Les prochaines années s’annoncent délicates pour les Rafale de la Marine nationale. L’amiral Nicolas Vaujour l’a reconnu au Sénat lors de sa dernière audition en tant que chef d’état-major de la Marine. Le Sénat a publié le compte rendu de cette audition.

- La Marine nationale doit préparer le remplacement de ses Rafale Marine, plus usés par l’appontage et l’environnement marin.
- Le choix se joue entre attendre le Rafale F5 ou acheter quelques Rafale F4 en plus, avec une transition jugée sensible.
- Après l’abandon du SCAF, la France mise sur le Rafale jusqu’en 2060, avec drones, IA et futur chasseur embarqué.
Les incertitudes touchent le remplacement des Rafale Marine, le futur chasseur embarqué et les avions de patrouille maritime. En 2001, la Marine nationale a eu ses premiers Rafale avant l’armée de l’Air. « En conséquence, nous devrons les remplacer en premier », explique l’amiral Nicolas Vaujour. Le format reconnu de l’Aéronautique navale prévoit 51 appareils, contre 41 Rafale Marine en service.
Pourquoi les Rafale de la Marine vieillissent aussi vite ?
Des études sur le vieillissement des cellules de ces Rafale sont en cours avec Dassault Aviation. Les cellules embarquées souffrent plus que les autres, « en raison des contraintes d’appontage et de l’environnement marin corrosif » selon l’amiral Nicolas Vaujour.
En juillet, ces Rafale Marine ont pourtant réussi une première avec quatre bombes d’une tonne en une seule mission. La question du remplacement se pose dans les mêmes termes que pour l’armée de l’Air. L’amiral Nicolas Vaujour pose le choix entre un passage direct au standard F5 et l’achat de quelques Rafale F4 en plus.
La réponse dépendra des capacités de production de Dassault Aviation dans les années à venir. Le Rafale F5 changera beaucoup de choses puisque ce standard ajoutera un nouveau moteur, un nouveau radar, de l’IA et un drone de combat furtif. Vers 2035, cet avion arrivera dans l’armée de l’Air et dans la Marine nationale.
En 2033 et 2034, l’armée de l’Air recevra 20 Rafale au standard F5. L’actualisation de la loi de programmation militaire décale ces livraisons, attendues deux ans avant. Les députés Jean-Louis Thiériot et Yannick Chenevard détaillent la suite de ces livraisons dans leur rapport.
Le calendrier des Rafale Marine F5 sera « confirmé au lancement de la production des aéronefs au standard F5 ». La priorité est « mise sur le renouvellement des capacités des Forces aériennes stratégiques avant 2035″.
Il faut dire que ce standard F5 emportera le futur missile nucléaire ASN4G des forces stratégiques. Et Dassault Aviation verrouille ce standard F5 contre le piratage, avec un cœur fermé même aux alliés.
Un programme à 100 milliards d’euros pour remplacer le Rafale
Le programme SCAF est abandonné et la France ne compte plus que sur le Rafale jusqu’en 2060. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, pousse un démonstrateur « pour tester les compromis » avant tout choix définitif d’architecture.
Ce démonstrateur embarquera des drones et de l’IA. En 2031 ou 2032, un premier vol aura lieu si l’État lance le projet. « Il faut se jeter à l’eau maintenant », insiste le dirigeant, pour ne pas subir les avancées des États-Unis et garder les compétences industrielles françaises. Le PDG tranche avec « un temps pour tergiverser et un temps pour décider ».
En 2038, le porte-avions France Libre entrera en service et l’amiral décrit son futur groupe aérien. La Marine ira « vers un groupe aérien embarqué comportant des Rafale F5, quelques Rafale F4 éventuellement, des drones et, enfin, le chasseur de nouvelle génération ».
« Tout est une question de curseurs », résume l’amiral Nicolas Vaujour. La transition sera « sensible et complexe à gérer » selon ses mots. Ce futur chasseur ferait partie du programme à 100 milliards d’euros préparé pour remplacer le Rafale.
Un autre dossier attend la Marine nationale avec ses 18 avions de patrouille maritime Atlantique 2. Le successeur de ces avions repose sur l’Airbus A321XLR et entre en phase de réalisation. En 2034, le premier appareil arrivera, avec « la première capacité opérationnelle en 2035 » selon l’amiral Nicolas Vaujour.
L’entretien de la flotte est sensible
En 2040, les Atlantique 2 quitteront le service et l’amiral prévient que la Marine n’a « pas le droit à l’erreur ». Entre la fin 2026 et le début 2027, le contrat Océan sera renouvelé. Ce contrat couvre l’entretien de toute la flotte de patrouille maritime.
Ces arbitrages arrivent après l’enterrement du SCAF, le programme commun abandonné sur des besoins inconciliables entre Paris et Berlin. La France exige un chasseur nucléaire embarqué sur porte-avions et l’Allemagne n’a pas ce besoin. L’amiral Nicolas Vaujour prévient qu’il faudra « réinterroger les formats actuels et ajuster les curseurs ».
Source : Sénat
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