SCAF, MGCS : les grands projets franco-allemands sont-ils condamnés à l’échec ?

Le SCAF et le MGCS sont morts à un mois d’intervalle. Depuis 2017, l’avion de combat du futur et le char de nouvelle génération étaient les deux symboles de l’Europe de la défense. Sauf que voilà, la France et l’Allemagne ont enterré le premier au début de l’été. Un mois plus tard, c’était la fin du second. Ces deux échecs posent une question simple : l’Allemagne sait-elle coopérer quand son partenaire est aussi son concurrent industriel ?

Sommaire
SCAF
© Montage BuzzArena
  • Le SCAF et le MGCS sont abandonnés, actant l’échec des deux grands symboles de la défense franco-allemande depuis 2017.
  • Paris accuse Berlin de privilégier ses intérêts industriels, l’OTAN et les achats américains dès qu’elle ne dirige pas les programmes européens.
  • La France accélère donc seule le Rafale F5 et prépare un char de transition, tandis que la coopération à parité avec l’Allemagne s’effondre.

Le 18 février 2026, Friedrich Merz, chancelier allemand, a annoncé la position allemande sur le SCAF. Berlin n’a « pas besoin du même avion que la France », selon Friedrich Merz. La France réclame un avion capable d’apponter sur un porte-avions et d’emporter l’arme nucléaire. L’Allemagne veut un appareil intégré au dispositif de l’OTAN.

Le SCAF et le MGCS, deux échecs récents franco-allemands

Il faut dire que Berlin a choisi le F-35 pour emporter les bombes nucléaires B61 de l’OTAN, une mission que Washington refuse à tout avion européen. Le 22 avril 2026, Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a arrêté les négociations avec Airbus sur le chasseur commun. En juin 2026, la France a acté la fin du programme.

Le MGCS a été abandonné un mois plus tard. Vers 2040, ce char du futur était censé remplacer le Leclerc et le Leopard 2. Le 17 juillet 2026, le ministère allemand de la Défense a réduit le projet à une base de technologies communes. En clair, chaque pays construira son propre char à partir de technologies partagées. Il s’agit d’un revirement total.

En avril 2024, Boris Pistorius, ministre allemand de la Défense, affirmait l’inverse devant son homologue français. « Il ne s’agit pas de faire un Leopard 3 ou 4, il s’agit de concevoir quelque chose d’entièrement nouveau », déclarait Boris Pistorius. Et au printemps, Berlin relançait encore le MGCS pendant que le SCAF était bloqué, car l’Allemagne dirige la structure du char alors que Dassault Aviation dirigeait celle de l’avion.

SCAF AIRBUS
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Le 8 avril 2026, Catherine Vautrin, ministre des Armées, parlait déjà d’un programme « en train de prendre une dizaine d’années de retard ». La France prépare donc un char de transition appelé CAPINT pour succéder au Leclerc.

Le calendrier est contradictoire. Le 17 juillet 2026, Emmanuel Macron et Friedrich Merz tenaient un conseil de défense franco-allemand à Paris. Les deux dirigeants ont qualifié le couple franco-allemand d’indispensable et annoncé un nouveau plan de travail sur l’industrie de défense, dans le cadre de la dissuasion nucléaire avancée. Berlin bénéficie donc de la protection nucléaire française.

Mais ce n’est pas tout puisque le même jour, son ministère de la Défense abandonnait le char commun. Pour rappel, le SCAF pesait 100 milliards d’euros et sa médiation a échoué. La France a déjà engagé 1,8 milliard d’euros sans qu’un appareil ne sorte des chaînes.

Pourquoi ça ne marche pas entre Paris et Berlin ?

Et ce ne sont pas les premiers échecs de la coopération franco-allemande. Le programme MAWS était censé remplacer les avions de patrouille maritime Atlantique 2 français et P-3 Orion allemands. En 2021, Berlin a commandé des P-8A Poseidon de Boeing et Paris a lancé son propre projet.

L’hélicoptère Tigre est un autre exemple. La France et l’Espagne financent la modernisation Mk3. En 2032, l’Allemagne commencera à retirer ses appareils et commandera des Apache de Boeing, un modèle plus ancien que le Tigre. Résultat, les besoins militaires des deux pays divergent avant même que les industriels ne se disputent.

Ce comportement dépasse le cadre franco-allemand. IRIS² est un exemple récent. Cette future constellation européenne de connectivité sécurisée divise déjà. Depuis 2024, Berlin dénonce un projet trop français à cause du poids d’Airbus et de Thales et prépare son propre réseau d’une centaine de satellites militaires.

Idem pour la défense antimissile hypersonique. En 2021, HYDEF a reçu 100 millions d’euros du Fonds européen de défense avec l’allemand Diehl Defence comme responsable technique.

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Depuis juin 2026, le projet rival HYDIS² du missilier européen MBDA regroupe 28 partenaires dans 18 pays. Bruxelles ne financera qu’un intercepteur et Berlin a prévenu qu’elle quittera la coopération si la part industrielle allemande est jugée insuffisante. Et pour cause, l’Allemagne a déjà acheté des batteries Arrow 3 israéliennes et étudie l’Arrow 4.

Quand l’industrie allemande n’a pas l’avantage, Berlin achète hors d’Europe. En 2022, l’Allemagne a lancé l’European Sky Shield Initiative, une défense aérienne à plusieurs niveaux de portée pour une vingtaine d’États.

On parle du Patriot étasunien pour la longue portée et de l’Arrow 3 pour l’interception hors atmosphère, deux armes soumises à la réglementation ITAR qui donne à Washington un droit de regard sur leur utilisation.

L’Allemagne aime acheter chez Washington quand elle ne dirige pas

Le 9 juillet 2026, Friedrich Merz a annoncé l’achat de missiles de croisière Tomahawk et de lanceurs Typhon. En gros, Berlin soutient des programmes européens quand elle en a la direction et achète étasunien dans le cas contraire. Le rapport de mai de l’Institut de Kiel le confirme, l’Allemagne privilégie ses fournisseurs nationaux et les achats paneuropéens sont marginaux.

La France subit déjà les conséquences. Faute d’avion commun, le Rafale volera jusqu’en 2060 sans SCAF. La Direction générale de l’armement ne prévoit pas de chasseur européen « d’ici 2040 au mieux ». Paris accélère donc le standard F5 du Rafale.

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Le 22 juillet 2026, Éric Trappier a confirmé l’abandon du chasseur du SCAF et de son cloud de combat devant la presse d’un « C’est fini. C’est derrière nous ». Bref, le Rafale ne sera remplacé que par un avion français. Le 26 août 2026, Éric Trappier l’a confirmé sur BFM Business, Dassault Aviation développera son Rafale F5 sans partenaire étranger pour 2034.

L’Allemagne n’est plus le partenaire par défaut. L’Inde a confirmé devant son Parlement ses démarches pour rejoindre un SCAF recentré autour de Paris. Airbus discute avec le suédois Saab pour un avion de sixième génération. Mais le modèle de la coopération à parité, un avion et un char partagés à parts égales, n’existe plus.

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