C’est une première pour Moscou. L’entreprise aérospatiale privée russe Bureau 1440 a mis en orbite 16 satellites dans le cadre du projet Rassvet. On parle d’une constellation en orbite basse pour fournir de l’internet haut débit à l’échelle de la Russie, puis du monde entier. En gros, c’est le Starlink russe.

Il faut dire que le contexte donne un sens particulier à ce lancement. En février 2026, SpaceX a mis en place un filtre sur son réseau Starlink en Ukraine. Les terminaux non enregistrés ou obtenus illégalement par l’armée russe ont été coupés. Résultat, les forces de Moscou ont perdu un outil de communication essentiel sur le front. Depuis, l’armée ukrainienne a repris l’initiative dans plusieurs secteurs. C’est cette dépendance aux technologies du rival qui a accéléré le projet Rassvet.
La Russie se lance dans la course à la connexion satellitaire
Le Bureau 1440 a présenté ce lancement comme « le passage de la phase expérimentale à la mise en place d’un vrai service de communication ». L’entreprise ajoute que « des dizaines de lancements et des centaines de satellites sont prévus pour permettre des communications à l’échelle mondiale ». C’est ambitieux. Sauf que voilà, 16 satellites en orbite, c’est insignifiant. SpaceX a déjà déployé plus de 10 000 engins pour son réseau Starlink qui couvre 32 pays et touche 1,7 milliard de personnes.
Le projet Rassvet, dont le nom signifie « aube » en russe, ne part pas de zéro. L’entreprise a déjà envoyé trois satellites de test en juin 2023, puis trois autres en mai 2024. Lors du premier test, l’entreprise a réussi une session de communication avec un débit de 10 Mbps et une latence de 41 millisecondes. C’est correct pour un prototype, mais loin des performances de Starlink qui propose aujourd’hui des débits bien supérieurs.
Pour rappel, le Bureau 1440 a été fondé en 2020. L’entreprise est rattachée à ICS Holding, un groupe informatique russe. Alexeï Chelobkov, PDG de la maison mère, a confirmé que la prochaine étape comprendra des dizaines de lancements en plus.
Un objectif ambitieux mais en retard sur Starlink
Dmitri Bakanov, le directeur de Roscosmos, a précisé que plus de 900 satellites en orbite basse seront envoyés d’ici 2035. L’exploitation commerciale d’environ 250 satellites est prévue pour l’année prochaine. Selon le calendrier officiel, 172 satellites devaient être lancés d’ici la fin 2026. Mais ce calendrier a déjà pris du retard. Le lancement de ce premier lot était prévu fin 2025.
Mais alors combien ça coûte ? Le gouvernement russe a annoncé 1,26 milliard de dollars de fonds publics pour le programme. En parallèle, le Bureau 1440 prévoit d’investir 4 milliards de dollars supplémentaires sur ses fonds propres d’ici 2030. On parle donc de plus de 5 milliards au total. C’est une somme colossale pour la Russie.
En comparaison, SpaceX a investi des dizaines de milliards dans Starlink et bénéficie d’une cadence de lancement que Roscosmos ne peut pas suivre. La fusée Soyouz 2.1b utilisée pour ce tir est fiable, mais elle date de l’ère soviétique. SpaceX lance des Falcon 9 réutilisables à un rythme de plusieurs tirs par semaine.
La Russie veut se libérer de la dépendance aux technologies étasuniennes
Le spécialiste spatial russe Vitali Egorov estime qu’il faudra au moins 250 satellites en orbite pour que Rassvet devienne un service de communication fonctionnel. On en est à 16. La route est encore très longue. Et puis il y a la question de la qualité. Les satellites du Bureau 1440 embarquent des terminaux laser intersatellites, des moteurs à plasma et une compatibilité 5G NTN. C’est prometteur sur le papier.
Sauf qu’aucun de ces composants n’a été testé à grande échelle. Bref, la Russie pose la première pierre de son internet spatial. Le fossé avec Starlink reste gigantesque, mais Moscou n’a plus le choix. Sans alternative souveraine, les communications militaires et civiles du pays restent à la merci des décisions d’Elon Musk.
- Bureau 1440 a mis en orbite 16 satellites Rassvet pour lancer la future constellation russe d’internet haut débit en orbite basse.
- Moscou accélère le projet après la coupure de terminaux Starlink utilisés par l’armée russe en Ukraine.
- Le lancement marque une première, mais Rassvet reste très loin de Starlink avec seulement 16 satellites en orbite.
Source : The Moscow Times
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