SCAF : Airbus accuse Dassault de sabotage dans une lettre à Emmanuel Macron

Mike Schoellhorn, président d’Airbus Defence & Space, a écrit à Emmanuel Macron et accuse Dassault Aviation de sabotage. La Tribune s’est procuré le courrier daté du 17 février. Deux médiateurs sont nommés pour tenter l’impossible et sauver un programme au point mort depuis quinze mois.

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© Rama / Nebojša Tejić / montage BuzzArena
  • Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron et datée du 17 février, Mike Schoellhorn accuse Dassault Aviation de sabotage sur le NGF.
  • Le programme est bloqué depuis janvier 2025 à cause du conflit de gouvernance entre Airbus et Dassault.
  • Laurent Collet-Billon et Frank Haun ont été nommés médiateurs pour tenter de sauver le SCAF avant la mi-avril.

Le ton du courrier est sans équivoque. « L’avenir du NGF est aujourd’hui difficile à envisager, la confiance s’est évanouie. Pour nous Airbus mais aussi pour l’Allemagne et l’Espagne », écrit Mike Schoellhorn au président de la République. Le NGF est le New Generation Fighter, le futur chasseur au cœur du SCAF.

À lire : Tout ce qu’il faut savoir sur le SCAF, le projet d’avion futuriste européen

Airbus se plaint auprès du président de la République d’un sabotage

Airbus estime que Dassault a volontairement torpillé la coopération entre les deux groupes. La phase 2 du programme aurait dû être lancée avec un démonstrateur. Mais le projet est au point mort depuis janvier 2025, soit quinze mois de blocage total. Dassault exige un changement de gouvernance avant de passer à l’étape suivante. Airbus refuse.

Le problème est simple. Airbus représente les deux tiers du pilier NGF avec les branches allemande et espagnole. Dassault n’en a qu’un tiers mais reste le maître d’œuvre. Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a été clair au forum Guerres et paix du Point : « Je ne suis pas pour qu’un projet industriel ambitieux qui va servir à nos armées soit cogéré. Il faut un chef. »

Dassault refuse la cogestion et se donne trois semaines pour trouver un accord. Et en face, le syndicat IG Metall et le comité d’entreprise d’Airbus rejettent toute médiation et réclament un chasseur national. Bref, le dialogue est au point-mort et personne ne veut collaborer avec personne. Ambiance…

Une médiation de la dernière chance pour sauver le SCAF

Pour sauver ce qui reste, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont lancé une médiation de la dernière chance, le 19 mars.  Il faut dire que la mission est presque impossible et qu’il a fallu deux poids lourds du secteur pour l’accepter. L’Elysée a nommé Laurent Collet-Billon, délégué général pour l’armement de 2008 à 2017. L’Allemagne a choisi Frank Haun, ancien patron de KNDS, le fabricant du char Leopard.

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© Rama

Les deux médiateurs ont quelques semaines pour réconcilier des industriels qui ne veulent plus se parler. Berlin impose un résultat avant la mi-avril car les décisions budgétaires fédérales n’attendent pas. Pas question de laisser des milliards gelés sur un programme mort.

Emmanuel Macron s’accroche à ce projet qu’il a lancé en 2017, presque seul, à la surprise générale des industriels. Friedrich Merz a dit vouloir « se battre » pour le SCAF mais a reconnu avoir failli l’abandonner. L’Espagne reste engagée mais Madrid reste prudente face au bras de fer franco-allemand.

Le principe du « best athlete » préconisé par Florence Parly quand elle était ministre des Armées entre 2017 et 2022 n’a jamais été respecté. L’ancienne ministre a été confrontée au désengagement de l’Allemagne sur plusieurs projets franco-allemands, de la modernisation du Tigre à l’avion de patrouille maritime.

Et puis le fond du problème reste le même. La France a besoin d’un avion qui porte l’arme nucléaire et qui décolle d’un porte-avions. L’Allemagne n’a besoin d’aucune de ces deux capacités. Friedrich Merz l’a dit lui-même. Deux cahiers des charges incompatibles depuis le premier jour et neuf ans de querelles n’ont rien réglé. Le bilan financier est catastrophique avec 1,8 milliard d’euros d’argent public englouti et zéro avion produit.

Une impasse totale pour la France et l’Allemagne

Airbus veut jouer un rôle stratégique dans l’aviation de combat en Allemagne, surtout maintenant que Berlin s’apprête à investir massivement dans la défense. Dassault ne lâchera pas la maîtrise d’oeuvre. Les médiateurs Collet-Billon et Haun ont quelques jours pour réaliser ce que neuf ans de négociations n’ont pas réussi .Bref, le SCAF est dans une impasse totale.

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© Tiraden

La lettre de Mike Schoellhorn à Emmanuel Macron officialise ce que tout le monde savait depuis des mois. La confiance entre Airbus et Dassault est morte. Les trois scénarios possibles vont de la rupture franche à une relance coopérative qui ne convainc plus personne. La mi-avril approche et donnera le ton pour les vingt prochaines années de l’aviation de combat européenne.

Source : La Tribune

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