On parle de 1,8 milliard d’euros d’argent public français. C’est la facture du SCAF, pour Système de combat aérien du futur. Un programme lancé en 2017 entre la France, l’Allemagne et l’Espagne mais qui patine sévèrement. Dix ans de querelles pour, au final, zéro avion.

Depuis mars 2026, ce projet censé remplacer le Rafale et l’Eurofighter est à l’arrêt. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a déclaré le 4 mars que« le projet est mort » si Airbus refuse de travailler avec Dassault. Mais alors d’où vient cette facture de 1,8 milliard ? Il faut remonter bien avant 2017.
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Le SCAF, un fiasco long de dix ans pour la France
En 2012, la France et le Royaume-Uni alignent 13 millions d’euros pour préparer un démonstrateur de futur système de combat aérien. Deux ans plus tard, les deux pays publient une étude de faisabilité à 150 millions d’euros, le tout financé équitablement. Dassault Aviation et BAE Systems se la partageaient. On parle de 130 millions d’euros de contribution française sur ce projet franco-britannique. Le Brexit de 2016 a condamné la collaboration.
En parallèle, la France portait depuis 2006 le démonstrateur de drone furtif nEUROn. Le budget total se situe entre 405 et 460 millions d’euros selon les sources. La moitié est à la charge française, soit entre 200 et 230 millions d’euros. Le premier vol a eu lieu le 1er décembre 2012. Les compétences en furtivité ont été réinvesties dans le SCAF. Mais trop tard, l’argent a été dépensé. En gros, avant même le premier contrat signé avec l’Allemagne, la France avait payé entre 330 et 360 millions d’euros sur des programmes précurseurs.
La facture a explosé avec la phase trinationale. En février 2019, une étude de concept de 65 millions d’euros a été notifiée. Puis la phase 1A à 155 millions d’euros en 2020, avec l’Espagne. La France paie un tiers à chaque fois. Le gros morceau, c’est la phase 1B actée le 15 décembre 2022. On parle de 3,2 milliards d’euros pour la conception et la réalisation des démonstrateurs.
La part française dépasse le milliard d’euros. Pour rappel, la loi de programmation militaire 2019-2025 a un budget de 4,5 milliards d’euros pour le SCAF sur sept ans. En 2026, la France a prévu 1,2 milliard d’euros en autorisations d’engagement. De l’argent qui part vers un programme officiellement bloqué depuis le début de l’année.
Des chiffres qui manquent pour estimer le coût du projet
Sauf que voilà, les chiffres officiels ne disent pas tout. Les études financées par la DGA n’entrent pas dans les contrats tripartites. Leur total cumulé sur dix ans reste opaque. Les spécialistes l’estiment à plusieurs dizaines, voire centaines de millions d’euros en plus. Le coût humain est plus visible. Les 2 000 ingénieurs de Saint-Cloud sont spécialisés en furtivité, en architecture système et en guerre électronique. Dassault a averti ses représentants du personnel d’un risque dès avril 2026. Ces profils ne restent pas aussi longtemps sur des projets gelés.
Pour comprendre l’échec, il faut regarder la mécanique en face. Dassault est le maître d’œuvre du pilier avion. Mais Airbus Defence and Space, avec ses filiales allemande et espagnole, cumule deux voix sur trois dans la gouvernance. Éric Trappier l’a dit sans détour. Airbus « ne veut pas travailler avec Dassault » et veut « un exercice de co-co-co ». Derrière ce conflit industriel, il y a une incompatibilité militaire dont personne n’a voulu parler en 2027.

La France a besoin d’un avion embarquable sur porte-avions, capable de porter l’arme nucléaire. L’Allemagne souhaite un chasseur lourd avec un gros emport en armements classiques. Le chancelier Friedrich Merz l’a dit le 17 février 2026. Berlin « n’a pas besoin du même avion de combat que la France ». Ces deux besoins ne tiennent pas dans un seul fuselage. Résultat, l’Allemagne envisage les F-35 étasuniens et tourne le dos à l’Europe.
L’Allemagne a l’air de tourner le dos au projet SCAF
Et la situation ne cesse de se dégrader puisque l’Allemagne questionne le programme, la Belgique s’éloigne et Madrid reste prudent. Berlin pourrait se rapprocher du GCAP, le programme concurrent du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon. On parle d’une phase opérationnelle dès 2035. C’est cinq ans avant le SCAF. En France, la piste indienne est étudiée pour remplacer l’Allemagne mais rien n’est acté.
Tout n’est pas perdu. Une partie des investissements a donné de vraies technologies. Le cloud de combat est le plus avancé. Son chef d’état-major, le général Bellanger, a estimé que c’est « le plus gros acquis du SCAF », plus que l’avion lui-même. Ce réseau de connectivité entre avions, drones et centres de commandement est autonome et pourra alimenter le Rafale F5. Les moteurs de Safran et MTU dans la coentreprise EUMET sont aussi des avancées utiles pour d’autres domaines.
En revanche, tout l’argent de la coordination trinationale a été englouti. On parle de négociations interminables, de doublons en termes d’organisation et d’études d’harmonisation entre trois armées dont les besoins étaient incompatibles dès le départ.
Trois scénarios pour sortir de l’impasse
Trois scénarios restent sur la table. La relance coopérative est jugée peu probable vu les déclarations de mars 2026. En second lieu, la recomposition par briques est la piste la moins mauvaise. Chaque pays développe son propre avion. Mais la coopération est maintenue sur le cloud de combat, les moteurs et les capteurs. La rupture franche conduirait Dassault à développer seul un successeur du Rafale, le fameux « plan B » d’Éric Trappier.
Sauf que dans tous les cas, la France paiera plus. Un programme national coûte plus cher par appareil produit. Et créer un avion en série franco-allemand à 200 unités coûte moins cher qu’un appareil français à 80 ou 90 exemplaires. On parle de milliards en plus sur vingt ans. Et le temps a déjà été perdu. Il faudrait entre dix et quinze ans pour développer un programme national.
La France a besoin d’un appareil opérationnel autour de 2040-2045 pour assurer sa dissuasion nucléaire aéroportée. Bref, 1,8 milliard déjà englouti, des milliards en plus quel que soit le scénario de sortie et une décennie perdue. Le SCAF est le programme le plus cher que la France n’a jamais porté.
- La France aurait déjà englouti 1,8 milliard d’euros d’argent public dans le SCAF.
- Le programme est à l’arrêt depuis mars 2026 sur fond de bras de fer entre Dassault Aviation et Airbus Defence and Space.
- Les besoins militaires de la France et de l’Allemagne sont décrits comme incompatibles, ce qui met le SCAF en danger.
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