Le SCAF est au bord du gouffre mais Eric Trappier ne lâche rien. Le 1er avril 2026, PDG de Dassault Aviation a réaffirmé son refus catégorique de cogérer le futur avion de combat avec Airbus. « Je ne suis pas un homme de cogestion » a-t-il déclaré lors du forum Guerres et paix organisé par Le Point.

- Le 1er avril 2026, Eric Trappier a réaffirmé son refus total de cogérer le SCAF avec Airbus.
- Dassault et Airbus se donnent encore 2 à 3 semaines pour trouver un accord après la médiation lancée par Emmanuel Macron et Friedrich Merz.
- Le blocage vient surtout de besoins militaires incompatibles entre la France, qui veut un avion nucléaire et embarquable, et l’Allemagne, qui n’en a pas besoin.
Eric Trappier ajoute : « Je ne suis pas pour qu’un projet industriel ambitieux qui va servir à nos armées soit cogéré. Il faut un chef. » La position est claire depuis des mois et elle ne bouge pas. Il faut dire que le bras de fer dure depuis des années. Dassault Aviation représente la France et refuse d’être l’un des « co-co-co » face à Airbus, mandaté par l’Allemagne et l’Espagne. En mars, Eric Trappier a accusé Airbus de torpiller le programme et déclaré que « le projet est mort » si la coopération ne reprenait pas.
Le torchon brûle entre Dassault et Airbus à propos du SCAF
Son argument est simple : « Rafale, on l’a fait tout seul, on sait faire tout seul et Eurofighter, ils l’ont fait à quatre. » Et sur ces quatre pays qui ont construit l’Eurofighter, trois ont fini par acheter des F-35 aux États-Unis. Eric Trappier pose la question ouvertement. Est-ce que cette situation a « contribué à l’Europe de la défense » ?
Sauf que voilà, le temps presse : « On se donne encore un petit peu de temps, 2-3 semaines pour essayer de trouver un accord entre Français et Allemands, entre Dassault et Airbus, pour trouver un équilibre qui permettrait de continuer le projet. » Le 19 mars, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont lancé une médiation de la dernière chance entre les deux industriels. Berlin doit boucler son budget fédéral et ne laissera pas des milliards gelés sur un programme au point mort. Face à cette situation, l’Allemagne a donc nommé des médiateurs.
Le problème de fond est militaire. La France a besoin d’un avion capable de porter l’arme nucléaire et de décoller d’un porte-avions. « On va faire un avion qui succédera au Rafale, il faut qu’il conduise des missions et qu’il aille sur un porte-avions. Ce sont des conditions majeures » a insisté Eric Trappier. L’Allemagne n’a pas d’arme nucléaire et pas de porte-avions. Friedrich Merz l’a reconnu en février. « Les Français ont besoin d’un avion capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions. Ce n’est pas ce dont nous avons besoin. » Bref, ce sont deux cahiers des charges incompatibles. Et c’est là que tout bloque.
L’Allemagne s’éloigne de plus en plus du SCAF
En Allemagne, le syndicat IG Metall et le comité d’entreprise d’Airbus ont rejeté toute idée de médiation avec Dassault. Thomas Pretzl, président du comité d’entreprise, demande à Berlin de quitter le programme et de lancer un chasseur national. IG Metall a raflé 85,8 % des voix aux élections professionnelles chez Airbus. C’est la ligne dure. Jürgen Kerner, vice-président du syndicat, a déclaré que Dassault Aviation a « perdu toute crédibilité en Europe ». Michael Schoellhorn, PDG d’Airbus Defence and Space, estime que « deux avions séparés seraient une option viable ». En gros, tout le monde en Allemagne pousse vers la sortie.

Résultat, la facture est déjà lourde. La France a englouti 1,8 milliard d’euros d’argent public sur le SCAF sans qu’un seul avion n’ait vu le jour. Sa Phase 2 n’a toujours pas de contrat et le démonstrateur en vol prévu avant 2029 prend du retard. Et chaque mois de blocage coûte des dizaines de millions d’euros en plus. On parle tout de même du programme d’armement le plus cher de l’histoire européenne avec un budget estimé à 100 milliards d’euros.
Mais ce n’est pas tout. Eric Béranger, PDG de MBDA, redoute aussi l’annulation. Le fabricant de missiles co-dirige le pilier 3 du programme, celui des remote carriers, les drones autonomes conçus pour accompagner le futur chasseur. « Cette coopération fonctionne très bien » a déclaré Eric Béranger. Le volet drones avance correctement alors que celui d’avion de combat est au point mort. MBDA tente de sauver ce qui marche.
Et si la France se tournait vers l’Inde pour le volet aviation ?
Friedrich Merz s’est dit déterminé à sauver le SCAF. Mais il a aussi admis qu’il a failli abandonner le programme. Berlin questionne ouvertement sa participation et regarde déjà vers les F-35 et le programme GCAP du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon. Theo Francken, ministre belge de la Défense, a écrit sur X que « le SCAF est mort ». La Belgique s’est éloignée du programme. Seule l’Espagne maintient son engagement total.
Dassault ne restera pas sans solution. En 2025, le groupe a publié un chiffre d’affaires de 7,42 milliards d’euros avec 220 Rafale en commande. Eric Trappier prépare le standard F5 du Rafale pour 2030 et développe un drone de combat furtif via le programme nEUROn. L’Inde discute avec Paris pour un partenariat si le SCAF s’effondre. New Delhi partage les besoins de la France sur un avion nucléaire et embarquable. Si le programme meurt, Dassault a son plan B.
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