Le SCAF, mort et enterré ? Airbus se tournerait vers Saab pour un avion de combat de 6e génération

Pour le SCAF, c’est encore plus la crise. Airbus songe au suédois Saab pour préparer un avion de combat de sixième génération. Pendant ce temps, Dassault Aviation refuse toujours de céder la maîtrise du futur chasseur européen. En gros, l’Allemagne cherche maintenant une porte de sortie.

Sommaire
SCAF Saab avion Airbus
© Msgt. Billy Johnston, USAF
  • Le SCAF s’enfonce dans la crise : Dassault refuse de céder la maîtrise du futur chasseur européen, pendant qu’Airbus Defence and Space regarde déjà vers Saab pour préparer une alternative.
  • Le blocage vient surtout des besoins militaires opposés : la France veut un avion capable d’opérer depuis un porte-avions et d’emporter l’arme nucléaire, quand l’Allemagne vise surtout un chasseur intégré à l’OTAN.
  • Le scénario le plus crédible devient une séparation du chasseur piloté, avec des briques communes sauvées autour du cloud de combat, des drones et du moteur.

Le symbole est énorme. Le SCAF incarne la souveraineté militaire européenne avec comme ambition de remplacer le Rafale français et l’Eurofighter allemand et espagnol autour de 2040. Ensuite, le but est de connecter avions, drones et capteurs dans un cloud de combat. Bref, un projet hautement technologique en pleine période de tensions géopolitiques. Entre le Moyen-Orient et l’Ukraine, le climat est lourd.

À lire : Tout ce qu’il faut savoir sur le SCAF, le projet d’avion futuriste européen

Saab, l’après-SCAF pour Airbus en cas d’échec ?

On parle d’un projet évalué autour de 100 milliards d’euros pour le SCAF, soit un énorme chantier. Sauf que voilà, derrière les grands discours sur l’Europe de la défense, les industriels ne se mettent plus d’accord sur l’essentiel. Et le projet patine depuis déjà trop longtemps.

En avril 2026, la médiation entre Dassault et Airbus n’a pas débloqué le programme. Dassault Aviation réclame le rôle de maître d’œuvre du New Generation Fighter, le chasseur piloté du SCAF. Airbus Defence and Space représente les intérêts allemands et espagnols, et refuse de se retrouver dans un rôle secondaire. Résultat, le futur avion commun paraît de moins en moins crédible.

SCAF Saab avion Airbus
© Unsplash

Et pour cause, les besoins militaires ne collent juste pas entre la France et l’Allemagne. La France exige un avion capable d’opérer depuis un porte-avions et d’emporter l’arme nucléaire. L’Allemagne n’a pas ces contraintes. Berlin cherche surtout un avion de supériorité aérienne intégré à l’OTAN. Friedrich Merz, chancelier allemand, explique que le différend n’est pas que politique. Ça bloque surtout au niveau du cahier des charges entre Paris et Berlin ne commandent pas le même avion.

C’est dans ce contexte que Saab tombe à point nommé. En décembre 2025, Saab et Airbus ont déjà confirmé des discussions sur des drones de combat pour accompagner le Gripen E et l’Eurofighter. Airbus a présenté son concept Wingman au salon ILA de Berlin en 2024, avec un drone de type chasseur commandé depuis un avion piloté.

Pour les missions, on parle de la reconnaissance au brouillage, l’attaque au sol ou dans les airs. Ça tombe bien puisque cette approche colle parfaitement à la nouvelle guerre aérienne, où le nombre, la connectivité et les drones comptent autant que l’avion piloté.

Saab est le partenaire idéal pour Airbus

Mais ce n’est pas tout. La Suède a accordé un contrat d’environ 2,6 milliards de couronnes suédoises (environ 240 millions d’euros) à Saab pour poursuivre des études sur les futurs systèmes de combat aérien. Ce contrat couvre la période 2025-2027 avec solutions pilotées/non pilotée, des démonstrateurs et des développements technologiques. En gros, Saab ne se contente pas d’attendre que le SCAF soit mort. L’entreprise prépare déjà la suite avec l’administration suédoise du matériel de défense.

Michael Schoellhorn, PDG d’Airbus Defence and Space, défend depuis plusieurs mois l’idée de deux chasseurs distincts à l’intérieur d’un même environnement de combat. La France aurait son appareil adapté au nucléaire et au porte-avions. L’Allemagne aurait son chasseur plus proche de ses propres besoins. Le tout resterait connecté par le cloud de combat et par des drones communs.

Pour Airbus, Saab coche plusieurs cases. Le groupe suédois sait bâtir un avion de combat complet avec le Gripen. Il connaît les contraintes d’un pays européen qui ne veut pas dépendre entièrement des États-Unis dont le poids de Washington pèse trop.

L’entreprise a aussi une expertise solide dans la guerre électronique car son système Arexis équipe déjà des Eurofighter allemands via Airbus. Si Berlin se tourne vers Saab au lieu de Dassault Avion, ce sera un partenaire plus compatible. Parfait car la priorité allemande est un appareil continental et pas un chasseur naval nucléaire.

Pour Dassault Aviation, la situation est beaucoup moins inquiétante qu’elle n’en a l’air. Le constructeur français a livré 26 Rafale en 2025, vise 28 livraisons en 2026 et affiche un carnet de commandes massif. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, répète que la France sait développer seule ses avions de combat. Le Rafale en est la preuve.

Mais certains piliers du SCAF survivent à la discorde

Le plus absurde, c’est que certains piliers avancent mieux que l’avion du SCAF. La coopération Safran et MTU avance bien sur le moteur du futur appareil. Le motoriste français garde les parties chaudes et l’intégration. MTU Aero Engines travaille sur les parties froides et les services. Même chose pourles drones et le cloud, qui restent les composants les plus faciles à sauver si le chasseur disparaît.

Il reste aussi l’Espagne. Madrid ne veut pas abandonner, car Indra et l’industrie espagnole ont besoin du SCAF pour rester dans la course aux technologies de sixième génération. Mais l’Espagne soutient le SCAF sans le poids industriel de Dassault Aviation ou d’Airbus Defence and Space. Madrid joue l’apaisement quand la France et l’Allemagne n’arrivent pas à avancer.

SCAF Saab avion Airbus
© Rama

De faire, les trois scénarios du SCAF reviennent toujours au même point. Soit la France et l’Allemagne rompent franchement, soit elles séparent le chasseur piloté et gardent les briques communes. Sinon elles relancent une coopération, ce qui semble aujourd’hui le moins crédible. Le rapprochement Airbus-Saab donne de plus en plus de poids au deuxième scénario.

Bref, Airbus ne dit pas officiellement que le SCAF est mort. Mais le groupe prépare déjà l’hypothèse où l’avion commun ne verra jamais le jour. Et c’est peut-être ça le vrai tournant. L’Europe ne manque pas de compétences pour construire un avion de combat de sixième génération.Elle manque surtout d’un leader clair, d’une doctrine commune et d’un calendrier que les industriels respectent.

Le bilan financier du SCAF montre déjà le coût de cette indécision. Si Airbus se tourne vers Saab pendant que Dassault prépare son propre chemin, l’avion de combat européen restera juste une idée commune qui n’aura jamais vu le jour. Et encore un échec industriel entre la France et l’Allemagne.

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