Le Rafale devra tenir jusqu’en 2060 : la France ne compte plus sur le SCAF

Le Rafale volera jusqu’en 2060. Le SCAF franco-allemand n’arrivera pas à temps, ce qui pousse la France à ce que le chasseur soit le pilier de sa puissance aérienne pour près de quatre décennies. En moins d’un an, Paris a lancé les décisions les plus lourdes de l’histoire du programme. On parle d’un nouveau standard, d’un nouveau moteur, d’un missile antiradar et d’un drone de combat.

Sommaire
Dassault Aviation Rafale F5
© Dassault Aviation/Montage BuzzArena
  • Le Rafale doit rester le pilier de la puissance aérienne française jusqu’en 2060, faute de SCAF disponible à temps.
  • Paris accélère le Rafale F5 avec un nouveau radar, de l’IA, un missile antiradar, l’ASN4G nucléaire et un moteur plus puissant.
  • Le programme s’appuie aussi sur un drone de combat furtif et sur l’export, avec l’Inde comme enjeu majeur.

Le 18 février 2026, Friedrich Merz, chancelier allemand, a reconnu ce que les industriels constataient depuis des mois. Le SCAF qui était censé remplacer le Rafale autour de 2040 n’a plus d’avenir dans sa forme actuelle. Le 22 avril 2026, Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a confirmé l’arrêt des discussions avec Airbus sur le chasseur commun.

La Rafale portera la France jusqu’en 2026 face au retard du SCAF

Le programme reste gelé depuis la fin de l’année 2025 et la phase de démonstrateurs n’a jamais démarré. La France a déjà engagé 1,8 milliard d’euros sans qu’un seul appareil ne sorte des chaînes, ce que résume bien l’échec de la médiation entre Dassault et Airbus.

Et pour cause, Paris et Berlin n’ont jamais voulu le même avion. La France exige un chasseur capable de décoller d’un porte-avions et d’emporter l’arme nucléaire. L’Allemagne n’a pas de porte-avions ou de force de frappe nationale.

Dassault Aviation Rafale F5
© Dassault Aviation

Berlin cherche un appareil de défense territoriale intégré à l’OTAN et a commandé des dizaines de F-35 à Lockheed Martin. Pendant ce temps, Dassault Aviation exporte le Rafale hors de l’Alliance. Cette divergence de doctrine est au centre de l’impasse de la coopération franco-allemande.

Sauf que voilà, aucune voie de secours ne tient le calendrier. La Direction générale de l’armement parle d’un chasseur européen disponible « d’ici 2040 au mieux ». Plusieurs scénarios circulent. On parle d’un SCAF réduit au seul commandement ou un avion qu’Airbus lancerait seul. Le groupe européen se tournerait vers Saab pour un appareil de sixième génération. Résultat, le Rafale F5, puis un éventuel F6, couvrira seul les missions de haute intensité pendant une décennie de plus.

Cette accélération tient beaucoup à un revers. Le 7 mai 2025, pendant l’opération Sindoor contre le Pakistan, un missile chinois PL-15 a abattu au moins un Rafale indien. Le tir est parti de près de 200 kilomètres.

Quatre milliards d’euros dans l’armement français

Selon Reuters, qui cite des responsables étasuniens, les pilotes indiens se croyaient hors de portée. New Delhi n’a jamais reconnu la perte, mais des débris du Rafale et du missile ont été retrouvés. L’épisode a alimenté les doutes sur les chasseurs de génération 4.5 face aux défenses sol-air toujours plus denses que déploient la Russie et la Chine, alors que se négocie la commande indienne de 114 Rafale.

En octobre 2024, Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a lancé le standard F5. Le programme concentre maintenant les moyens. On parle de plus de quatre milliards d’euros réservés par la loi de programmation militaire, premier poste du budget d’armement français de l’année.

Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, a parlé d’un « nouvel avion ». Le radar change de génération avec le RBE2-XG de Thales, fondé sur le nitrure de gallium, un matériau qui augmente nettement la portée et la détection face au silicium.

La suite de guerre électronique SPECTRA passe au tout-numérique avec de l’IA. Pendant ce temps, un capteur optronique frontal repère les cibles furtives sans émettre. L’armée prévoit 47 Rafale au standard F5 d’ici 2035, dont les deux escadrons nucléaires de Luxeuil.

Pendant ce temps, le Rafale se renforce

Les armements avancent en parallèle. Le Stratus RS de MBDA redonne la destruction des défenses sol-air à la France. Une capacité disparue depuis la fin des années 1990. MBDA le construit avec le Royaume-Uni et l’Italie.

Ce missile supersonique à statoréacteur vole entre Mach 3 et Mach 5 et suit les radars des ennemis, même éteints. Le 18 mars 2025 à Luxeuil, Emmanuel Macron a confirmé l’arrivée de l’ASN4G sur le F5. Soit un missile nucléaire qui vole entre Mach 6 et Mach 7 sur plus de 1 000 kilomètres, le double de l’ASMP-A. Le missile air-air MICA NG complète l’ensemble, avec des premières livraisons d’ici 2030.

Chaque standard alourdit l’appareil, et le M88 actuel atteint ses limites avec 7,5 tonnes de poussée. En juin 2025, au Salon du Bourget, Safran a lancé le M88 T-REX, qui vise 9 tonnes soit 20 % de plus. Et reste surtout compatible avec les modules actuels. La qualification suivra l’entrée en service du F5, au début des années 2030.

Dassault Aviation Rafale F5
© Dassault Aviation

À la fin de l’année 2025, les Émirats arabes unis ont quitté le financement du F5. Et ce retrait émirati du programme laisse Paris assumer seul la facture. Dassault Aviation prépare aussi un drone de combat furtif qui reprend le démonstrateur nEUROn. Cet appareil accompagnera le Rafale et entrera le premier dans les zones les plus défendues. Son premier vol est prévu avant la fin de la décennie.

Le Rafale, un succès de vente dans le monde

L’exportation consolide enfin le programme. Au 31 décembre 2025, neuf pays ont commandé plus de 533 Rafale, ce qui mutualise le coût des futurs standards. En avril 2025, l’Inde a signé pour 26 Rafale Marine. New Delhi négocie aussi 114 appareils de plus pour son armée de l’air, le plus gros contrat de l’histoire du programme. Un accord industriel avec Tata Advanced Systems prévoit même des fuselages produits en Inde.

La France discute aussi avec le Vietnam, qui étudie l’achat de plusieurs dizaines de Rafale. En clair, Paris ne prépare plus une transition vers un avion européen. Le pays organise l’autonomie du Rafale pour une génération entière. 

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