La Russie et la Chine ont un plan pour détruire Starlink, mais l’arme pourrait se retourner contre eux. Des documents militaires russo-chinois décrivent une méthode en trois phases pour neutraliser la constellation de SpaceX.

- Des documents militaires russo-chinois décrivent un plan en trois phases pour neutraliser Starlink, jusqu’à la destruction physique des satellites.
- Pékin et Moscou veulent d’abord limiter Starlink par la voie juridique, les fréquences, les créneaux orbitaux et le brouillage électromagnétique.
- Le dernier palier serait dangereux pour eux-mêmes, car les débris ou radiations frapperaient aussi leurs propres constellations et l’orbite basse.
Le dernier palier prévoit la destruction totale des satellites. Sauf que voilà, cette option condamnerait aussi les satellites de Moscou et de Pékin. The Insider et Der Spiegel ont publié une enquête commune sur ce plan russo-chinois contre Starlink, on vous explique tout.
La Russie et la Chine se réunissent chaque année en secret
Il s’agit de quatre présentations qui ont eu lieu lors du troisième forum de coopération militaro-technique entre la Chine et la Russie. En novembre 2023, les deux délégations se sont réunies à Canton. En juin 2023, les deux pays avaient ont un protocole de travail à Moscou, les journalistes ont aussi mis la main dessus. Ces réunions bilatérales ont lieu chaque année dans le plus grand secret. Une sixième édition de ce forum se prépare à Saint-Pétersbourg.
Une présentation entière porte sur Starlink. Huang Hui et Ren Jie, deux chercheurs de la China Aerospace Science and Technology Corporation, l’ont présentée. Cette entreprise publique construit les fusées Long March et une large part des satellites militaires chinois. Les deux chercheurs présentent Starlink comme un « blocus » de l’orbite basse. Selon eux, la constellation sature les altitudes utiles et les bandes de fréquencee, ce qui étouffe toute concurrence.
Cette saturation complique la tâche des nouveaux venus, dont une start-up française qui prépare 3 400 satellites. Une attaque contre le réseau est un acte de défense selon la logique chinoise et russe. Les auteurs se donnent une justification avant de décrire les moyens.
Un plan en trois phases pour détruire Starlink
Le première phase est diplomatique et juridique. Moscou et Pékin bâtiraient une coalition internationale pour imposer des limites à l’expansion de Starlink, au nom du risque de collision.
Le deuxième palier attaque les ressources physiques du réseau. On parle de dépôts coordonnés auprès des régulateurs pour préempter les fréquences et les créneaux orbitaux et d’un brouillage électromagnétique par zones. Cette guerre des fréquences a déjà commencé en Europe, où Starlink est écarté du spectre européen par la Commission. Ce précédent fait que la deuxième phase n’est pas qu’une théorie.
Mais ce n’est pas tout, la troisième phase passe à la destruction. Ces documents parlent d’une cyberattaque puis de la destruction des satellites. Le tout par des moyens que la présentation qualifie de peu coûteux. Les services de renseignement de l’OTAN surveillent un concept russe d’éjection de petits projectiles dans l’orbite d’une constellation. La présentation chinoise ne parle d’aucune arme.
Sauf que voilà, casser des satellites en orbite basse génère des débris qui frappent tout le monde. En mars 2026, un satellite Starlink a explosé et créé un champ de débris à 560 kilomètres d’altitude. Un seul incident a suffi à produire des dizaines de fragments.
Le syndrome de Kessler décrit cette réaction en chaîne où chaque collision engendre les suivantes. En mars 2025, une étude a placé la population d’objets intacts au-dessus du seuil d’emballement. Ce seuil est dépassé à presque toutes les altitudes entre 520 et 1 000 kilomètres.
Mais une attaque qui impacterait aussi la Chine et la Russie
L’arme ultime est l’explosion nucléaire en orbite mais là, l’effet boomerang guette la Chine et la Russie. Pour rappel, le traité de l’espace de 1967 interdit déjà ces armes au-dessus de nos têtes. En 1962, l’essai étatsunien Starfish Prime a fait détoner 1,4 mégatonne à 400 kilomètres d’altitude. Cette explosion a détruit ou endommagé un tiers des satellites en orbite, dont le premier satellite commercial de télécommunications.
Elle a surtout créé une ceinture de radiations artificielle qui a duré des années. La RAND Corporation estime qu’une charge de 110 kilotonnes menacerait jusqu’à 20 % des satellites en orbite basse par rayonnement. Les électrons piégés en menaceraient une autre part pendant des années.
Et pour cause, une ceinture de radiations ne trie pas ses victimes. John Plumb, ancien secrétaire adjoint à la Défense, a déclaré au Congrès que de larges portions de l’orbite basse resteraient inutilisables pendant un an.
Résultat, Pékin perdrait sa constellation Guowang, son équivalent de Starlink. En mars 2026, les premiers satellites russes Rassvet ont rejoint l’orbite. Moscou perdrait cette constellation à peine entamée. Les deux pays détruiraient l’orbite qu’ils cherchent à conquérir. Ce qui n’a rien d’un plan solide.
Bref, le plan existe sur le papier, mais son dernier palier coûterait autant à la Chine et à la Russie qu’à leur cible. Une orbite basse saturée de radiations frapperait aussi l’Europe, qui renforce Galileo avec une couche en orbite basse.
Source : The Insider
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