« Tueur de Starlink » : 1 000 drones chinois suffisent à bloquer tous les satellites d’Elon Musk

Neutraliser la constellation Starlink au-dessus de Taïwan n’a rien d’impossible. Une étude menée par l’université de Zhejiang et l’Institut de technologie de Pékin montre qu’à peine 935 drones de brouillage suffisent à bloquer les satellites. L’étude a été publiée dans la revue Systems Engineering and Electronics.

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SpaceX Starlink
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Starlink nous a prouvé sa capacité à résister à un cyclone dévastateur. Sauf que voilà, à peine 935 drones de brouillage suffisent à mettre hors circuit la constellation satellite. La simulation s’appuie sur les données de positionnement des satellites Starlink sur une période de 12 heures. Les scientifiques ont modélisé un « nuage fermé » de brouilleurs qui volent à 20 km d’altitude, espacés de 5 à 9 km.

Les drones émettent un mélange de parasites électromagnétiques à faisceaux larges et étroits. En plus des drones, la simulation présente des ballons stratosphériques ou encore des aéronefs qui forment ce que les auteurs appellent un « bouclier électromagnétique ».

Bloquer Starlink est un défi car contrairement aux satellites géostationnaires, la constellation d’Elon Musk repose sur des milliers de satellites en orbite basse. Ces engins se relaient constamment autour d’un même point et SpaceX exploite activement plus de 9 000 satellites actifs sur les quelque 10 400 lancés depuis 2019. Une architecture maillée qui rend cette constellation résiliente.

Pour faire simple, si un satellite est brouillé ou défaillant, les appareils sur Terre basculent vers un autre en quelques millisecondes. Les antennes à commande de phase qui équipent chaque satellite et chaque appareil des utilisateurs compliquent un peu plus la tâche des brouilleurs puisqu’elles peuvent réorienter leurs faisceaux pour éviter une source d’interférence.

Starlink SpaceX
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Yang Zhuo, chercheur à l’Institut de technologie de Pékin et co-auteur de l’étude, souligne cette complexité : « Les plans orbitaux de Starlink ne sont pas fixes, et les trajectoires de la constellation sont extrêmement complexes, avec un nombre de satellites visibles qui varient constamment. » Les opérateurs étasuniens ont aussi la possibilité de modifier à distance les fréquences porteuses des satellites, ce qui ajoute une couche supplémentaire de protection face aux tentatives de brouillage.

L’intérêt de Pékin pour neutraliser la constellation Starlink ne date pas d’hier. Une étude de 2022 qui a été commandée par la Force de soutien stratégique de l’Armée populaire de libération recommandait clairement de développer des capacités anti-satellites en ciblant les constellations en cas de conflit armé avec les États-Unis.

Des chercheurs de l’Université normale de Chine de l’Est écrivaient aussi dans le Journal of International Security Studies : « Elon Musk a positionné Starlink comme un projet commercial d’internet par satellite, mais ses perspectives d’applications militaires sont très larges également. Si ces applications sont utilisées à des fins militaires, elles renforceront encore les capacités de combat de l’armée étasunienne. »

Une préoccupation cristallisée suite au déploiement de Starlink en Ukraine au lendemain de l’invasion russe de février 2022. Il n’a fallu que 48 heures pour que SpaceX active la connectivité sur l’ensemble du territoire, expédie les premiers appareils. Les forces de Kiev ont donc pu maintenir leur communication alors que les infrastructures terrestres subissaient des attaques et des frappes.

La constellation qui ambitionne de mettre fin aux zones blanches est un pilier des opérations militaires en Ukraine : coordination d’artillerie, pilotage de drones de reconnaissance et d’attaque, transmission de vidéos en direct depuis le front, etc.

La Russie a tenté plusieurs fois de neutraliser le réseau Starlink. Un responsable du Pentagone, Dave Tremper, directeur de la guerre électronique au sein du bureau du secrétaire à la Défense, a qualifié la réponse de SpaceX face à la première tentative de brouillage russe de « stupéfiante ». Les ingénieurs de l’entreprise avaient déjà déployé une mise à jour logicielle en quelques heures pour contrer l’attaque : « La façon dont Starlink a pu réagir quand une menace est apparue, nous devons être capables de faire la même chose avec celles-ci. »

SpaceX a un grand avantage avec ses satellites en orbite basse

L’orbite basse choisie par SpaceX est un avantage décisif par rapport aux satellites géostationnaires positionné à environ 35 000 km de la Terre. Starlink propose une latence fortement réduite. Le temps de réponse entre l’envoi d’une requête et la réception des données tombe à environ 25 ms contre plus de 600 ms pour les systèmes classiques.

Une réactivité qui permet des usages comme des visioconférences fluides, du jeu en ligne, du streaming vidéo en haute définition, etc. Les équipes de secours ont aussi la possibilité de coordonner leurs interventions en direct, mais aussi d’accéder à des images satellites des zones sinistrées ou d’organiser des visites médicales à distance.

Depuis, Moscou a perfectionné son arsenal. Le rapport 2025 de la Secure World Foundation cite Tobol comme « capable de perturber les communications et la navigation GPS ». Il s’agit d’un dispositif d’abord conçu pour protéger les satellites du brouillage qui a été reconverti.

Il y a sept complexes Tobol sur le territoire russe, dont trois juste pour cibler les signaux Starlink au-dessus de l’Est de l’Ukraine. On parle aussi d’un arsenal appelé Kalinka, également surnommé le « tueur de Starlink ». Cette technologie pourrait détecter et perturber les communications des satellites, même celles de Starshield qui est une version militaire du réseau disponible depuis fin 2022.

La maîtrise chinoise des essaims de drones ne fait aucun doute. Le 17 octobre dernier, un record du monde a été battu en Chine avec 15 947 drones en train de voler et gérés par un seul ordinateur. Une démonstration spectaculaire, certes à des fins de divertissement, mais qui montre comment l’expertise chinoise pourrait être convertie à des usages militaires. Les mêmes algorithmes de coordination qui font voler ces milliers de drones dans le ciel pourraient être utilisés pour une opération de brouillage à grande échelle ou de saturation des défenses de l’adversaire.

SpaceX Starlink
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L’étude chinoise ne précise pas si SpaceX accepterait de fournir Starlink à Taïwan en cas de conflit. Washington reste dans un entre-deux sur son éventuelle implication en cas d’invasion chinoise. Elon Musk a déjà refusé d’étendre la couverture aux territoires ukrainiens occupés par la Russie. La question de la disponibilité de Starlink en cas de guerre autour du détroit de Taïwan reste donc entière.

Depuis des années, Pékin considère que l’île fait partie de son territoire et n’exclut pas de recourir à la force pour une réunification forcée, comme le fait actuellement la Russie avec l’Ukraine. Il est fort possible qu’en cas d’attaque, la Chine s’attaque d’abord aux satellites pour priver son adversaire de ses capacités de communication et de navigation. La simulation d’un essaim de drones brouilleurs au-dessus de Taïwan n’est pas qu’un simple exercice. Il s’agit d’une possible offensive que les militaires considèrent comme un scénario plausible à l’horizon de la prochaine décennie.

  • Une étude chinoise affirme que 935 drones de brouillage suffiraient à neutraliser Starlink au-dessus de Taïwan.
  • La neutralisation de Starlink est simulée via un « nuage fermé » de brouilleurs à 20 km d’altitude, espacés de 5 à 9 km, formant un « bouclier électromagnétique ».
  • Starlink reste difficile à bloquer, l’architecture en orbite basse assurant un basculement instantané vers un autre satellite en cas de brouillage.

Source : South China Morning Post

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