Avec l’assouplissement des objectifs 2035 par l’Europe, les anti-électriques se frottent les mains

Après des mois de lobbying intensif de la part des constructeurs automobiles et de plusieurs gouvernements européens, Bruxelles a cédé. C’est le 16 décembre que la Commission européenne a annoncé un assouplissement de l’interdiction des véhicules thermiques prévue pour 2035.

Sommaire
voiture thermique
© Unsplash

Désormais, l’objectif de réduction des émissions de CO2 passe de 100 % à 90 % et autorise le maintien des moteurs à combustion sous certaines conditions. Un recul qui est une victoire pour l’Allemagne et l’Italie. Mais voilà, une brèche est désormais présente pour les opposants au tout-électrique.

L’Europe assouplit ses règles, les anti-électriques crient victoire

C’est dans le cadre du paquet Fit for 55 du Green Deal européen que la réglementation a été adoptée en mars 2023. Elle imposait aux constructeurs de ne vendre que des véhicules zéro émission à partir de 2035. L’interdiction des moteurs thermiques avait pour but de permettre à l’Europe d’atteindre une neutralité carbone en 2050.

Sauf que voilà, l’industrie automobile européenne estime que la transition vers l’électrique est trop brutale alors que la concurrence chinoise est féroce, incarnée par des ogres comme BYD. Les ventes sont aussi en deçà des attentes et il y a désormais des tensions commerciales avec les États-Unis sous l’administration Trump.

Le nouveau dispositif présenté par Bruxelles permet aux constructeurs de compenser 10 % des émissions restantes par deux moyens. La première, c’est l’utilisation d’acier bas carbone produit dans l’Union européenne pour la fabrication des véhicules ou l’utilisation de carburants durables comme les e-fuels et les biocarburants. Une flexibilité qui autorise la vente de véhicules hybrides rechargeables, d’hybrides légers, de prolongateurs d’autonomie et même de véhicules à combustion interne au-delà de 2035.

Selon le commissaire européen au climat, Wopke Hoekstra, ce mécanisme de compensation permet de réduire les émissions, tout en permettant une situation « gagnant-gagnant. »

voiture électrique
© Envato

Mais il y a d’autres assouplissements. L’objectif de réduction des émissions pour les utilitaires légers en 2030 passe de 50 % à 40 %, puisque l’électrification de ce segment a du mal à prendre. Un système de report et d’anticipation est ajouté pour la période 2030-2032 pour permettre aux constructeurs de compenser un dépassement des objectifs pendant une année par une surperformance lors d’une autre. Des « supercrédits » seront accordés pour les petits véhicules électriques abordables fabriqués dans l’Union européenne.

La concurrence chinoise pèse fort sur l’industrie européenne

Face à la concurrence chinoise, il faut que les constructeurs proposent des modèles accessibles comme la Twingo électrique, dont l’une des options est indispensable pour conserver sa valeur à la revente. Des objectifs nationaux obligatoires pour les flottes d’entreprises zéro ou basse émission seront aussi instaurés et adaptés à chaque État membre.

La pression exercée sur Bruxelles était énorme. La Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, l’Italie, la Pologne et la Slovaquie ont cosigné une lettre adressée à la Commission européenne pour demander l’autorisation des hybrides et des carburants alternatifs après 2035. Leur argument ? « Nous pouvons et nous devons poursuivre notre objectif climatique de manière efficace sans tuer notre compétitivité entre-temps car il n’y a rien de vert dans un désert industriel. »

Le chancelier allemand Friedrich Merz avait aussi écrit à Ursula von der Leyen pour demander une réglementation « flexible et réaliste, ouverte à toutes les technologies« . L’Allemagne est le premier marché automobile européen.

C’est aussi ce pays qui a salué l’annonce puisque Friedrich Merz a déclaré : « Plus d’ouverture technologique et plus de flexibilité sont les bonnes mesures à prendre pour mieux aligner les objectifs climatiques, les réalités du marché, les entreprises et les emplois. »

En France, le gouvernement Macron s’oppose à ce recul. Monique Barbut, la ministre de l’Environnement, a déclaré que la France ferait« tout ce qu’elle peut » pour empêcher cette proposition de devenir une loi lors du vote des États membres.

L’Espagne est aussi avec les partisans du maintien de l’interdiction pour 2035 et demande à l’Union européenne de soutenir la production locale de batteries au lieu d’assouplir les objectifs.

Des constructeurs automobiles exigent le maintien des objectifs 2035

Recharge voiture électrique
© Envato

Les constructeurs engagés dans la transition électrique grincent aussi des dents. Plus de 150 dirigeants de l’industrie européenne des véhicules électriques avaient signé une lettre au début du mois de décembre pour demander à Bruxelles de maintenir l’objectif 2035. On trouvait Volvo Cars, Polestar, des fabricants de batteries, des fournisseurs de matériaux et des opérateurs de réseaux électriques. Pour Volvo, « cette décision affaiblit les engagements à long terme pour des gains à court terme » et « risque de saper la compétitivité de l’Europe pendant les années à venir. »

Michael Lochscheller, dirigeant de Polestar, est quant à lui très direct : « Passer d’un objectif total de 100 % zéro émission à 90 % paraît minime sur le papier, mais si on recule maintenant, nous n’impacterons pas seulement l’environnement, nous nuirons à la compétitivité de l’Europe. »

Transport & Environment (T&E) est une ONG et son analyse est cinglante. Selon ses calculs, jusqu’à 25 % de véhicules électriques à batterie en moins seraient vendus en 2035 par rapport à l’objectif. William Todts, directeur exécutif de T&E, a résumé : « Bruxelles choisit la complexité au lieu de la clarté […] Chaque euro qui est investi dans un hybride rechargeable est un euro en moins pour les véhicules électriques pendant que la Chine progresse à une vitesse fulgurante. S’accrocher aux moteurs à combustion ne permettra pas aux constructeurs européens de retrouver leur gloire d’antan. »

Le contexte mondial renforce ces inquiétudes. La Chine électrifie son parc à une vitesse folle, et même l’ex-dirigeant de Stellantis s’en inquiète pour l’Europe. Le pays atteint 30 % de part de marché pour les véhicules électriques à batterie au premier semestre 2025. On trouvait ensuite le Vietnam, la Thaïlande et l’Indonésie, respectivement à 42 %, 24 % et 13 %. L’Europe a un peu plus de 20 % de part de marché mais risque de perdre du terrain dans cette course technologique.

Des négociations qui risquent d’être tendues entre les États membres

Les constructeurs chinois proposent des véhicules électriques à des prix inférieurs à ceux des Européens. L’industrie du Vieux continent est déjà très fragilisée par les droits de douane étasuniens, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et une transition chaotique vers l’électrique. Et ça ne risque pas de s’arranger puisque Xiaomi compte lancer ses véhicules électriques abordables en Europe en 2027.

voiture électrique
© Unplash

La proposition de la Commission européenne doit encore être approuvée par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne. Les négociations risquent d’être tendues. Au Royaume-Uni, des voix s’élèvent pour demander un assouplissement similaire de l’objectif 2030 fixé par le gouvernement britannique. Les opposants estiment que si l’Union européenne recule, Londres doit faire de même.

Pour les défenseurs du thermique, ce recul est une première victoire dans une bataille qui ne fait que commencer. La porte des négociations est ouverte, mais sans le vouloir, Bruxelles a transformé cet objectif en un champ de bataille politique qui risque de durer un long moment.

  • Le 16 décembre, la Commission européenne annonce un assouplissement de l’interdiction des véhicules thermiques pour 2035, avec un objectif CO2 abaissé de 100 % à 90 %.
  • Le nouveau mécanisme autorise le maintien des moteurs à combustion après 2035 sous conditions, via une compensation des 10 % restants.
  • La proposition doit encore être approuvée par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne.

Réagissez à cet article !