La France a englouti 400 millions d’euros dans un logiciel inachevé pour finir par réactiver celui des années 80

400 millions d’euros, c’est la somme que l’État français a engloutie dans un logiciel de paie jamais terminé. SIRHEN était pensé pour moderniser la gestion des 1,1 million d’agents de l’Éducation nationale. Finalement, le programme termine à la poubelle et le ministère repart sur ses systèmes des années 1980. Le tout a été remis en état pour une fraction des 400 millions d’euros.

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SIRHEN
© Image IA d’illustration générée avec ChatGPT / BuzzArena
  • SIRHEN devait moderniser la paie de 1,1 million d’agents de l’Éducation nationale, mais le logiciel a été abandonné après 400 millions d’euros dépensés.
  • Après 11 ans, l’outil ne gérait que 18 000 agents, soit 2 % du personnel, avec une Cour des comptes qui dénonce une « gouvernance introuvable ».
  • Les anciens systèmes des années 1980 ont finalement été remis en état pour 8 millions d’euros, soit 50 fois moins que le naufrage SIRHEN.

Pour SIRHEN, l’histoire débute en 2007 avec un budget estimé à 60 millions d’euros et cinq ans de développement au programme. Le projet fut pensé pour remplacer les centaines de bases de données du ministère. Des outils dépassés depuis leur mise en circulation dans les années 1980. Sur le papier, le projet promettait même d’énormes économies au niveau de la gestion. Sauf que voilà, la promesse n’a pas été tenue.

SIRHEN a coûté 400 millions pour ne jamais être adopté

Dès 2012, un premier recadrage porte le coût à 286 millions d’euros avec un horizon repoussé à 2019. Le premier transfert n’a lieu qu’en décembre 2014 et concerne à peine 4 000 agents des inspections académiques. Puis un audit commandé un an après doute de la capacité de l’outil à prendre en charge les enseignants. Onze ans après, SIRHEN ne gère que 18 000 agents, soit 2 % du personnel.

En juillet 2018, Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’Éducation nationale, stoppe tout. La facture donne le vertige. Le programme a coûté 378 millions d’euros en tout, avec les charges de personnel dans le calcul. La maintenance de l’outil pour les 18 000 agents déjà transférés ensuite fait dépasser les 400 millions sur la facture en fin d’année 2019.

SIRHEN

Dans son rapport annuel de février 2020, la Cour des comptes accable la conduite du projet avec une « gouvernance introuvable ». On parle aussi de prestataires extérieurs hors de contrôle et d’un pilotage privé du moindre suivi de routine. Les magistrats préviennent que « l’investissement réalisé de 400 millions d’euros n’aura alors servi à rien ».

Et ce n’est pas mieux juste après, puisque le ministère a payé 2,6 millions d’euros de plus à un consortium de consultants pour 5 scénarios de remplacement. Ces scénarios sont tous bâtis autour de RenoiRH, le logiciel interministériel de gestion des ressources humaines.

Les vieux systèmes des années 80 reprennent du service

Pourtant, le ministère avait comme but de garder SIRHEN en vie pour ses 18 000 agents et réclamait 30 millions d’euros par an pendant dix ans. En gros, 300 millions de plus pour faire vivre un outil déjà condamné. La Cour des comptes a jugé cette estimation invérifiable et la direction interministérielle du numérique a plaidé pour un arrêt pur et net.

Le plus ironique, c’est que les vieux systèmes des années 1980 qui étaient pensés pour être enterrés par SIRHEN ont repris du travail. Leur remise en état a coûté 8 millions d’euros sur deux ans pour garantir au moins dix ans de fonctionnement de plus.

Résultat, une dépense 50 fois plus petite a réglé le problème, alors que 400 millions sont partis en fumée. La Cour des comptes regrette d’ailleurs que ce chantier si coûteux n’ait pas été lancé bien plus tôt. Le transfert des derniers agents de SIRHEN vers RenoiRH s’est achevé en novembre 2025. Ce logiciel, pensé pour faire mieux, s’est éteint après 18 ans de gestation sans jamais remplir sa mission.

D’autres naufrages informatiques français

Malheureusement, si la France réussit sur certains chapitres comme l’adoption de Linux par la gendarmerie, elle collectionne ce genre de naufrages informatiques. Le logiciel de paie des armées Louvois a coûté 465 millions d’euros avant son abandon en 2013.

Puis ensuite, l’Opérateur national de paie en 2014 avec 340 millions d’euros perdus. On parle donc de plus de 1,2 milliard d’euros d’argent public partis dans trois logiciels qui furent inutiles.

Source : Cour des comptes

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