« Nous surutilisons les Rafale » : pourquoi 185 avions de combat ne suffisent plus

L’armée de l’Air use ses Rafale plus vite que prévu. Le parc de 185 Rafale subit une surutilisation de 15 %, avec un pic à 80 % des avions de chasse en vol au mois de mars. La dissuasion nucléaire renforcée voulue par Emmanuel Macron demande plus d’avions et la loi de programmation militaire n’en ajoute aucun.

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Rafale Dassault Aviation
© Unsplash/Montage BuzzArena

C’est devant les sénateurs que le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, a décrit la situation. « Nous surutilisons les Rafale. Polyvalence ne rime pas avec ubiquité », a déclaré le général.

Des Rafale dont l’usure est plus rapide que prévu

Pour la première fois, près de 80 % des avions de chasse ont volé en simultané. L’opération Poker, un exercice de dissuasion, et les missions au Proche et Moyen-Orient expliquent ce problème pour le Rafale. « Il va me falloir rapidement plus d’appareils », a insisté le général. Une cadence opérationnelle qui envoie même quatre Rafale faire le tour du monde en 38 jours à partir de septembre.

© Dassault Aviation

Pour 2035, la loi de programmation militaire fixe un total de 225 avions de combat, avec 40 exemplaires pour la Marine nationale. En février 2025, Sébastien Lecornu, ministre des Armées de l’époque, reconnaissait un besoin de 20 ou 30 avions en plus. Le général Jérôme Bellanger juge ce nombre adéquat.

Sauf que voilà, le texte actualisé au mois de juillet est le même. En 2025, 26 avions sont pourtant sortis des usines. En 2026, la cadence promet 28 exemplaires. Cette cadence dépend d’une chaîne de Mérignac arrêtée par les incendies au mois de juillet.

Le calendrier de livraison aggrave le manque. De 2031-2032 à 2033-2034, la loi actualisée décale la livraison de 20 Rafale F4, pour une sortie directe au standard F5. Ce standard embarquera un moteur T-Rex, un nouveau radar et des drones de combat. D’ici 2035, on parle de 47 Rafale F5 attendus pour porter le futur missile nucléaire ASN4G.

L’Armée pourrait choisir le Rafale F4 et pas le F5

Le général a posé la limite devant les sénateurs. Avant 2033, sans Rafale F5 produits, l’armée choisira le Rafale F4. « À moins de revoir les contrats opérationnels de l’armée de l’Air et de l’Espace sur le segment chasse », précise le général.

Rappelons que la dissuasion a changé de dimension au mois de mars. Emmanuel Macron a annoncé une hausse du nombre de têtes nucléaires depuis la base aérienne 116 de Luxeuil. Cette base retrouvera sa mission nucléaire avec deux escadrons de Rafale F5 et les premiers marchés d’infrastructure sont notifiés.

Cette mission explique l’architecture verrouillée du Rafale F5 contre tout piratage. Un escadron réclame des avions, des pilotes et des heures de vol en plus.

Rafale Dassault Aviation
© Dassault Aviation

Les ravitailleurs manquent dans les mêmes proportions que les Rafale. La flotte des A330 MRTT Phoenix plafonne à 15 avions dans la loi de programmation. Ces avions ravitaillent les Rafale en vol et transportent du personnel avec du fret sur de très longues distances.

Une cellule mobilisée pour du transport ne soutient pas un raid nucléaire en même temps. En octobre 2025, le général Jérôme Bellanger réclamait deux Phoenix de plus, sans réponse dans le texte actualisé.

Réponse en 2027 sur la suite du dossier

L’exportation ajoute sa part à la tension. En 2021, la Grèce et la Croatie ont commandé 24 Rafale prélevés sur le parc français. Ces ventes financent la chaîne de production et ouvrent des marchés, avec le transfert de technologie accordé à l’Inde pour 114 Rafale en négociation finale.

Les cellules françaises tournent plus que la normale jusqu’aux remplacements. Pour 2026, les propositions de budget prévoient une commande de 52 Rafale en plus dès 2027, sans vote pour le moment. La production d’un Rafale demande environ trois ans.

Rafale Dassault Aviation
© Dassault Aviation

En 2027, l’élaboration de la prochaine loi de programmation militaire tranchera. D’ici là, le Rafale assumera seul toutes les missions puisque la France ne compte plus sur le SCAF et fera durer son chasseur jusqu’en 2060. Les chefs militaires ont donné leurs chiffres : 20 à 30 Rafale et deux ravitailleurs en plus. 

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