SCAF : le fabricant des missiles redoute l’annulation de l’avion de combat européen

Eric Béranger, PDG de MBDA, a pris la parole à propos du SCAF. Le fabricant européen de missiles co-dirige le pilier 3 du programme avec Airbus. Il s’agit du développement des remote carriers, des drones autonomes conçus pour accompagner le futur avion de combat de sixième génération. Et le dirigeant redoute l’annulation même si les choses s’arrange un peu, selon lui.

Sommaire
MBDA
© MBDA
  • Eric Béranger affirme que la coopération autour des remote carriers fonctionne bien et MBDA veut sauver ce volet du SCAF.
  • Le blocage reste total entre Dassault et Airbus sur l’avion de combat de nouvelle génération, au point de menacer l’ensemble du programme.
  • Une échéance a été fixée à la mi-avril pour tenter d’éviter l’abandon du SCAF.

« Cette coopération fonctionne très bien » a déclaré Eric  Béranger lors de la présentation des résultats annuels de MBDA. C’est un message fort alors que le SCAF est sur le point d’être enterré, faute d’un accord entre la France et l’Allemagne. Mais MBDA tient encore à ce projet et le fait savoir.

À lire : Tout savoir sur le SCAF, l’avion européen du futur

MBDA espère que le SCAF survivra aux turbulences

MBDA travaille sur les remote carriers avec Airbus Defence and Space et le consortium espagnol SATNUS. Eric Béranger espère « poursuivre la coopération fructueuse pour le développement des drones », qu’importe le sort des autres volets du SCAF. Même si le reste du programme s’effondre, le fabricant de missiles cherche à protéger son travail sur les drones.

SCAF
© Rama

Sauf que voilà, le reste du programme pose problème. Le SCAF est estimé à 100 milliards d’euros. Les deux maîtres d’œuvre s’affrontent depuis des années sur la conception de l’avion de combat de nouvelle génération. Eric Trappier, PDG de Dassault, a accusé Airbus de torpiller la coopération et déclaré que « le projet est mort » si Airbus maintient sa position.

Michael Schoellhorn, PDG d’Airbus Defence, a confié à Euractiv que le problème ne concernait « qu’une seule entreprise en particulier », sans citer Dassault. Le dirigeant ajoute que « si l’on parle du chasseur de nouvelle génération, nous avons en effet affaire à deux entreprises qui ont des visions totalement différentes de ce qu’est un projet de coopération européen ». En clair, Airbus et Dassault ne sont d’accord sur rien.

La France et l’Allemagne n’arrivent pas à se mettre d’accord

Il faut dire que les positions sont irréconciliables. Dassault exige le contrôle total de la conception de l’avion. Airbus refuse le rôle d’exécuteur. La France veut un chasseur capable de porter l’arme nucléaire et d’opérer depuis un porte-avions. L’Allemagne a besoin d’un avion de défense territoriale. Le chancelier allemand Friedrich Merz a questionné ouvertement la participation de Berlin au programme. Et le comité d’entreprise d’Airbus a rejeté toute médiation avec Dassault et demandé à Berlin de quitter le programme.

Une nouvelle échéance pour résoudre le conflit a été fixée à la mi-avril. Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont lancé une mission de rapprochement entre Airbus et Dassault lors du sommet européen de Bruxelles. C’est la dernière tentative avant un possible abandon. Des médiateurs ont même été nommés.

Mais ce n’est pas tout. MBDA ne se contente pas des drones du SCAF. Le fabricant de missiles a doublé sa production entre 2023 et 2025. Les livraisons de missiles Aster ont dépassé de cinq fois les prévisions de base. La production de Mistral a été multipliée par quatre.

En 2026, MBDA prévoit une nouvelle hausse de 40 % de sa production globale et un doublement des livraisons d’Aster. Eric Béranger a annoncé un plan d’investissement de 5 milliards d’euros sur cinq ans pour muscler l’outil industriel. Le groupe recrute 2 800 personnes en 2026. Son chiffre d’affaires atteint 5,8 milliards d’euros avec un carnet de commandes de 44,4 milliards. Un niveau record.

À lire : Airbus présente Bird of Prey, son système anti-drones kamikazes

La France doit rapidement se réarmer

Pour rappel, la France a annoncé le plan France Munitions de 8,5 milliards d’euros. L’objectif est de reconstituer les stocks de munitions des armées entre 2026 et 2030. La guerre en Ukraine et le conflit en Iran ont montré à quel point les stocks européens de missiles sont insuffisants. Un haut responsable militaire français a confié à Reuters que les stocks de missiles Aster 30 et Patriot étaient « inférieurs aux niveaux requis ».

SCAF AIRBUS
© Tiraden

Résultat, le SCAF patine. Si la partie des drones avance, le volet avion de combat est au point mort. La France a déjà dépensé 1,8 milliard d’euros d’argent public sur le programme sans qu’un seul avion n’ait vu le jour. MBDA veut sauver ce qui marche. Reste à savoir si le programme survivra à la mi-avril.

Réagissez à cet article !

1 commentaire

  1. Baldin dit :

    La solution de 2 ngf reste la seule viable, la France était frileuse car trop chère, mais le ralliement de l’Inde cote français, résoudrait le problème.