L’Europe retire méthodiquement les technologies étasuniennes de ses armes. Les capitales européennes exigent des équipements « hors ITAR ». C’est-à-dire libres de tout composant que Washington peut bloquer à distance.

- L’Europe cherche à retirer les composants étasuniens de ses armes pour éviter tout veto de Washington via la réglementation ITAR.
- Des programmes comme SAFE, THUNDART ou l’Eurodrone poussent les achats vers des industriels européens et des équipements “hors ITAR”.
- Le Pentagone assume la pression en parlant d’un “privilège”, mais cette position accélère la rupture militaire entre l’Europe et les États-Unis.
La réponse de l’administration Trump se résume en une phrase du Pentagone : l’accès à l’industrie de défense étasunienne est « un privilège, pas un droit ». Le divorce militaire se poursuit entre l’Europe et les États-Unis, entamé depuis le début du second mandat de Donald Trump.
L’Europe veut se débarrasser des « interrupteurs » américains
La réglementation ITAR est la cause directe de cette rupture. Un texte étasunien encadre l’exportation de tout matériel militaire conçu aux États-Unis et suit chaque composant à la trace. En clair, un avion de combat construit en France avec un seul composant étasunien à bord ne peut pas se vendre sans l’autorisation de Washington.
La menace n’a rien de théorique puisque les États-Unis ont déjà bloqué une vente de 30 Rafale à l’Égypte à cause de composants soumis à ITAR dans les missiles Scalp. On parle de près de mille demandes de licences déposées chaque année à Washington par les industriels français de la défense.
Elias Yousif, analyste du centre de réflexion Stimson, résume la crainte de l’Europe. Des armes qui exigent le soutien permanent de Washington entre mises à jour logicielles et pièces détachées posent un problème stratégique.
« Si un jour les États-Unis sont en désaccord avec l’Europe et qu’ils ont la capacité d’appuyer sur l’interrupteur, c’est un vrai problème« , prévient l’analyste. La France en sait quelque chose puisque ses Rafale ne décolleront pas du futur porte-avions sans l’accord de Washington, faute aux catapultes étasuniennes.
L’Europe est le premier acheteur d’armes au monde avec 33 % des importations mondiales entre 2021 et 2025, contre 12 % sur la période précédente. Et désormais, cet argent quitte le giron étasunien. Le programme européen SAFE prête 150 milliards d’euros à 19 États avec une préférence claire pour les industriels du continent. Et Bruxelles impose 55 % d’achats européens d’ici 2030.
Les armes sans composants des États-Unis, un argument de vente
Les armes conçues suite à cette préférence européenne arrivent déjà, comme le missile longue portée THUNDART de MBDA et Safran, construit sans le moindre composant étasunien. Idem pour l’Eurodrone de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et de l’Espagne, dont le moteur Catalyst a été conçu pour rester hors de portée de la réglementation de Washington. Le mouvement dépasse la France puisque l’Europe a commandé 50 milliards de dollars de missiles longue portée sans demander l’avis de Washington.
Le « hors ITAR » est même un argument de vente. Tom Kanewske, directeur de la stratégie de l’entreprise étasunienne Zone 5, constate que les industriels européens « utilisent leur statut hors ITAR comme une arme » commerciale pour rafler des marchés jusqu’ici verrouillés par les États-Unis.
La jeune entreprise lituanienne Aktyvus Photonics vend ses systèmes de visée laser avec cette étiquette et son patron admet la difficulté de l’exercice, se passer des technologies étasuniennes mais rester au niveau n’a rien d’aisé. La France a déjà montré la voie puisque la bombe planante des Rafale émiratis échappe au veto de Washington grâce à sa production sur le sol français.
Elbridge Colby, numéro trois du Pentagone, balaie pourtant publiquement toute menace sur les ventes étasuniennes. « Aucun pays ou groupe de pays ne peut rivaliser avec la base industrielle de défense américaine », écrit le responsable qui assène que cet accès est « un privilège, pas un droit ».
L’administration Trump campe sur sa position
Il faut dire que l’administration Trump refuse de voir le moindre effet secondaire à sa politique. Pourtant, les industriels étasuniens paniquent en coulisses. Eric Fanning, patron du lobby de l’aérospatiale AIA, réclame une réforme d’urgence de la réglementation et lâche que « la pire chose est de faire attendre un allié ». Honeywell va jusqu’à se déguiser en entreprise européenne, avec ses cinq usines sur le continent mises en avant à chaque négociation.
Bref, chaque déclaration de mépris de Washington pousse un peu plus les pays européens vers leurs propres industriels. Pour rappel, Washington fait déjà voler ses F-16 avec une IA pendant que l’Europe vise 2040 pour sa réponse. L’avance technologique étasunienne reste énorme et personne ne le conteste. L’Europe a juste cessé de croire que cette avance vaut une laisse.
Source : Breaking Defense















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