c’est précisément l’entrée de l’Espagne en 2019 qui a fragilisé l’équilibre industriel du SCAF entre Dassault Aviation et Airbus.

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