Le patron d’Airbus a fait une déclaration choc à l’ouverture du premier Airbus Defence Summit à Manching, en Allemagne. Le 20 mai 2026, Guillaume Faury a reconnu publiquement que le SCAF, le programme d’avion de combat franco-allemand-espagnol, n’est plus valable comme il a été conçu.

- Guillaume Faury estime que le SCAF n’est plus adapté au contexte actuel, car le programme a été conçu avant la guerre en Ukraine sur des hypothèses devenues obsolètes.
- Le blocage se concentre surtout sur le chasseur de nouvelle génération, avec un conflit de gouvernance entre Dassault Aviation et Airbus et des besoins militaires divergents entre la France et l’Allemagne.
- Paris, Berlin et Madrid doivent trancher d’ici décembre 2026 entre rupture, reset complet ou solution à deux avions, alors que Dassault prépare déjà des alternatives avec le Rafale F5 et VORTEX.
Le PDG d’Airbus appelle à repenser le programme face à la guerre en Ukraine, où la Russie a lancé un assaut qui dure depuis plusieurs années. C’est la première fois qu’un patron industriel acte aussi ouvertement le besoin d’un reset complet, près d’un mois après la rupture entre Dassault Aviation et Airbus Defence and Space.
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« Ce programme a été lancé avant la guerre en Ukraine. Il a été conçu en temps de paix, sur la base d’un certain nombre d’hypothèses qui ne sont plus valables aujourd’hui », a déclaré Guillaume Faury à Manching.
Le SCAF a été conçu en 2017 dans un contexte de guerre différent d’avant l’invasion russe en Ukraine. Guillaume Faury appelle à « affronter dès maintenant les difficultés et les réalités auxquelles le Scaf fera face au cours de la prochaine décennie, plutôt que de devoir corriger le tir plus tard, une fois le programme déjà très avancé ». La crise oppose Dassault Aviation et Airbus depuis plus de deux ans sur la maîtrise d’œuvre du chasseur de nouvelle génération.
Il faut dire que le chasseur de nouvelle génération concentre les frictions industrielles. « Nous rencontrons une difficulté sur l’un des piliers du programme. Ce n’est pas le plus simple », a reconnu Guillaume Faury, en référence au chasseur du SCAF. On parle du cloud de combat, du moteur et des drones d’accompagnement, qui progressent normalement selon Airbus.
Depuis 2017, le NGF cumule les divergences techniques et politiques entre Paris et Berlin. Politiquement, Emmanuel Macron n’enterre pas le programme mais ne donne pas de calendrier ou d’appareil précis.
Au-delà de la fiche technique, c’est la méthode de travail qui bloque. « Travailler ensemble avec des méthodes de fonctionnement similaires » est l’autre « défi » du programme, a souligné Guillaume Faury. Éric Trappier, président de Dassault Aviation, refuse depuis plusieurs mois d’être « un leader minoritaire » au sein du consortium.
De forts désaccords entre la France et l’Allemagne
Le constructeur français exige une évolution de la gouvernance pour garder la maîtrise d’œuvre. Airbus défend au contraire une cogestion plus équilibrée. En France, le ministère des Armées étudie trois scénarios pour la suite du SCAF avec une rupture franche comme première option.
Mike Schoellhorn, PDG d’Airbus Defence and Space, adopte la position de son patron à la même tribune. Mike Schoellhorn a parlé d’un « reset partiel » du programme dans son intervention rapportée par FlightGlobal. Et pour cause, la France veut un chasseur capable de décoller d’un porte-avions et d’emporter l’arme nucléaire alors que l’Allemagne et l’Espagne réclament un avion de supériorité aérienne sans contraintes nucléaires.
Mike Schoellhorn juge que le compromis est « de moins en moins atteignable ». Le patron d’Airbus Defence and Space a précisé qu’Airbus reste « ouvert à collaborer avec un partenaire qui veut collaborer », mais sans exclure d’aller chercher d’autres équipes industrielles. L’Espagne, troisième pays du SCAF, explore déjà la piste turque avec son chasseur Kaan.
Pour rappel, le 19 février 2026, Guillaume Faury a déjà envisagé une solution à deux avions lors de la conférence des résultats annuels d’Airbus à Toulouse. « Si nous y sommes mandatés par nos clients, nous soutiendrions une solution à deux chasseurs », a alors déclaré le PDG d’Airbus.
Guillaume Faury a comparé la situation à la gamme civile A350, où l’A350-900 et l’A350-1000 partagent une plateforme commune. Le patron d’Airbus a souligné que le blocage d’un seul pilier ne saurait compromettre tout le SCAF. Le programme reste toutefois fragilisé par l’éclatement européen face à la stratégie étasunienne qui prend de l’ampleur.
L’avenir du SCAF est encore incertain

Sauf que voilà, la déclaration de Manching va plus loin que celle de Toulouse trois mois auparavant. À Toulouse, Guillaume Faury parlait d’une solution à deux avions comme une possibilité parmi d’autres. À Manching, le patron d’Airbus juge ouvertement que les hypothèses fondatrices du programme ne tiennent plus. Le ton n’est donc plus le même.
D’ici décembre 2026, Paris, Berlin et Madrid rendront une décision politique conjointe sur l’avenir du chasseur. Le contre-exemple existe sur le terrestre, où le MGCS, le char franco-allemand, avance bien plus vite que le SCAF, car les besoins des deux pays sont alignés.
En clair, Airbus pousse pour une décision politique rapide, qu’il s’agisse d’une rupture ou d’un reset complet. Dassault Aviation continue de bâtir son plan B avec le démonstrateur spatial VORTEX en partenariat avec l’Espagne et l’Italie.
Paris mise également sur le Rafale F5 comme appareil de transition et a développé le missile souverain THUNDART en 18 mois pour réduire sa dépendance étasunienne. Reste à savoir si Berlin choisira une rupture industrielle définitive ou si une médiation politique de dernière minute pourra relancer les négociations entre les deux constructeurs. Dans tous les cas, cet épisode montre parfaitement le manque d’entente entre gouvernements français et allemands dans le domaine militaire.
Source : Flight Global
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