L’Espagne reste optimise à propos du SCAF, plus gros projet financier de l’histoire européenne. Ángel Escribano, le patron d’Indra, a pris la parole lors du II Encuentro Expansión Industria de Defensa. Il a déclaré que le SCAF « est trop important pour l’Europe » et qu’il « ne fait aucun doute qu’il y aura un avion ».

En face, la France et l’Allemagne se déchirent depuis des mois. Le 4 mars, Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a déclaré que le programme « est mort » si Airbus refuse de travailler avec Dassault. Friedrich Merz, le chancelier allemand, dit que Berlin n’a « pas besoin du même avion que la France ». Bref, tout le monde tourne le dos au programme sauf Madrid.
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L’Espagne croit encore au SCAF et ne lâche pas l’affaire
Pour rappel, le SCAF est l’acronyme de Système de combat aérien du futur. Un projet lancé en 2017 par la France, l’Allemagne et l’Espagne. On parle d’un budget estimé à 100 milliards d’euros. Le projet a pour objectif de remplacer le Rafale et l’Eurofighter par un avion de sixième génération à l’horizon 2040. Sauf que voilà, le programme est au point mort depuis le début de l’année 2026.
Ángel Escribano qu’un programme aussi immense traverse forcément « des phases de discussion entre gouvernements et entre entreprises ». Selon lui, les différences de perspectives commerciales sont normales. Indra, coordinateur national pour l’Espagne, revendique 33 % du plan industriel. À Madrid, on joue la carte de l’apaisement et de l’optimisme.
L’entreprise développe les systèmes d’avionique et les capteurs du futur chasseur. Mais Indra ne fabrique pas la cellule de l’avion. C’est donc une place en plus, pas vraiment un leader. José Vicente de los Mozos, le PDG d’Indra, a précisé à Euractiv que l’entreprise « travaille bien avec Dassault et Airbus ». Mais langue de bois total à propos du conflit entre les deux groupes.
Car la réalité chez les Français est brutale. Dassault a le monopole du savoir-faire en avion de combat en Europe. L’entreprise a livré 26 Rafale en 2025, vise 28 en 2026 et affiche un carnet de commandes record de 46,6 milliards d’euros. Éric Trappier a dit clairement que Dassault « peut développer seul » un successeur au Rafale si la France le demande.
Un « plan B » sur la table depuis 2021, le Rafale F5 prévu pour 2030. L’avion embarquera un nouveau radar, un capteur optronique de dernière génération et sera adapté au futur missile nucléaire hypersonique ASN4G. La France a aussi lancé le développement d’un drone de combat furtif via le programme nEUROn.
Quelles alternatives au projet SCAF en cas d’abandon ?
Ce duo pourrait remplacer le SCAF à lui seul. En gros, Paris prépare l’après-SCAF sans le dire officiellement. Le programme a déjà coûté1,8 milliard d’euros à la France et les 2 000 ingénieurs de Dassault à Saint-Cloud sont en sous-charge. Pourquoi continuer un projet qui semble mort-né, malgré les espoirs de Madrid ?

L’Allemagne a pris ses distances de manière tout aussi nette. Le 18 février, Friedrich Merz a remis en cause la pertinence du programme dans un podcast. Berlin veut un avion de défense territoriale, pas un chasseur adapté au naval pour porter le nucléaire. Les besoins militaires des deux pays ne tiennent pas dans un seul fuselage. Guillaume Faury, le patron d’Airbus, a même évoqué en février l’idée de deux avions séparés.
Éric Trappier a rejeté cette option. Berlin regarde déjà vers les F-35 étasuniens, preuve que la fin est proche. Le programme GCAP du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon avance vers une mise en service dès 2035. C’est cinq ans avant le calendrier du SCAF. En parallèle, la Belgique s’est éloignée du programme et Berlin questionne ouvertement sa propre participation.
L’Espagne a de bonnes raisons de ne pas abandonner le SCAF
Mais alors pourquoi l’Espagne tient-elle bon ? Madrid n’a pas de tradition de construction d’avions de combat. L’Espagne dépend d’Airbus Defence pour sa base industrielle aéronautique. Si le SCAF s’effondre, l’industrie espagnole perd son unique accès à un programme de sixième génération.
L’Espagne n’a pas de plan B. Pas de Rafale F5 ou de drone de combat furtif national. Son choix est donc limité. Soit le SCAF fonctionne, soit Madrid se retrouve en dehors de la course. Pedro Sánchez a d’ailleurs soutenu la position de Berlin en septembre 2025 sur la répartition du travail à un tiers chacun. L’Espagne joue l’arbitre et tente de garder les deux camps à la table des négociations.
Il faut dire que la position espagnole a aussi une valeur stratégique pour le futur. Si la France et l’Allemagne ne s’entendent pas, Madrid sera le pivot que les deux camps voudront attirer. Indra sera un partenaire recherché quel que soit le scénario avec ses compétences en avionique et en capteurs.
Ángel Escribano le sait. Sa déclaration optimiste ne doit rien au hasard. C’est une manière de signaler que l’Espagne reste disponible pour les deux options. Soit un SCAF à trois, soit un programme à la carte. Paris discute d’ailleurs avecl’Inde pour prendre le relais de Berlin. L’Espagne pourrait très bien se retrouver dans un SCAF version 2 avec de nouveaux partenaires.
En clair, l’optimisme d’Ángel Escribano cache un calcul froid. L’Espagne n’a aucun intérêt à claquer la porte d’un programme à 100 milliards d’euros. Elle est le seul des trois pays à ne pas avoir de solution de repli.
- L’Espagne, via Indra, affirme que le SCAF est « trop important pour l’Europe » et qu’il y aura un avion.
- La France et l’Allemagne s’opposent, Dassault parle d’un programme « mort » et Berlin dit ne pas vouloir le même avion.
- Le SCAF est au point mort depuis le début de 2026, et Madrid n’a pas de plan B industriel hors SCAF.
Source : Expansion
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