L’Union européenne prépare une loi qui lui permettrait de saisir directement la production de semi-conducteurs sur son sol en cas de crise. Bruxelles veut forcer les constructeurs à prioriser les commandes essentielles européennes.

- L’Union européenne prépare une loi pour saisir la production de semi-conducteurs sur son sol en cas de crise et prioriser les commandes essentielles européennes.
- Bruxelles envisage aussi des achats groupés pour les 27 États membres, dans un contexte marqué par l’affaire Nexperia et la dépendance critique à Taïwan et aux États-Unis.
- L’Europe reste en retard avec seulement 10 % de la production mondiale de puces, alors que les prix de la RAM explosent et que les PC portables augmentent déjà de 15 à 30 %.
Le but est évident pour l’Europe. C’est sortir d’une dépendance trop forte à Taïwan et aux États-Unis. Le 27 mai 2026, le Financial Times a révélé l’existence de ce « brouillon » de loi qui marque un tournant protectionniste majeur.
Bruxelles dégaine une arme protectionniste pour sauver l’industrie européenne des puces
Le projet de la Commission dit qu’en période de crise, les autorités européennes pourraient suspendre les contrats des constructeurs installés en Europe et leurs clients étrangers. Le texte souhaite « obliger les fabricants de semi-conducteurs à prioriser les commandes de produits essentiels en période de crise ».
Les secteurs concernés ? La défense, la santé et le numérique. Des amendes très salées sont prévues pour les industriels qui ne joueraient pas le jeu de la transparence sur leurs capacités. Il s’agit d’une rupture avec la doctrine libérale de l’Europe.
Bruxelles envisage aussi une centralisation des achats. La Commission pourrait acheter en gros pour les 27 États membres puis redistribuer les stocks ensuite. Une idée s’inspire de la stratégie pour le vaccin lors de la pandémie Covid-19. On parle d’un levier diplomatique pour peser face à TSMC, Samsung et SK Hynix dans les négociations.
Le point de départ de cette idée de Bruxelles, c’est l’affaire Nexperia. Le 13 octobre 2025, le gouvernement néerlandais a saisi le contrôle de Nexperia, constructeur de puces du chinois Wingtech. La Haye a invoqué la Goods Availability Act, une loi de la Guerre froide jamais utilisée jusqu’ici.
L’Europe s’enfonce dans une trop forte dépendance
On parle de plusieurs constructeurs automobiles touchés par cette saisie, dont Volkswagen, Nissan et Honda. Le constructeur japonais a même suspendu une usine en Amérique du Nord, faute de composants. Le 31 octobre 2025, Henna Virkkunen, commissaire européenne à la Tech, a invité Nexperia à rejoindre la task force du Chips Act.
Sauf que voilà, l’Europe avance sur ces dossiers avec un retard énorme. L’industrie européenne pèse aujourd’hui 10 % de la production mondiale de puces, soit très peu. La Commission promet 20 % depuis 2022 sans tenir cet objectif. Le premier Chips Act de 43 milliards d’euros n’a pas suffi.
Et pour cause, la Chine, les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud investissent des sommes bien supérieures dans leur propre industrie. Un Chips Act 2.0 est à l’étude, avec une enveloppe qui pourrait atteindre 120 milliards d’euros.
Il faut dire que la pression vient aussi des marchés. Au premier trimestre 2026, les prix de la RAM ont explosé de 110 %. K.S. Pua, directeur général de Phison, prévient même que la pénurie pourrait s’étendre sur dix ans. La situation se propage déjà à d’autres composants puisque les délais sur les processeurs Intel et AMD explosent. Bref, l’Europe ne peut plus se permettre d’attendre la prochaine crise mondiale sans plan B.
Le dossier Taïwan inquiète beaucoup Bruxelles
Le risque taïwanais reste la grande inquiétude pour l’Occident. TSMC propose plus de 90 % des puces de pointe et reste sous la menace militaire de la Chine. Une crise dans le détroit de Taïwan paralyserait l’industrie européenne en quelques semaines. Mais ce n’est pas tout puisque les conséquences toucheraient aussi les consommateurs.
En clair, les prix des PC portables affichent des hausses de 15 à 30 % cette année à cause de la situation actuelle. Reste à voir si le Chips Act 2.0 et la nouvelle loi d’urgence passeront le filtre des États membres, qui défendent jalousement leurs prérogatives en termes de sécurité nationale.
Source : Financial Times
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