SCAF : l’Inde peut-elle remplacer l’Allemagne aux côtés de la France ?

L’Inde discute avec la France pour créer ensemble un avion de combat de sixième génération dans le cadre du programme SCAF. Ce rapprochement a lieu alors que le projet européen à 100 milliards d’euros est au point-mort après le divorce entre Paris et Berlin

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avion de combat SCAF
© Unsplash

New Delhi a fait passer un message clair à Paris. Selon les informations du média indien The Print, des discussions ont eu lieu entre l’Inde et la France pour un possible développement et une production d’un avion de chasse de sixième génération. On parle ici du programme SCAF (Future Combat Air System), le plus ambitieux projet d’armement de l’histoire européenne. Il faut dire que le programme, lancé en 2017 par la France, l’Allemagne et l’Espagne, traverse une crise sans précédent.

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La France et l’Inde se rapprocherait pour créer un avion de combat

Le SCAF, c’est un budget colossal de 100 milliards d’euros. L’idée de départ est de développer un système complet de combat aérien de nouvelle génération pour remplacer le Rafale et l’Eurofighter à l’horizon 2040. On ne parle pas seulement d’un avion de chasse, mais d’un écosystème entier.

Des essaims de drones pilotés par IA, un réseau de communication sécurisé appelé “cloud de combat“, des capteurs de nouvelle génération et un chasseur furtif piloté au centre du dispositif. En théorie, c’est le futur de la puissance aérienne européenne. En pratique, c’est un champ de bataille industriel entre Dassault Aviation et Airbus.

Sauf que voilà, depuis huit ans, le programme n’avance plus. Dassault Aviation, qui porte le Rafale et a des décennies d’expérience dans les avions de combat, revendique 80 % du travail sur le chasseur de nouvelle génération (NGF). Airbus, qui représente l’Allemagne et l’Espagne, refuse cette domination et exige une répartition équitable. Le bras de fer porte aussi sur la propriété intellectuelle. Dassault refuse de partager ses technologies de commandes de vol et de furtivité, qu’il considère comme le cœur de sa souveraineté industrielle. Airbus, en face, refuse de financer un projet dont il ne maîtrise pas les technologies clés.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a mis les pieds dans le plat la semaine dernière. Selon lui, le programme ne fonctionne plus pour l’Allemagne. La raison est technique, la France veut un avion capable de porter des armes nucléaires et d’opérer depuis un porte-avions. Berlin n’a besoin d’aucune de ces deux capacités. L’Allemagne a démantelé ses centrales nucléaires et n’a aucun porte-avions. Theo Francken, ministre belge de la Défense et observateur du programme, a été encore plus direct. Sur le réseau social X, il a lâché deux mots : « SCAF is dead ».

Pour rappel, ce n’est pas la première fois que la France claque la porte d’un programme d’avion de combat multinational. Dans les années 1980, Paris avait quitté le programme Eurofighter Typhoon pour exactement les mêmes raisons : un avion capable de porter le nucléaire et de décoller d’un porte-avions. Dassault a ensuite développé le Rafale en solo. Résultat, l’avion est devenu un succès commercial mondial, vendu en Inde, en Égypte, aux Émirats arabes unis, en Indonésie et en Grèce.

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Deux pays avec des relations solides de longue date

C’est précisément là que l’Inde entre en jeu. Contrairement à l’Allemagne, New Delhi a exactement les mêmes besoins que Paris. L’Inde a deux porte-avions et en prévoit un troisième. Le pays est aussi une puissance nucléaire qui cherche à renforcer sa triade nucléaire entre terre, mer et air. En clair, les exigences de conception qui ont fait exploser le couple franco-allemand ne posent aucun problème entre la France et l’Inde. Les deux pays veulent la même chose. C’est-à-dire un avion furtif, nucléaire et embarquable sur porte-avions.

Il faut dire que la relation entre Paris et New Delhi dans le domaine aéronautique est déjà solide. L’Inde possède 36 Rafale et a commandé 26 Rafale Marine. Et ce n’est pas fini. Un méga-contrat pour 114 Rafale supplémentaires est en cours de finalisation. Emmanuel Macron devrait le signer lors de sa visite en Inde. Environ 90 de ces appareils seraient fabriqués sur le sol indien, ce qui ferait de l’Inde le deuxième plus gros opérateur de Rafale au monde avec 176 appareils.

Safran, le motoriste du Rafale, a déjà ouvert un centre de maintenance, réparation et révision (MRO) à Hyderabad pour le moteur M88. Le groupe français a aussi signé une coentreprise avec BEL (Bharat Electronics Limited) pour fabriquer localement le missile air-sol Hammer. Et surtout, l’Inde discute avec Safran pour codévelopper le moteur de l’AMCA, son propre avion de combat de cinquième génération. Bref, tout un écosystème industriel franco-indien se met en place. Il servira aussi bien pour le Rafale que pour un futur avion de sixième génération.

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Mais tout n’est pas joué et le projet peut tomber à l’eau

Pour l’Inde, l’enjeu est aussi stratégique. La Chine possède déjà plus de 300 J-20, des avions de combat de cinquième génération. Pékin vise 400 appareils d’ici 2027 et 1 000 d’ici 2035. L’AMCA indien n’entrerait en service qu’aux alentours de 2035. Le Pakistan, dans le même temps, cherche à acquérir le J-31 chinois d’ici 2029. « L’Inde ne peut pas se permettre d’être distancée. Il faut commencer à travailler sur les technologies de sixième génération », a déclaré le maréchal de l’air Anil Chopra, ancien pilote d’essai et ex-directeur général du Center for Air Power Studies (CAPS).

Mais il ne faut pas non plus être naïf. L’Inde a déjà vécu un échec similaire. New Delhi faisait partie du programme FGFA avec la Russie pour développer un avion de cinquième génération. Le projet a donné naissance au Su-57, mais l’Inde a quitté le programme en 2018. Moscou refusait de partager les technologies clés et New Delhi n’était pas satisfait de certains paramètres de conception. Le maréchal de l’air Chopra prévient : « L’Inde devrait envisager de rejoindre le SCAF, mais tout dépendra de la répartition du travail. Les partenaires du SCAF ont déjà eu des problèmes de ce type avec la France, qui a cherché à dominer. »

Dassault et la France ont une réputation bien établie dans ce domaine. Paris a une longue histoire de programmes collaboratifs qu’il finit par quitter après avoir exigé la part du lion. L’Eurofighter Typhoon, le Panavia Tornado… à chaque fois, la France est partie en cours de route. L’Inde doit s’assurer que Dassault ne cherche pas simplement un partenaire pour financer le développement de son propre avion, sans offrir de contrepartie technologique réelle.

Il faut aussi noter que l’Inde a le choix. Le Japon et le Royaume-Uni ont aussi invité New Delhi à rejoindre le GCAP (Global Combat Air Programme), un programme concurrent mené par Londres, Tokyo et Rome. La production du Su-57 russe reste aussi une option, même si elle est plus lointaine. En gros, l’Inde a toutes les cartes en main. Mais le plus dur reste de choisir le bon partenaire et surtout de s’assurer que le transfert de technologies sera réel et pas seulement cosmétique.

  • L’Inde et la France ont lancé des discussions préliminaires pour codévelopper un avion de combat de sixième génération dans le cadre du SCAF.
  • Ce rapprochement arrive alors que le SCAF est en crise, avec un blocage entre Dassault et Airbus sur la répartition du travail et les technologies.
  • L’Inde partage les besoins de la France sur un avion nucléaire et embarquable, mais le transfert de technologies sera le point décisif.

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