Le Rafale F5 perd son principal financeur. Les Emirats arabes unis refusent de payer pour le prochain standard de l’avion de combat français et Paris se retrouve seule face à une facture de 5 milliards d’euros. Le programme prend du retard, comme le SCAF européen.

- Les Emirats arabes unis refusent de financer le Rafale F5 après le refus français de partager des technologies sensibles.
- La France doit désormais assumer seule une facture de 5 milliards d’euros, avec des livraisons du Rafale F5 attendues en 2033 qui seront décalées.
- Ce retrait fragilise encore davantage l’avenir de l’aviation de combat française au moment où le programme SCAF traverse une crise majeure.
Les deux pays négociaient un accord depuis des mois. Abou Dhabi était prêt à mettre 3,5 milliards d’euros sur la table, soit 70 % du budget total. En échange, les Emirats exigeaient un accès aux technologies sensibles, notamment en optronique. La France a refusé. Dassault Aviation ne voulait pas partager ses capteurs, sa fusion de données et ses logiciels de guerre électronique. Abou Dhabi a tiré les conclusions et s’est retiré.
La France refuse de transférer ses technologies à Abou Dhabi
En décembre 2025, la rupture a eu lieu lors d’une visite d’Emmanuel Macron à Abou Dhabi. Le président français n’a pas débloqué la situation. Selon La Tribune, Emmanuel Macron a répercuté son agacement sur le ministère des Armées, la Direction générale de l’armement et l’état-major des armées, tous jugés responsables de la mauvaise gestion du dossier.
Il faut dire que la position française se comprend. Le Rafale F5 est un programme stratégique pour la souveraineté militaire. L’optronique permet de détecter des cibles à grande distance sans émettre le moindre signal. Un transfert de cette technologie fragiliserait l’avantage opérationnel de la France. Sauf que voilà, 3,5 milliards d’euros en moins dans les caisses, ça fait très mal. Le ministère des Armées étalera le financement sur la loi de programmation militaire 2024-2030 qui prévoit 413 milliards d’euros au total. Les livraisons du Rafale F5 attendues en 2033 seront décalées.
En gros, le Rafale F5 est une évolution profonde de l’avion de Dassault Aviation. Il n’existe pas d’avion de cinquième génération dans le catalogue de l’avionneur français. Le F5 comble ce vide et assure la transition avec le futur chasseur de sixième génération.
Quelles nouveautés au programme ? Un radar au nitrure de gallium Thales RBE2 XG, une suite de guerre électronique SPECTRA modernisée, de nouveaux capteurs optroniques et des réservoirs de carburant conformes. Le moteur M88 a 20 % en plus de poussée grâce au programme T-REX, qui passe de 73 kN à 88 kN en postcombustion. Le tout dans le même encombrement que le M88 de base. Le F5 embarquera aussi un drone de combat furtif, hérité du programme nEUROn.
Un nouveau retard après celui du SCAF européen
Et puis n’oublions pas que ce retrait tombe au pire moment. Le programme SCAF traverse sa pire crise depuis 2017. Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a déclaré que le programme « est mort » si Airbus refuse de coopérer. Le blocage porte sur la gouvernance du NGF, le futur chasseur. Dassault exige le rôle de maître d’œuvre. Airbus refuse.

Eric Trappier a rejeté toute idée de cogestion avec Airbus et se donne trois semaines pour trouver un accord. Friedrich Merz, chancelier allemand, a lancé une médiation de la dernière chance entre les deux industriels. Mais en Allemagne, le syndicat IG Metall et le comité d’entreprise d’Airbus rejettent toute médiation et réclament un chasseur national.
Résultat, la France se retrouve dos au mur sur les deux dossiers. Le Rafale F5 sans les milliards émiratis et le SCAF au bord de l’effondrement. On parle d’un bilan catastrophique pour le programme européen avec 1,8 milliard d’euros d’argent public englouti et zéro avion. Si le SCAF meurt, la France développera seule un successeur au Rafale. Le budget total est estimé à 100 milliards d’euros. C’est le programme d’armement le plus cher de l’histoire européenne.
Malgré tout, le chiffre d’affaires de Dassault Aviation est positif
Pour rappel, Dassault Aviation se porte bien malgré tout. Le chiffre d’affaires 2025 atteint 7,42 milliards d’euros. Le carnet de commandes culmine à 46,6 milliards d’euros avec 220 Rafale en commande. La Marine indienne a commandé 26 Rafale Marine et New Delhi négocie 114 appareils de plus. En 2025, le 300e Rafale a été livré. Et la piste indienne reste ouverte. L’Inde discute avec Paris pour un partenariat sur un avion de sixième génération si le SCAF s’effondre. New Delhi partage les besoins de la France sur un avion nucléaire embarquable, contrairement à Berlin.
Bref, les Emirats ne ferment pas la porte définitivement. Plusieurs sources n’excluent pas un retour d’Abou Dhabi après 2027. Il faut dire que les relations entre les deux pays restent solides. Des pilotes français de Rafale interceptent chaque jour des drones iraniens Shahed au-dessus de l’espace aérien émirien.

Les Emirats restent le plus gros client export du Rafale avec 80 appareils au standard F4 commandés pour 16 milliards d’euros. Les premières livraisons sont prévues fin 2026. Mais la vexation est là. Abou Dhabi estime que Paris a fait preuve d’arrogance avec ce refus de tout transfert de technologie malgré le chèque proposé. La France a fait un choix de souveraineté qui se comprend.
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