Après le SCAF, la France prépare un programme à 100 milliards d’euros pour remplacer le Rafale

Après l’abandon du SCAF, la France étudie le développement en solitaire d’un chasseur de sixième génération. Le vrai obstacle ? Il est budgétaire. Un rapport du Sénat a chiffré le SCAF entre 50 et 80 milliards d’euros. Mais d’autres évaluations publiques ont approché 100 milliards. Reproduire cet effort financier sans l’Allemagne et l’Espagne poserait problème à Paris.

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SCAF Emmanuel Macron
© Rama / montage BuzzArena
  • Après l’abandon du SCAF, la France peut envisager un chasseur de 6e génération seule, mais le vrai mur est financier.
  • Le programme pourrait coûter entre 50 et plus de 100 milliards d’euros, une somme difficile à porter sans l’Allemagne et l’Espagne.
  • Dassault, Safran, Thales et MBDA ont les compétences, mais l’État devra choisir entre ce chasseur, les drones, la défense sol-air, la dissuasion et le futur porte-avions.

En juillet 2020, les sénateurs Hélène Conway-Mouret et Ronan Le Gleut ont chiffré le SCAF entre 50 et 80 milliards d’euros. Soit 5 à 8 fois le développement du Rafale. À titre de comparaison, le programme Rafale a coûté 40,7 milliards d’euros pour 286 appareils. D’autres estiment un programme entre 100 et 116 milliards d’euros.

L’après-SCAF se prépare et ce sera coûteux pour la France

Le ministère des Armées n’a pas communiqué de coût global officiel. Il s’agit d’une somme que la France n’a jamais portée seule pour un avion de combat, ce qui l’oblige à trouver une autre voie. La France a déjà engagé près de 1,8 milliard d’euros dans le SCAF, sans qu’un seul appareil n’ait volé.

Pour rappel, en 2026, Paris avait encore prévu 1,2 milliard d’euros d’autorisations d’engagement pour un programme à l’arrêt. La phase 1B du démonstrateur représentait à elle seule 3,2 milliards d’euros, partagés entre les trois pays.

Dès 2012, Paris et Londres engageaient déjà 13 millions d’euros pour un premier démonstrateur, rejoints par une étude de 150 millions, deux ans plus tard. Ces sommes montrent le coût d’entrée, bien avant la moindre flotte, comme le rappelait la médiation de la dernière chance.

Un programme strictement national se finance mal. Et pour cause, faute de commandes allemandes et espagnoles, le coût de développement se répartit sur une flotte plus petite. Ce qui alourdit le prix par avion. Résultat, le coût unitaire grimpe vite.

Dassault Aviation ne peut pas porter seul un effort de cette ampleur sur 20 ans, avec un chiffre d’affaires autour de 8,5 milliards d’euros. En 2025, l’avionneur a remis 26 Rafale à ses clients, avec un carnet de commandes massif. Sur les 50 milliards d’un programme en solitaire, il espère faire porter 5 à 10 milliards à des partenaires, à l’image de la commande indienne de 114 Rafale.

Un budget qui pèse dans les finances militaires

L’avion lui-même n’est qu’une pièce du puzzle. Il faut financer le moteur, le radar, la guerre électronique, les armements et les infrastructures numériques. Mais ce n’est pas tout. Le réacteur réclame des années de mise au point et le projet T-REX de Safran vise une poussée proche de 9 tonnes, contre environ 7,5 tonnes aujourd’hui. Ce volet avance d’ailleurs mieux que le chasseur, comme le montre l’entente entre Safran et MTU sur le moteur.

Les drones d’accompagnement et le cloud de combat comptent aussi dans l’addition. On parle de deux briques au centre du futur système de combat. Vers 2028, un premier drone furtif volera, dans la lignée du nEUROn et de ses 170 vols.

Puis vers 2033, le Rafale F5 assurera la transition et emportera le futur missile nucléaire ASN4G. Ces éléments survivent à la rupture parce qu’ils ne posent pas la question de la maîtrise d’œuvre, comme l’expliquait le sauvetage des drones et du cloud de combat.

L’État voudrait sans doute tout mener de front. Sauf que voilà, chaque euro a un coût d’opportunité. À l’horizon 2030, la loi de programmation porte le budget de défense vers 76,3 milliards d’euros. Mais cette enveloppe finance déjà la dissuasion nucléaire, le porte-avions de nouvelle génération et les munitions.

Des alliés pour alléger la facture ?

Pour 2026, le projet de budget a déjà perdu 270 millions d’euros par rapport à la copie de départ. Chaque milliard versé au chasseur ne financera pas les drones tactiques ou la défense sol-air. Pour alléger la note, Paris pourrait associer la Suède, la Belgique, l’Inde ou les Émirats arabes unis. L’Allemagne regarde plutôt ailleurs, vers le suédois Saab, pour un chasseur de sixième génération.

La technique n’est pas le verrou. Dassault Aviation, Safran, Thales et MBDA savent concevoir un avion, un moteur, des capteurs et des missiles. Pour le général Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, le cloud de combat est même « le point le plus important du SCAF ».

La vraie question est politique, puisqu’il faudra engager plusieurs milliards d’euros par an pendant près de 20 ans pour l’ensemble du dispositif. Pas seulement pour l’avion. Bref, il reviendra à l’État de trancher, alors même que le SCAF n’était pas tout à fait mort pour Emmanuel Macron.

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