Le SCAF s’éloigne, l’Allemagne envisage les F-35 américains et tourne le dos à l’Europe

L’Allemagne négocie l’achat de plus de 35 avions de combat F-35 auprès de Lockheed Martin, selon Reuters. Le projet d’avion de combat européen SCAF, qui remplacera le Rafale et l’Eurofighter, est au point mort. La souveraineté européenne en termes de défense prend un sérieux coup.

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F-35 avion de combat
© Official U.S. Navy Page

C’est un coup de tonnerre dans le ciel européen. Selon des sources de l’agence Reuters, l’Allemagne serait en pourparlers pour acheter plus de 35 avions de combat F-35 en plus au constructeur américain Lockheed Martin. Berlin a déjà commandé 35 de ces appareils furtifs en 2022 pour environ 10 milliards d’euros.

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L’Allemagne tournerait le dos à SCAF pour des F-35 américains

La construction du premier F-35 allemand a débuté à Fort Worth en décembre 2024. Les premières livraisons sont pour cette année, avec une mise en service opérationnelle sur la base aérienne de Büchel dès 2027.

Pour rappel, le F-35 est le programme d’armement le plus coûteux de l’histoire. La facture finale du programme dépasse les 1 700 milliards de dollars. Chaque appareil est facturé plus de 80 millions de dollars. Sans compter les moteurs F135, l’infrastructure au sol, la logistique et la maintenance. Si la flotte allemande passe de 35 à 70 appareils ou plus, la facture pourrait dépasser les 15 milliards d’euros selon des estimations parlementaires allemandes.

Le gouvernement allemand a officiellement démenti tout nouveau projet d’achat, ce jeudi 19 février. Un porte-parole du ministère de la Défense a déclaré qu’il n’existait « aucun plan et aucune décision » en ce sens. Sauf que voilà, les sources de Reuters sont formelles. Des discussions sont en cours. L’issue de ces pourparlers reste incertaine, mais le signal est clair. Berlin cherche à gagner du temps face à l’échec du programme SCAF.

Le SCAF, pour Système de Combat Aérien du Futur, c’est le plus gros projet militaire de l’histoire européenne. Lancé en 2017 par la France, l’Allemagne et l’Espagne, il est estimé à plus de 100 milliards d’euros. L’objectif est de développer un avion de combat de sixième génération, le NGF (Next Generation Fighter), en plus de drones de combat, d’armements avancés et d’un cloud de combat. Le tout pour remplacer le Rafale français et l’Eurofighter allemand et espagnol à partir de 2040.

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Une incapacité à se mettre d’accord qui a tué SCAF ?

Le problème, c’est que Dassault Aviation et Airbus Defence & Space n’arrivent pas à se mettre d’accord. La répartition des tâches donne en théorie un tiers à Dassault, un tiers à Airbus Allemagne et un tiers à Airbus Espagne. Mais le partage de la propriété intellectuelle bloque tout.

Dassault refuse de transférer ses technologies de commandes de vol, soit le cœur technologique de tout avion de combat moderne, développées depuis plus de 70 ans. Berlin estime que l’industrie allemande est reléguée au rang de sous-traitant. La Phase 2 du programme avec un premier vol prévu en 2026 est repoussée à 2029. Au mieux.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a clairement remis en question le programme. Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, déclarait que le sort du SCAF serait connu dans les jours à venir. Des experts estiment que la France et l’Allemagne pourraient abandonner le développement de l’avion de combat et ne garder que les drones de combat.

En attendant, l’Allemagne renforce sa dépendance envers les États-Unis alors que l’Europe cherche à s’émanciper, notamment en ripostant face à Visa et Mastercard. Ce qui pose un problème majeur dans le contexte géopolitique actuel.

Et pour cause. Le secrétaire d’État néerlandais à la Défense, Gijs Tuinman, a lâché une bombe sur les ondes de la radio BNR Nieuwsradio. Il a déclaré qu’il était possible de « débloquer un F-35 comme un iPhone » si les États-Unis décidaient de couper l’accès aux mises à jour logicielles.

En clair, les États-Unis contrôlent totalement le logiciel embarqué du F-35. Plus de 8 millions de lignes de code avec du chiffrement multicouche. Les mises à jour, les fichiers de données de mission et la maintenance sont tous gérés par Lockheed Martin et le Pentagone. Si Washington décide de bloquer les mises à jour ou de couper la chaîne d’approvisionnement en pièces détachées, les flottes européennes de F-35 seraient paralysées. C’est ce que les spécialistes appellent le « kill switch ». Un interrupteur à distance que les États-Unis pourraient activer en cas de crise diplomatique.

Gijs  Tuinman a tempéré ses propos. Il a ajouté que le F-35 reste « un meilleur avion que les autres types de chasseurs » même sans mise à jour. Mais le fond du problème reste le même. L’Europe achète massivement un avion de combat dont elle ne contrôle pas le logiciel.

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L’indépendance de l’Europe vis-à-vis des États-Unis est en danger

Le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique, la Norvège, le Danemark, la Pologne, la Finlande, la liste des pays européens de l’OTAN qui ont choisi le F-35 ne cesse de s’allonger. Le programme concurrent anglo-italo-japonais GCAP (Global Combat Air Programme) avance en parallèle et gagne du terrain.

Quant à la France, elle n’a pas besoin du SCAF pour survivre à court terme. Le carnet de commandes du Rafale déborde avec plus de 220 unités à livrer, notamment en Inde (114 appareils, un gros achat), en Indonésie et en Serbie. Le standard F5 du Rafale est programmé pour 2030 et intègre déjà des drones de combat et une connectivité avancée. Dassault a d’ailleurs commencé à réaffecter ses ingénieurs dédiés au SCAF vers d’autres projets.

Résultat, l’Europe se retrouve dans une situation paradoxale. Tout le monde parle de souveraineté et d’indépendance vis-à-vis des États-Unis. Mais dans les faits, le F-35 américain est le standard des armées de l’air européennes. L’objectif d’un avion de combat 100 % européen s’éloigne un peu plus chaque jour.

  • Selon Reuters, l’Allemagne négocie l’achat de plus de 35 F-35 supplémentaires auprès de Lockheed Martin.
  • Le programme SCAF est au point mort, bloqué par le conflit Dassault et Airbus sur la propriété intellectuelle et la Phase 2 glisse à 2029 au mieux.
  • Ce virage renforce la dépendance à un avion dont les États-Unis contrôlent le logiciel, avec la crainte d’un « kill switch » via l’accès aux mises à jour.

Source : Reuters

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