Le programme SCAF risque un nouveau coup de massue. L’Espagne a transmis une demande officielle à la Turquie pour son chasseur de cinquième génération Kaan. C’est ce qu’a confirmé Mehmet Demiroğlu, PDG de Turkish Aerospace Industries, lors du salon SAHA à Istanbul en début de mois.

- L’Espagne a officiellement demandé des informations à la Turquie sur le chasseur de cinquième génération Kaan, selon Turkish Aerospace Industries.
- Cette approche intervient alors que la médiation entre Dassault Aviation et Airbus sur le programme SCAF a échoué le 18 avril 2026.
- Madrid pourrait se tourner vers le Kaan pour remplacer une partie de sa flotte tout en évitant une dépendance massive aux avions américains.
« Nous avons reçu une demande, nous sommes aux premières étapes de la discussion », a-t-il déclaré. Une nouvelle qui n’arrange pas les affaires de la France. Madrid joue cette carte alors que le programme SCAF traverse une crise sans précédent. Le 18 avril 2026, la médiation entre Dassault Aviation et Airbus a échoué sur le futur avion de combat européen.
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L’Espagne pourrait choisir le chasseur turc Kaan plutôt que le SCAF
La date butoir a été fixée par Emmanuel Macron et Friedrich Merz, chancelier allemand. Mais les médiateurs allemand et français ont rendu des conclusions séparées. Le médiateur allemand a tranché qu’un avion commun n’est plus possible. L’Espagne, troisième pays du programme depuis 2019, revoit donc sa stratégie.
Mehmet Demiroğlu, PDG de Turkish Aerospace Industries, est resté prudent dans ses propos. « Je ne peux pas m’exprimer ouvertement car il s’agit d’une question intergouvernementale », a-t-il indiqué. Le dirigeant turc a aussi précisé que des discussions sont en cours et que le prochain projet sera le Kaan après le Hürjet.
Pour rappel, l’Espagne a déjà commandé 30 Hürjet pour remplacer ses F-5 Tiger dans le cadre d’un accord entre Airbus et Turkish Aerospace Industries. Un montage similaire pourrait s’appliquer au Kaan, avec des transferts de technologie en territoire espagnol.
C’est quoi le Kaan, chasseur turque de cinquième génération ?
Mais alors c’est quoi, le Kaan ? Il s’agit du premier chasseur de cinquième génération développé par la Turquie. L’avion a réalisé son vol inaugural le 21 février 2024, suivi d’un second en mai. Le programme prévoit le remplacement des F-16 de l’armée turque à partir des années 2030.

L’appareil intègre une faible observabilité, deux soutes d’armement internes et une avionique entièrement turque. On parle d’un radar à antenne active, de capteurs électro-optiques et de systèmes de guerre électronique de conception nationale. Sauf que voilà, la motorisation reste un point sensible.
Les premiers prototypes utilisent des turboréacteurs General Electric F110 fournis par les États-Unis. En septembre 2025, le ministre turc des Affaires étrangères a indiqué que le Congrès des États-Unis bloquait des licences d’exportation pour ces moteurs. La Turquie développe en parallèle le TF35000 pour assurer son indépendance.
L’Espagne s’arme tout en gérant la pression des États-Unis
L’enjeu pour l’Espagne dépasse le simple achat d’avions. En avril 2025, le gouvernement de Pedro Sánchez a approuvé un plan de défense de 10,471 milliards d’euros, avec l’objectif d’allouer 2 % du PIB à la défense. Selon El País, l’exécutif veut investir 85 % de ces crédits en Europe, ce qui exclut de fait une commande massive de F-35 produits aux États-Unis.
Et pour cause, la doctrine de l’administration Trump s’est durcie. En février 2026, Donald Trump a signé l’America First Arms Transfer Strategy. Le texte fait des ventes d’armes un outil de politique étrangère pour Washington. Un risque majeur pour les pays alliés.
Mais le Kaan ne couvrira pas tous les besoins espagnols. La marine espagnole remplacera ses EAV-8B Harrier II, et seul le F-35B de Lockheed Martin offre une capacité de décollage court et atterrissage vertical à ce stade. Le Kaan et l’Eurofighter ne proposent pas cette option. Madrid pourrait donc se retrouver face à une rupture capacitaire pour son aviation embarquée, indépendamment du choix retenu pour l’aviation basée à terre.
Une mauvaise nouvelle pour le SCAF ?

Pour rappel, l’Espagne a déjà commandé 45 Eurofighter en plus dans le cadre des programmes Halcón 1 et Halcón 2. Ce mouvement vers Ankara intervient au pire moment pour Paris alors que la France a englouti 1,8 milliard d’euros sur le SCAF sans avoir vu un seul avion voler.
Le timing tombe au pire moment pour le programme franco-allemand. Le 24 avril 2026, Emmanuel Macron a affirmé que le SCAF n’est pas mort malgré l’échec de la médiation. Le président de la République a parlé de « différents leviers de coopération » lors d’un sommet européen à Chypre.
En clair, trois scénarios se dessinent pour l’avenir du SCAF avec une rupture franche en tête de liste. Si Madrid se tourne vers Ankara pour son chasseur de cinquième génération, c’est un troisième pays partenaire qui prendrait ses distances avec le projet européen.
L’Espagne se retrouve divisée entre ses partenaires
Et pour cause, Dassault Aviation prépare déjà l’après-SCAF. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a refusé la cogestion avec Airbus et mise sur le Rafale F5 pour 2030. L’avionneur français travaille aussi sur le démonstrateur spatial VORTEX avec l’Espagne et l’Italie comme partenaires industriels.
Bref, l’Espagne pourrait se retrouver divisée entre plusieurs partenariats. La décision finale de Madrid sur le Kaan pèsera lourd dans la suite des événements pour l’aviation de combat européenne.
Source : El Economista
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