L’organisation européenne des gestionnaires de réseaux de gaz alerte sur l’état des stocks. Au 1er avril 2026, les réserves de gaz de l’Union européenne étaient remplies à 28 %. C’est le niveau le plus bas depuis la crise énergétique de 2022. La guerre en Iran a paralysé le commerce de GNL et l’hiver prochain s’annonce très tendu.

- Les stocks de gaz de l’Union européenne n’étaient remplis qu’à 28 % au 1er avril 2026, leur plus bas niveau depuis la crise énergétique de 2022.
- La guerre en Iran a désorganisé le commerce du GNL et fait bondir les prix du gaz en Europe.
- En France, les ménages sous offre indexée subiront une hausse de 15,4 % sur leur facture de gaz en mai.
Le directeur général de l’ENTSOG Piotr Kus a demandé aux 25 pays membres de commencer à remplir leurs stocks « dès avril et de poursuivre le remplissage jusqu’en novembre, afin d’assurer des niveaux adéquats pour l’hiver à venir ».
La crise au Moyen-Orient aura une incidence sur le prix du gaz en Europe
Il faut dire que l’Europe n’a jamais abordé le printemps dans une position aussi fragile. On parle de 171 jours consécutifs de chauffage pour la saison 2025-2026, presque le record de 172 jours établi en 2015-2016. Les Pays-Bas sont tombés à 4,6 % de réserves et le gestionnaire Gasunie a prévenu que deux sites de stockage majeurs seraient entièrement vides avant la fin du mois.
La guerre en Iran a provoqué un choc sur les marchés du pétrole et du gaz dès le début du conflit fin février. Il s’agit d’une crise d’approvisionnement directe. L’Iran a fermé le détroit d’Ormuz et les frappes ont touché les infrastructures énergétiques du Qatar. Le PDG de QatarEnergy, Saad Sherida al-Kaabi, a déclaré que l’entreprise n’était plus en mesure de remplir ses obligations contractuelles de production.
Les prix du gaz en Europe ont bondi de 70 % depuis le début du conflit, selon le commissaire européen à l’Energie Dan Jorgensen. Et pour cause, 20 % du commerce mondial de GNL transitait par le détroit avant sa fermeture. Un doublement des prix ajouterait 100 milliards d’euros à la facture annuelle d’importation de l’Europe selon le groupe de réflexion Bruegel.
Les ménages français paieront leur gaz plus cher
Sauf que voilà, le cessez-le-feu annoncé cette semaine entre les Etats-Unis et l’Iran ne règle rien pour les stocks de gaz. Le TTF néerlandais a chuté de 14 % après la trêve mais le prix repère de la CRE française se calcule avec un décalage de deux mois. En clair, les ménages français sous offre indexée paieront en mai les conséquences du mois de mars avec une hausse de 15,4 % sur leur facture de gaz. La baisse des cours ne se verra pas avant juin au plus tôt.
L’Union européenne a assoupli ses règles pour s’adapter. L’objectif de remplissage a été ramené de 90 % à 80 % avant l’hiver. Les Etats membres ont gagné de la flexibilité sur le calendrier puisqu’ils ont entre le 1er octobre et le 1er décembre pour atteindre ce seuil, contre le 1er novembre auparavant. Une marge de 10 % est aussi prévue en cas de conditions de remplissage difficiles.
Le commissaire Dan Jorgensen estime que la sécurité d’approvisionnement de l’Union européenne reste « relativement protégée » car seuls 2 % des importations de gaz venaient du Qatar en 2025. Mais la concurrence avec l’Asie pour le GNL disponible fera monter les prix pour tout le monde. La Belgique, l’Italie et la Pologne sont les pays les plus exposés selon le commissaire.
L’ENTSOG a publié ses Perspectives d’approvisionnement pour l’été 2026 avec un aperçu de l’hiver suivant. Dans son scénario de référence, les capacités d’injection permettent de couvrir la demande et de terminer l’hiver avec plus de 30 % de réserves. Mais ce scénario suppose que les approvisionnements en GNL soient « adéquats ».
Une course contre la montre débute pour l’Europe
En cas de disponibilité limitée de GNL, la facture d’électricité sera aussi touchée puisque le gaz détermine encore le prix de l’électricité 90 % du temps en Italie et une part importante en France. Seule l’Espagne s’en sort mieux grâce à sa production éolienne et solaire qui a réduit la part du gaz dans la fixation du prix de l’électricité de 75 % en 2019 à 15 % en 2026.
Bref, l’Europe est dans une course contre la montre. Remplir les stocks à 80 % coûtera environ 35 milliards d’euros aux prix actuels. Le gaz, l’électricité et les carburants avec le diesel qui a dépassé les 2 euros le litre forment un triptyque de crise qui pèse sur les ménages européens. Et si le cessez-le-feu ne tient pas, les réserves de gaz de l’hiver 2026-2027 seront le prochain front de la crise énergétique.
Source : Le Figaro
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