Personne n’ose encore prononcer le mot « échec » pour le SCAF. Le programme d’avion de combat européen traverse sa pire crise et la médiation franco-allemande touche à sa fin. Trois scénarios se dessinent pour l’avenir du programme le plus cher de l’histoire de la défense européenne.

- La médiation franco-allemande entre Dassault Aviation et Airbus arrive à sa date butoir à la mi-avril 2026, dans ce qui apparaît comme la pire crise du SCAF.
- Le scénario le plus probable est une rupture franco-allemande, avec une France qui développerait seule un successeur au Rafale.
- Une séparation partielle ou une relance entre la France et l’Allemagne restent possibles, mais elles paraissent moins réalistes.
La mi-avril 2026 est la date butoir. Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont lancé une ultime médiation entre Dassault Aviation et Airbus pour sauver le programme estimé à 100 milliards d’euros. Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a déclaré que le programme « est mort » si Airbus refuse de coopérer. En Allemagne, le syndicat IG Metall et le comité d’entreprise d’Airbus rejettent toute médiation et réclament un chasseur national. Voici les trois scénarios les plus probables, du plus au moins réaliste.
1/ Une rupture franco-allemande
Le premier scénario est la rupture franche. C’est le plus probable. La France développerait seule un successeur au Rafale via le standard F5 prévu en 2030 et le drone de combat furtif hérité du programme nEUROn. Eric Trappier refuse la cogestion et se donne trois semaines pour trouver un accord, mais personne dans l’industrie n’a l’air d’y croire.

Il faut dire que Dassault Aviation se porte très bien sans le SCAF. Le chiffre d’affaires 2025 atteint 7,42 milliards d’euros et le carnet de commandes culmine à 46,6 milliards d’euros avec 220 Rafale en commande. La France a déjà quitté le programme Eurofighter dans les années 1980 pour les mêmes raisons et Dassault a développé le Rafale en solo. L’histoire se répéterait.
Berlin se tournerait vers le GCAP, le programme rival du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon, ou achèterait des F-35 aux Etats-Unis. L’Allemagne en a déjà. Paris chercherait un nouveau partenaire et l’Inde discute avec la France pour un programme de sixième génération. New Delhi partage les besoins français sur un avion nucléaire embarquable, contrairement à Berlin.
Le problème de ce scénario, c’est le coût. Un programme national coûte bien plus cher par appareil produit. La France aurait besoin d’un chasseur opérationnel vers 2040-2045 pour assurer sa dissuasion nucléaire aéroportée. Il faudrait entre dix et quinze ans pour le développer.
2/ Une séparation mais pas totale
Le deuxième scénario est la séparation mais pas totale. La France et l’Allemagne se sépareraient sur l’avion NGF mais garderaient la coopération sur les drones et le cloud de combat. On parle du seul volet du SCAF qui fonctionne. Le général Bellanger a estimé que le cloud de combat est « le plus gros acquis du SCAF », plus que l’avion lui-même.

Eric Béranger, PDG de MBDA, a confirmé que le programme des drones « fonctionne très bien » alors que le volet avion est au point mort. En gros, l’Allemagne questionne le programme et la Belgique s’éloigne, mais personne ne veut perdre les technologies déjà développées. La coentreprise EUMET entre Safran et MTU sur les moteurs avance correctement.
La France réinjecterait ces technologies dans le Rafale F5 et l’Allemagne dans un éventuel programme avec le Royaume-Uni. Ce scénario évite l’humiliation politique d’un échec total mais reconnaît que les besoins militaires de la France et de l’Allemagne sont incompatibles.
3/ Une relance entre la France et l’Allemagne
Le troisième scénario est la relance coopérative et c’est le moins probable. La médiation aboutirait à un compromis sur la gouvernance du NGF. Dassault garderait le rôle de maître d’œuvre pour la partie avion. Airbus profiterait d’un partage plus large des tâches sur les sous-ensembles.
Pour rappel, Friedrich Merz a nommé des médiateurs pour tenter de débloquer la situation et a déclaré vouloir « se battre » pour le programme. L’Espagne reste engagée et l’Inde pourrait rejoindre le programme comme quatrième partenaire, ce qui changerait la donne financière. Sauf que voilà, ce scénario se heurte à un obstacle de fond.
La France exige un avion qui porte l’arme nucléaire et qui décolle d’un porte-avions. L’Allemagne n’a besoin d’aucune de ces deux capacités. Friedrich Merz l’a dit lui-même : « Les Français ont besoin d’un avion capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions. Ce n’est pas ce dont nous avons besoin. » Ce sont deux cahiers des charges incompatibles et neuf ans de blocage n’ont pas réglé ce problème.
Bref, le dossier complet du SCAF montre que le programme est dans une impasse politique et industrielle. Quel que soit le scénario, la France paiera plus que prévu. Le bilan financier est catastrophique avec 1,8 milliard d’euros d’argent public englouti et le Rafale F5 a déjà perdu son cofinancement émirien.
Le SCAF patine comme jamais. Les 2 000 ingénieurs de Dassault Aviation à Saint-Cloud sont en sous-charge. Et chaque mois de blocage coûte des dizaines de millions d’euros. La mi-avril approche et donnera la ligne directrice pour les vingt prochaines années de l’aviation de combat européenne.
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