Le SCAF est le programme d’armement le plus cher et le plus ambitieux de l’histoire européenne. Il faut dire que le projet ne se limite pas à un simple avion de chasse. On parle d’un écosystème complet de combat aérien de sixième génération estimé à 100 milliards d’euros. Sauf que voilà, le programme est en crise depuis des mois. Voici tout ce qu’il faut savoir.
- Qu’est-ce que le SCAF ?
- Quels pays participent au SCAF ?
- Pourquoi le SCAF est-il en crise ?
- Le SCAF est-il menacé d’annulation ?
- Le SCAF peut-il remplacer le Rafale ?
- Combien coûte le SCAF ?
- Quand le SCAF sera-t-il opérationnel ?
- SCAF vs autres programmes militaires
- Quel moteur pour le SCAF ?
- Quelle est la différence entre le SCAF et un avion de combat classique ?

Depuis plusieurs années, le SCAF fait couler beaucoup d’encre. Malheureusement, les pays rassemblés autour de ce projet, dont la France, n’arrivent pas à se mettre d’accord. L’avion de chasse patine en plein contexte géopolitique tendu entre le conflit en Iran, l’Ukraine envahie par la Russie et les attaques d’Israël contre la Palestine depuis le 7 octobre 2024 malgré la protestation mondiale. Dans le monde, la situation est tendue comme jamais depuis la Guerre froide.
Bref, l’Europe a besoin de s’équiper entre nouveau porte-avions et avion de chasse futuriste. Le SCAF est donc très important pour la défense hexagonale mais aussi à l’échelle de l’Europe. La rédaction de BuzzArena vous a préparé un dossier qui résume l’important autour de ce projet en répondant à toutes vos questions.
Qu’est-ce que le SCAF ?
SCAF signifie Système de Combat Aérien du Futur. C’est un programme militaire trinational lancé en 2017. Le point de départ ? Développer un système complet de combat aérien de nouvelle génération. On ne parle pas seulement d’un avion de chasse. Le SCAF regroupe un chasseur furtif piloté appelé NGF pour Next Generation Fighter. On parle aussi d’essaims de drones pilotés par IA et d’un réseau de communication sécurisé appelé « cloud de combat ». Il faut ajouter à cela des capteurs de nouvelle génération et un environnement de simulation. Un arsenal complet pour la défense, mais aussi l’attaque.
En gros, le NGF sera le nœud central d’un réseau connecté en direct. Les drones serviront d’éclaireurs, de leurres et de relais. Le cloud de combat permettra de relier les avions, les drones et les centres de commandement entre eux. Pour donner une idée claire, c’est un bond technologique comparable au passage du Nokia 3310 à nos smartphones actuels boosté à l’IA. Le programme vise à remplacer le Rafale et l’Eurofighter Typhoon à l’horizon 2040.
Quels pays participent au SCAF ?
C’est la France et l’Allemagne qui ont lancé le programme en 2017. Le président Emmanuel Macron et Angela Merkel, ex-chancelière allemande, avaient alors signé l’accord de coopération. L’Espagne a rejoint le SCAF en 2019 comme membre à part entière. Madrid est représentée par Airbus Espagne et par le motoriste ITP Aero. La Belgique a pris le rôle d’observateur en rejoignant le projet. Bruxelles avait prévu 300 millions d’euros dans sa Vision stratégique de la Défense 2025.
Een Frans-Duits-Spaans gevechtsvliegtuig van de zesde generatie zal er niet komen. Het water is daarvoor te diep, zo blijkt al maanden en wordt nu bevestigd door Bondskanselier Merz.
— Theo Francken (@FranckenTheo) February 20, 2026
België is observator in dit programma. We zullen onze positie herbepalen in overleg met onze…
Sauf que voilà, les choses ont changé depuis. Le ministre belge de la Défense, Theo Francken, a pris ses distances avec le SCAF. Il a écrit sur X que le programme était enterré. La Belgique préfère miser sur ses 34 F-35 achetés à Lockheed Martin. Ce n’est pas tout puisque l’Allemagne remet en cause le programme et la Belgique s’éloigne depuis février 2026. Tout n’est pas terminé puisque l’Espagne reste engagée.
Madrid a réaffirmé son soutien total au SCAF sur la base des règles de l’accord-cadre de juin 2019. L’Inde s’est aussi manifestée. New Delhi discute avec Paris pour un possible partenariat si le SCAF s’effondre. Le chef d’état-major indien Anil Chauhan a confirmé que New Delhi souhaitait rejoindre l’un des deux programmes d’avion de combat de sixième génération.
Pourquoi le SCAF est-il en crise ?
Le conflit entre Dassault Aviation et Airbus est au cœur de cette crise qui s’enlise. Le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier, a déclaré le 4 mars 2026 que le programme « est mort » si Airbus refuse de coopérer. Dassault accuse Airbus de torpiller le SCAF depuis des mois. Le torchon brûle entre les entreprises et fait patiner le SCAF.
Mais alors d’où vient ce blocage ? Tout tourne autour du NGF. Dassault a été nommé maître d’œuvre du futur chasseur, et ce dès le départ. Airbus refuse d’être relégué au second plan. Pour Éric Trappier, un avion de combat ne se construit pas en « co-co-co », comme il le dit. Il faut un seul patron technique. C’est la doctrine française depuis le Rafale.
Le PDG d’Airbus, Guillaume Faury, a quant à lui proposé une« solution à deux avions ». Éric Trappier rejette cette idée. Deux avions, c’est deux fois plus de coûts et la fin de l’intérêt économique du programme. Le dialogue est bloqué et ça ne s’arrête pas là. Le 1er avril dernier lors du du forum Guerres et paix organisé par Le Point, Éric Trappier a réaffirmé son refus d’une cogestion avec Airbus et se donne trois semaines pour trouver un accord. Et il y a aussi la question des besoins de chaque participant.
La France souhaite un avion capable de porter l’arme nucléaire et de décoller d’un porte-avions. L’Allemagne n’a pas ces besoins puisque Berlin n’a pas de porte-avions ou d’arme nucléaire aéroportée. Le chancelier allemand Friedrich Merz a dit clairement que Berlin « n’a pas besoin du même avion que la France ». En Allemagne, le syndicat IG Metall a raflé 85,8 % des voix chez Airbus Deutschland et réclame l’abandon du projet franco-allemand. Même si en parallèle, le chancelier allemand a nommé deux médiateurs pour débloquer le problème.
Le SCAF est-il menacé d’annulation ?

La situation est critique. Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont lancé une ultime tentative de médiation en mars 2026. Un responsable gouvernemental allemand a confirmé à Reuters que la France et l’Allemagne se donnent jusqu’à la mi-avril 2026 pour trouver un accord. Berlin a besoin de boucler son budget, le temps presse. Alors pas question de laisser traîner des milliards avec un programme qui ne mène nulle part. Surtout quand des partenaires comme MBDA, le fabricant des missiles, croient encore au projet.
Le comité d’entreprise d’Airbus Deutschland a rejeté toute idée de médiation avec Dassault Aviation. Le chef du comité Thomas Pretzl demande à Berlin de quitter le SCAF et de lancer un chasseur national. C’est un signal politique fort.
En clair, la médiation lancée par Emmanuel Macron est torpillée avant même que le dialogue ne commence. Si aucun accord n’est trouvé d’ici mi-avril, le SCAF sera probablement enterré. Berlin regarde déjà vers les F-35 et vers le GCAP, le programme du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon. Résultat, la France prépare l’après-SCAF… mais sans le dire.
Le Rafale F5 est prévu pour 2030 avec un nouveau radar et un capteur optronique de dernière génération. Dassault développe un drone de combat furtif via le programme nEUROn. La piste indienne est aussi étudiée. L’Inde est déjà cliente du Rafale et Safran participe au moteur de l’AMCA indien. L’Inde pourrait remplacer l’Allemagne aux côtés de la France si le programme survit.
Le SCAF peut-il remplacer le Rafale ?
C’est l’objectif de départ. Le SCAF a comme but de remplacer le Rafale et l’Eurofighter Typhoon à l’horizon 2040. Pour rappel, la France a quitté le programme Eurofighter dans les années 1980 pour les mêmes raisons que celles qui bloquent le SCAF. Dassault avait ensuite développé le Rafale, tout seul. L’avion est depuis un succès commercial mondial. La France les vend en Inde, en Égypte, aux Émirats arabes unis, en Indonésie et en Grèce.
Dassault se porte très bien sans le SCAF. Le groupe a publié un chiffre d’affaires de 7,42 milliards d’euros en 2025. Le carnet de commandes atteint 46,6 milliards d’euros avec 220 Rafale. La Marine indienne a commandé 26 Rafale Marine et New Delhi négocie 114 appareils en plus.
Le 300e Rafale a même été livré en 2025, preuve que la machine est bien huilée. Éric Trappier prépare le standard F5 du Rafale et un drone de combat furtif. Bref, si le SCAF meurt, Dassault a son plan B. Airbus affirme pour sa part être prêt à développer seul son propre avion de combat.
Vous l’aurez compris, le Rafale a encore de beaux jours devant lui. Le standard F5 prévu pour 2030 intègre des drones et une connectivité de pointe. Le cloud de combat développé pour le SCAF pourra alimenter le Rafale F5. Le général Bellanger a estimé que le cloud de combat est « le plus gros acquis du SCAF ».
Reste une mauvaise nouvelle pour le Rafale F5. Les Émirats arabes unis ne souhaitent plus payer l’avion. La France est donc face à une facture de 5 milliards d’euros, seule. Mais pourquoi une telle situation ? L’Hexagone refuse de partager ses technologies sensibles avec Abou Dhabi qui était prêt à mettre 3,5 milliards d’euros sur la table, soit 70 % du budget. Dassault Aviation ne veut pas partager ses capteurs, sa fusion de données et ses logiciels de guerre électronique
Combien coûte le SCAF ?
La facture est salée. Très. On parle d’un budget total estimé à 100 milliards d’euros. C’est le programme d’armement le plus cher de l’histoire européenne. La France a déjà englouti 1,8 milliard d’euros d’argent public sans qu’un seul avion n’ait volé. Autant dire qu’en termes d’image, le gouvernement n’est pas au mieux.
Mais alors d’où vient cette facture ? Il faut remonter avant 2017. En 2012, la France et le Royaume-Uni ont aligné 13 millions d’euros pour préparer un premier démonstrateur. En 2014, une étude de faisabilité à 150 millions d’euros a suivi. La France portait aussi le démonstrateur de drone furtif nEUROn depuis 2006. Le budget de ce programme se situe entre 405 et 460 millions d’euros. En gros, avant même le premier contrat avec l’Allemagne, la France a payé entre 330 et 360 millions d’euros sur des programmes précurseurs.
La facture a explosé avec la phase trinationale. En février 2019, une étude de concept de 65 millions d’euros a été notifiée. La phase 1A a suivi à 155 millions d’euros en 2020 avec l’Espagne. Le gros morceau, c’est la phase 1B du 15 décembre 2022 pour 3,2 milliards d’euros. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 4,5 milliards d’euros pour le SCAF sur sept ans.
En 2026, la France a prévu 1,2 milliard d’euros en autorisations d’engagement. De l’argent public qui part vers un programme au point-mort, en pleine crise économique hexagonale. La pilule passe mal auprès de certains citoyens, forcément. Surtout quand la situation presse et que les années comptent.
Quand le SCAF sera-t-il opérationnel ?

L’objectif de départ est une mise en service vers 2040. Le premier vol du démonstrateur NGF était prévu entre 2028 et 2029. Mais voilà, le programme a pris un retard considérable puisque la Phase 2 n’a toujours pas de contrat. Le démonstrateur en vol prend aussi du retard. La phase 1B de 3,2 milliards d’euros patine depuis le début de l’année 2026.
En clair, si le programme survit à la crise de mi-avril 2026, il faudra encore des années pour rattraper ce retard. Les 2 000 ingénieurs de Dassault Aviation à Saint-Cloud sont en sous-charge depuis le début de l’année. Dassault a averti ses représentants du personnel d’un risque pour les emplois dès avril 2026. Un programme national de remplacement prendrait entre dix et quinze ans. La France a besoin d’un appareil opérationnel vers 2040-2045 pour assurer sa dissuasion nucléaire aéroportée.
SCAF vs autres programmes militaires
Le SCAF n’est pas le seul programme militaire. Son principal rival est le GCAP pour Global Combat Air Programme. Ce programme rassemble le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. Il est le fruit de la fusion du projet Tempest et du programme F-X japonais en décembre 2022. Le GCAP vise une entrée en service dès 2035. C’est cinq ans avant le SCAF. Le démonstrateur volera en 2027. La coentreprise Edgewing a été créée en juin 2025 pour piloter le développement.
La différence entre les deux programmes est surtout politique. Le SCAF est bloqué là où le MGCS avance parce que la gouvernance est trop lourde. Le GCAP a une structure plus resserrée. BAE Systems pilote la cellule, Rolls-Royce s’occupe du moteur et Leonardo l’électronique et MBDA est chargé des armes. La répartition est claire dès le départ, pas de mauvaise surprise.
Il y a aussi le programme NGAD aux États-Unis. Boeing a remporté le contrat EMD en mars 2025. Le NGAD part avec un avantage de termes de fusion multi-capteurs et d’intégration de drones. Et puis il y a la Chine, grand ennemi de l’Occident. Pékin a déjà plus de 300 J-20 de cinquième génération et vise 1 000 appareils d’ici 2035. Bref, le retard du SCAF n’est pas un petit caillou dans la chaussure de la France et ses partenaire. C’est un risque stratégique pour l’Europe entière.
Quel moteur pour le SCAF ?
Le moteur du NGF sera développé par la coentreprise EUMET pour European Military Engine Team. Cette société a été créée en avril 2021 sous la forme d’une joint-venture 50/50 entre Safran Aircraft Engines et MTU Aero Engines. EUMET est basée à Munich et dirigée par un directeur général nommé par Safran. Le motoriste espagnol ITP Aero a rejoint la structure comme partenaire principal.

La répartition est la suivante. Safran prend la responsabilité de la conception et de l’intégration du moteur. L’entreprise s’occupe aussi des parties chaudes, soit les plus complexes et les plus essentielles. ITP Aero développe la turbine basse pression et la tuyère. MTU est leader pour les services MRO. Le nouveau moteur sera conçu sur la base du M88, le réacteur qui propulse le Rafale.
Les ambitions sont énormes pour le moteur du SCAF. La turbine atteindra des températures de l’ordre de 2 100 kelvins, soit environ 1 825 degrés. Le moteur sera à cycle variable, capable d’ajuster le ratio entre les flux d’air primaire et secondaire. Il sera aussi doté d’une tuyère orientable pour améliorer la maniabilité. On évoque une poussée bien supérieure à celle du Rafale. Il était envisagé que le démonstrateur soit équipé d’un M88 modifié, mais le retard du programme repousse tous les jalons.
Quelle est la différence entre le SCAF et un avion de combat classique ?
Un avion de combat de cinquième génération comme le F-35 ou le Rafale est conçu comme une plateforme autonome. À bord, ses propres capteurs, armes et systèmes de guerre électronique. Le pilote fait tout depuis son cockpit. Le SCAF change cette logique de fond en comble.
Le NGF sera le cœur d’un « système de systèmes ». Il pilotera des essaims de drones collaboratifs en direct via une IA embarquée. Le cloud de combat reliera tous les éléments du dispositif. On parle de l’avion, des drones, des satellites, des centres de commandement au sol et des navires de la Marine. En gros, le NGF ne sera pas un simple avion de chasse. Ce sera un centre de commandement volant capable de coordonner une bataille aérienne entière.
La furtivité est aussi très importante. Le SCAF utilisera une technologie appelée Enhanced Low Observability. Elle permet que l’avion soit le plus invisible possible face aux radars et aux capteurs infrarouges ennemis. Le Rafale est discret par sa forme et ses matériaux. Le NGF pousse le curseur beaucoup plus loin. Sa cellule sera conçue dès le départ pour minimiser la signature électromagnétique. Les armes seront logées en soute interne pour ne pas créer de points de réflexion radar. Les entrées d’air et les tuyères seront redessinées pour réduire la trace infrarouge des moteurs.
Réagissez à cet article !