Depuis un demi-milliard d’années, une mystérieuse créature dessine des hexagones dans l’océan : on tient enfin un suspect

Le Paleodictyon intrigue les scientifiques depuis des années. Il s’agit de galeries presque hexagonales que l’on voit sur des roches marines vieilles d’environ 530 millions d’années, tout au fond des océans. Et les chercheurs tiennent leur coupable : un petit crustacé qui creuse avec une précision étonnante.

Sommaire
Paleodictyon
  • Le Paleodictyon, réseau de galeries presque hexagonales vieux de 530 millions d’années, pourrait être creusé par de petits crustacés des abysses.
  • La régularité extrême des tunnels suggère un animal capable de corriger sa trajectoire et de percevoir précisément les distances.
  • 1. Les chercheurs privilégient les isopodes ou amphipodes, mais aucune preuve directe n’existe encore : l’animal n’a jamais été filmé en train de creuser.

Sauf que voilà, personne n’a encore vu ce petit crustacé en train de creuser ce Paleodictyon qui désigne donc la trace laissée dans le sédiment sous la forme d’un réseau de tunnels horizontaux reliés à la surface par de petits conduits. On en trouve au Portugal, en Italie ou encore en Pologne. Il y en a à plusieurs milliers de mètres de profondeur dans les fonds marins.

Qui forme ces mystérieux Paleodictyon au fond de l’océan ?

Depuis plus d’un siècle, les hypothèses se bousculent pour connaître le coupable. Des scientifiques ont déjà évoqué des vers, des éponges, des organismes unicellulaires et même des phénomènes naturels sans aucune intervention animale. Bref, un mystère total, alors que des galeries pareilles existent dans les abysses depuis toujours.

En 2026, une équipe menée par Andrea Baucon a repris l’enquête à partir de 56 observations actuelles. Ce paléontologue à l’université de Gênes, en Italie, a mesuré 1 314 points sur des galeries gardées au musée d’histoire naturelle de Plaisance. Dans une cellule, les six côtés diffèrent en moyenne de seulement 0,5 mm. Les angles sont toujours très proches des 120 degrés d’un hexagone.

Paleodictyon

Et ces précisions nous indiquent que ce qui est à l’origine de ces formes ne creuse pas au hasard. Lorsque l’on trouve une cellule un peu de travers, l’erreur n’est pas reproduite dans les suivantes. L’animal corrigerait donc sa trajectoire pour reprendre une forme régulière. Pour les chercheurs, ce comportement suppose une bonne perception de l’espace et une capacité à estimer la distance.

Le profil du suspect se précise aussi grâce à la forme des tunnels. Les passages sont droits et les changements de direction très nets. Les arthropodes sont des animaux dotés d’une enveloppe rigide et de pattes articulées comme les crustacés, les insectes ou les araignées.

Un petit crustacé est suspecté, mais lequel ?

Une anatomie qui permet de gratter le fond, pousser le sédiment ou encore changer brusquement de direction est donc nécessaire. Un ver au corps mou suit plus facilement les zones où le sol a moins de résistance et creuse souvent des passages plus courbes.

Les crustacés sont donc le candidat le plus crédible. Les plus anciennes traces de Paleodictyon apparaissent au début du Cambrien, à peu près au même moment que les premières traces fossiles d’arthropodes. Alors ce rapprochement n’est pas une preuve, mais renforce les doutes. Les chercheurs citent surtout les isopodes et les amphipodes, deux groupes de petits crustacés présents dans les grandes profondeurs.

Paleodictyon

Mais ce n’est pas tout, il faut aussi comprendre pourquoi ces galeries ont une forme aussi régulière. Le réseau pourrait être utilisé pour chercher de la nourriture, élever des bactéries, protéger des œufs ou piéger de petites proies.

Mais les hexagones pourraient aussi être un réseau de communication pour une colonie. Selon une récente étude, chaque intersection ouvrirait plusieurs chemins et un signal pourrait circuler dans différentes directions. Les auteurs évoquent des signaux chimiques, des variations de pression dans l’eau ou des vibrations.

Reste à avoir des images pour valider la théorie

Andrea Barucci, de l’Institut de physique appliquée du Conseil national de la recherche italien, explique qu’« un maillage hexagonal pourrait fonctionner comme le réseau de communication d’une colonie ». Mais bien évidemment, il ne s’agit que d’une hypothèse. Il y a donc une énorme part de mystère.

Stephen Hasiotis, géologue à l’université du Kansas, rappelle qu’il manque encore une preuve décisive. Celle d’un crustacé filmé en train de creuser un Paleodictyon ou un fossile de l’animal retrouvé dans une galerie. Les chercheurs souhaitent justement tendre un piège scientifique à l’animal qui bâtit ces galeries.

Paleodictyon

Parmi leurs propositions, l’observation sous-marine avec des caméras automatiques, des prélèvements ADN dans le sédiment ou encore des appareils capables de regarder à l’intérieur des galeries. Le but est de prendre sur le vif cet animal qui crée ces galeries après plus d’un demi-milliard d’années de traces. Autant de questions. Le principal suspect est désormais identifié, mais l’affaire n’est pas encore classée.

Source : Science News

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