Rafale F5 : la France a trouvé comment faire payer les Émirats sans leur confier tous les secrets de son avion

C’est officiel, les Émirats arabes unis financeront une partie des futurs équipements du Rafale F5. Patrick Pailloux, délégué général pour l’armement, l’a expliqué au micro de BFM Business. Les secrets français resteront protégés.

Sommaire
Rafale F5
© Unsplash/Montage BuzzArena
  • Les Émirats arabes unis financeront certains équipements du Rafale F5, dont le moteur, le radar ou les capteurs.
  • La France conservera le contrôle des technologies jugées souveraines, notamment l’architecture numérique du chasseur.
  • L’accord doit encore devenir un contrat industriel, après l’échec des premières négociations sur le partage des technologies sensibles.

C’est le vendredi 30 octobre 2026 que Patrick Pailloux a pris la parole sur BFM Business pour parler de l’accord entre la France et les Émirats arabes unis. Les Émiratis participeront au financement des futurs équipements du standard F5, dont le moteur. En revanche, la France gardera la maîtrise des technologies qui touchent à sa souveraineté.

Les Émirats arabes unis participeront au financement du Rafale F5

C’est il y a dix jours que la France et les Émirats arabes unis ont signé un accord intergouvernemental à Abu Dhabi pour prolonger la nouvelle coopération autour du Rafale F5. Patrick Pailloux précise que le texte n’est pas encore un contrat industriel. « Il faut encore que tout ça soit transformé en contrat. Il y a des discussions entre les industriels émiriens et les industriels français », précise-t-il.

Abu Dhabi ne produira donc pas le Rafale F5 avec Dassault Aviation. Les Émirats arabes unis financeront certains équipements puis les entreprises des deux pays travailleront dessus. Patrick Pailloux évoque les capteurs, les réservoirs, le radar, le moteur ou les pods. Des modules sous le chasseur pour détecter une cible notamment.

« Ils vont financer des objets qui seront dans le F5, y compris le moteur », résume Patrick Pailloux. Paris pourra donc profiter d’une aide financière sans que le cœur technologique du Rafale ne soit totalement ouvert.

Rappelons que les premières négociations ont échoué exactement à cause de ce sujet. L’an dernier, Abu Dhabi demandait une participation industrielle bien plus grande en échange d’une contribution jusqu’à 3,5 milliards d’euros sur un développement estimé à cinq milliards. La France a alors refusé de partager certaines technologies sensibles. Résultat, Paris et Abu Dhabi ont rompu leurs discussions sur le financement du Rafale F5.

Paris gardera les secrets de son futur chasseur

Le nouvel accord cherche donc un équilibre tout autre. Les Émirats arabes unis ne s’occuperont pas des briques jugées stratégiques par la France. Patrick Pailloux assure qu’aucun partenariat ne met en danger « notre souveraineté ».

Parmi les protections, celle de l’architecture numérique du chasseur. Bref, la France continue sa stratégie de protection très forte comme le montre le calculateur de mission du Rafale qui fusionne les informations de ses capteurs.

Rafale

Patrick Pailloux rappelle que le standard F5 est plus qu’une simple mise à jour. « On va tout changer sauf la forme de l’avion », explique-t-il. Le standard F5 aura un radar RBE2-XG, une protection électronique SPECTRA F5, une nouvelle liaison de données et le moteur M88 T-REX. C’est cet été que Dassault Aviation, Thales, MBDA et Safran ont reçu les premiers contrats industriels du chasseur. On parle de neuf tonnes de poussée visée pour le T-REX contre 7,5 tonnes pour le M88 actuel.

Le Rafale F5 sera aussi une nouvelle étape en termes de guerre puisqu’en 2028, la France testera un chasseur accompagné par un drone de combat. Il sera alors possible pour le pilote de partager des informations avec le drone pour repérer des cibles, brouiller des radars ou préparer une frappe. La France cherche à retrouver sa capacité à neutraliser les défenses antiaériennes ennemies parmi les autres chantiers en préparation.

Un standard F5 important après la fin du chasseur du SCAF

Le calendrier du standard F5 est central après les difficultés du SCAF. La France cherche à garder un avion de combat au meilleur niveau sans attendre un chasseur européen. C’est en 2033 environ que la qualification du nouveau standard est visée puis l’année d’après une entrée en service. À partir de 2035, Dassault Aviation proposera le Rafale F5 à l’exportation selon Éric Trappier, le PDG.

SCAF AIRBUS
© Tiraden

Les Émirats arabes unis ne sont pas étrangers au chasseur français puisqu’en 2021, ils ont commandé 80 Rafale F4 pour environ 16 milliards d’euros. C’est cette année que les premières livraisons ont commencé pour une flotte qui précédera de peu le standard F5.

Les Émirats arabes unis financent donc des équipements du Rafale F5 sans pour autant toucher aux secrets que Paris classe parmi ses technologies souveraines.

Réagissez à cet article !

Un avis, une expérience, un désaccord ? La discussion est ouverte.