L’Europe aura deux chasseurs de sixième génération, et Berlin doit vite choisir son camp

Le GCAP, programme d’avion de combat du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon, pourrait accueillir un quatrième membre. Lorenzo Mariani, directeur général de Leonardo, s’est dit ouvert à accueillir l’Allemagne après la mort du SCAF franco-allemand.

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  • Leonardo ouvre la porte à une entrée de l’Allemagne dans le GCAP, le programme de chasseur de sixième génération porté par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon.
  • Cette ouverture intervient après l’effondrement du chasseur commun du SCAF, plombé par le conflit industriel entre Dassault Aviation et Airbus.
  • Rien n’est acté, car le Japon craint des retards et Londres refuse de céder trop de tâches à forte valeur.

Le 22 juin 2026, Lorenzo Mariani, directeur général de Leonardo, a ouvert ses bras à Berlin dans les colonnes du Financial Times. « Je serais heureux de voir des industriels allemands rejoindre notre projet », a-t-il déclaré. « Un partenaire qui amène à la fois des capitaux et un savoir-faire industriel serait un atout. »

Après le SCAF, l’Allemagne tentée par l’option GCAP

Depuis décembre 2022, le programme mondial de combat aérien regroupe le britannique BAE Systems, l’italien Leonardo et le japonais JAIEC, mené par Mitsubishi Heavy Industries. Il s’agit de bâtir un chasseur de sixième génération capable de remplacer l’Eurofighter Typhoon et le Mitsubishi F-2.

À l’horizon 2035, ce nouvel appareil entrera en service. En juin 2025, les trois partenaires ont créé une coentreprise, Edgewing, pour piloter le projet. En avril 2026, cette structure a décroché un contrat de conception de 686 millions de livres. En 2027, un démonstrateur prendra son premier vol. 

En 2027, un démonstrateur prendra son premier vol. Le programme mobilise déjà 9 000 personnes, dont 3 000 en Italie. Cette ouverture survient deux semaines après l’abandon du chasseur commun franco-allemand, alors qu’Emmanuel Macron jugeait encore le SCAF pas tout à fait mort.

Le SCAF est tombé sur un blocage industriel entre l’allemand Airbus et le français Dassault Aviation. En 2017, Emmanuel Macron et Angela Merkel, alors chancelière, onr lancé ce programme. On parle de 100 milliards d’euros, le chantier le plus cher de la défense européenne.

En mars 2026, la crise a éclaté quand Dassault accusait Airbus de saboter le programme. Le cœur du désaccord tenait au refus de la cogestion par Éric Trappier, patron de Dassault Aviation, qui exigeait un maître d’œuvre unique pour le chasseur. Airbus, porteur des intérêts allemands et espagnols, refusait ce rôle de second plan.

Sauf que voilà, ce conflit de gouvernance a tué l’avion commun. Et ce 9 ans après le lancement, sans le moindre prototype et après 1,8 milliard d’euros engagés par la France.

L’Allemagne a jusqu’à l’automne prochain pour trancher

Mais ce n’est pas tout, le SCAF n’a pas entièrement disparu. Le 8 juin 2026, Paris et Berlin ont arrêté le chasseur, mais plusieurs piliers du programme survivent à la rupture. Le cloud de combat et les drones tiennent encore.

Et le moteur confié à Safran et MTU progresse toujours. C’est surtout l’avion piloté qui s’est effondré, pas l’ensemble du projet. Mais à l’inverse, le GCAP a réussi là où le SCAF a échoué, car il a posé dès le départ une gouvernance à parts égales. Ce que Dassault Aviation refusait. Jusque vers 2060, la France misera sur le Rafale au standard F5.

En Allemagne, trois portes restent ouvertes. Le 9 juin 2026, 8 industriels emmenés par Airbus ont formé la Team Gen 6 pour porter un chasseur sous direction allemande. Berlin peut aussi rejoindre un programme déjà lancé. Et un rapprochement entre Airbus et Saab a déjà été évoqué pour une alternative. En parallèle, Airbus défend les drones et le cloud de combat hérités du SCAF. Résultat, l’Allemagne avance sans la France et la décision finale tombera à l’automne.

Sauf qu’une participation allemande est loin d’être actée. Le Japon redoute un nouveau partenaire qui retarderait l’avion, car Tokyo refuse tout retard face à la menace chinoise. Au Royaume-Uni, l’invitation de Lorenzo Mariani a reçu un silence gêné car Londres ne veut pas céder davantage de tâches à forte valeur.

Mais un dossier loin d’être facile pour Berlin

Pour rappel, ce partage des tâches a justement fait échouer le SCAF. Le financement britannique inquiète aussi. En juin 2026, John Healey, alors ministre britannique de la Défense, a démissionné et a reproché au gouvernement de ne pas engager les moyens promis. Keir Starmer, Premier ministre du Royaume-Uni, reste pourtant aux commandes et a relancé le GCAP avec Sanae Takaichi, Première ministre du Japon.

Lorenzo Mariani, directeur général de Leonardo, tempère donc son invitation. Une nation en plus maintenant, avec les mêmes droits que les trois autres, bousculerait l’équilibre du trio. Lui-même juge toutefois que « les bénéfices à long terme sont clairs ».

« On peut commencer par la politique, mais sans accord de l’industrie sur les objectifs et le partage des tâches, cela devient très difficile », a-t-il prévenu. Le patron de Leonardo veut accélérer la production, agrandir ses sites et créer des milliers d’emplois.

Bref, l’Allemagne intéresse le programme pendant que la France cherche déjà une autre voie pour l’après-Rafale. Et en attendant, l’Europe risque d’aligner trop de chasseurs de sixième génération, avec chacun qui joue perso.

Source : Financial Times

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