L’Europe choisit Orange pour protéger son futur réseau de données sensibles

Orange décroche un rôle stratégique dans le futur réseau sécurisé de l’Union européenne. L’opérateur français s’occupera de la dorsale de TESTA-EIRIS, une infrastructure privée qui reliera les institutions européennes et les administrations nationales.

Sommaire
Orange Europe
© BuzzArena

Pour Orange, c’est plus que de juste connecter des serveurs. L’Europe cherche à atteindre une souveraineté numérique en contrôlant bien mieux les échanges sensibles. Le but est évidemment de réduire la dépendance envers les acteurs extérieurs, notamment les États-Unis alors que le Vieux Continent lance son réseau social Epsilon depuis quelques heures.

Orange occupera une place dans l’indépendance numérique européenne

TESTA existe depuis les années 1990 et sert de réseau privé pour des échanges entre administrations européennes. On parle des données sur les visas, des contrôles aux frontières, de la coopération policière ou encore de l’asile qui passent par cette infrastructure.

Eurodac utilise aussi ce réseau pour l’échange de données biométriques sur les demandes d’asile. Le nouveau TESTA-EIRIS succédera progressivement avec une architecture plus souple et plus contrôlée par la Commission européenne.

C’est à la fin du mois de juin dernier que la Commission européenne a signé le contrat consacré à la dorsale avec Orange Business Belgium. Il s’agit de la filiale belge de l’opérateur et aucune sous-traitance n’est au programme pour ce lot d’une valeur de 43,64 millions d’euros. À noter que la somme ne couvrira pas tout TESTA-EIRIS, puisqu’Orange n’a pas la totalité du projet. La mission concerne le transport du réseau.

La dorsale reliera au moins douze sites techniques comme entrées dans cinq régions d’Europe. Le niveau de disponibilité annoncé atteint 99,999 %. Sur une année, cela représente environ cinq minutes d’interruption au total. L’état du réseau et les alertes de sécurité seront surveillés par deux centres de supervision.

L’enjeu est la souveraineté numérique européenne. Le modèle actuel repose beaucoup trop sur un prestataire unique. TESTA-EIRIS découpe l’infrastructure en plusieurs blocs que la Commission européenne pourra piloter séparément. Le centre de contrôle sera hébergé dans l’Union européenne pour réduire le risque de dépendre trop fortement d’un seul fournisseur et faciliter un changement de prestataire sur une partie précise du réseau.

Réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis

En décembre 2024, la Commission européenne a confié TESTA NG3 à Deutsche Telekom. BT Global Services Belgium a contesté ce choix auprès du Tribunal de l’Union européenne. Une affaire qui nous rappelle que le choix du fournisseur est important quand un réseau transporte des informations sensibles sur les frontières, la police ou les visas. TESTA-EIRIS est donc une reprise de contrôle par les institutions européennes.

En juin 2026, la Commission européenne a présenté de nouvelles mesures pour réduire la dépendance du continent envers les grands acteurs technologiques étasuniens au niveau du cloud et des puces. La France a notamment choisi Scaleway pour rapatrier le Health Data Hub depuis Microsoft Azure. Les infrastructures publiques sensibles sont donc très importantes pour la souveraineté européenne.

La Commission européenne prépare aussi une protection contre les futures attaques menées avec des machines quantiques capables de fragiliser certains chiffrements. On parle aussi de contrôles plus fins des accès et des connexions vers des services cloud.

Orange a désormais une place centrale

C’est en juin 2026 que la nouvelle version d’Eurodac est entrée en service avec plus de fonctionnalités biométriques et des échanges rapides entre pays. Une évolution qui augmente au passage la quantité de données sensibles qui transitent entre les administrations. D’ici à la fin de l’année 2027, eu-LISA prévoit de remplacer le réseau TESTA NG par TESTA-EIRIS pour ses grands outils européens de sécurité et de migration.

Orange renforce aussi sa place dans les infrastructures sensibles européennes. Récemment aussi, l’opérateur a acquis la technologie Dome de la société française Obvios pour proposer des réseaux 5G privés dans la défense et les infrastructures critiques. Orange est désormais au centre d’une infrastructure qui touche directement à la souveraineté numérique de l’Europe.

Réagissez à cet article !

Un avis, une expérience, un désaccord ? La discussion est ouverte.