La Commission européenne ajoute 66 satellites à sa constellation IRIS² face à Starlink. Le réseau souverain passera de 290 à 348 engins en orbite pour un budget au-dessus de 15,6 milliards d’euros. En 2029, les premiers lancements auront lieu et l’espagnol HispaSat chapeautera toute la partie terrestre.

- La Commission européenne ajoute 66 satellites à IRIS², qui passe de 290 à 348 engins en orbite pour sortir de la dépendance à Starlink.
- Le réseau souverain doit démarrer ses premiers lancements en 2029, avec HispaSat à la tête des installations au sol.
- Le budget dépasse 15,6 Md€, avec environ 4 Md€ d’investissements privés et le reste porté par l’Union européenne et les États membres.
C’est un accord de mise en œuvre qui est désormais signé entre la Commission européenne et le consortium SpaceRISE. Il s’agit de la conclusion de négociations sur la conception, la capacité, le calendrier, le prix et les investissements des opérateurs privés.
L’Europe veut sortir de la dépendance à Starlink avec IRIS²
IRIS² quitte donc la phase de planification pour passer en déploiement industriel. Andrius Kubilius, commissaire européen chargé de la défense et de l’espace, parle d’une étape « décisive pour la sécurité et la souveraineté numérique de l’Europe ». La constellation comptera 330 satellites en orbite basse avec 18 autres qui tourneront en orbite moyenne. Les 66 engins en plus seront utilisés pour la défense, la sécurité et les services d’urgence.
Résultat, les armées, les gouvernements et les secours auront 60 % de débit sécurisé en plus sur le territoire de l’Union européenne. Et le total monte à 54 % dans le reste du monde. Bruxelles garde aussi une partie de la bande des 2 GHz à ce réseau souverain, alors que Starlink est mis à l’écart des fréquences européennes.
HispaSat, filiale du groupe espagnol Indra, est le maître d’œuvre des installations au sol. On parle d’un contrat de plus de 1,6 milliard d’euros pour les antennes, les centres de contrôle et la connexion aux réseaux terrestres.
HispaSat parle de « toutes les installations nécessaires à la gestion et à l’exploitation des différentes couches orbitales de la constellation ». Ces installations seront réparties sur plusieurs sites en Europe. Indra sera la première entreprise espagnole à la tête d’un consortium pour un projet spatial européen de telle ampleur.
Mais ce n’est pas tout puisque HispaSat injecte jusqu’à 600 millions d’euros en échange de droits d’exploitation sur des orbites non géostationnaires. L’industrie espagnole avance en parallèle sur la défense et Airbus construit le satellite militaire capable de survivre à une explosion nucléaire en orbite pour l’opérateur Hisdesat, partenaire d’IRIS².
Un budget conséquence pour ne plus dépendre des technologies étasuniennes
Les deux autres opérateurs de SpaceRISE ont chiffré leurs investissements. Le luxembourgeois SES engage jusqu’à 1,35 milliard d’euros pour les 18 satellites en orbite moyenne et les terminaux utilisateurs. Le français Eutelsat apporte 2,23 milliards d’euros pour l’orbite basse et ses 330 satellites. Le privé pèse donc environ 4 milliards d’euros.
Le reste vient du prochain budget pluriannuel de l’Union européenne et des États membres. La Pologne met 656 millions d’euros, la Hongrie injecte un demi-milliard et l’Espagne entre 1,6 et 2 milliards. Sauf que voilà, HispaSat annonce 342 satellites au total contre 348 pour la Commission européenne, un écart de six engins en orbite moyenne que personne n’explique.
Le 16 décembre 2024, la Commission européenne a signé la concession de douze ans avec SpaceRISE pour 290 satellites et 10,6 milliards d’euros. Airbus Defence and Space, Thales Alenia Space, OHB, Aerospacelab, Telespazio, Deutsche Telekom, Orange et Hisdesat participent au projet. L’Agence spatiale européenne supervise le développement, la qualification et la validation en orbite.
Josef Aschbacher, directeur général de l’Agence spatiale européenne, résume l’enjeu sur LinkedIn, « L’autonomie stratégique commence par une connectivité indépendante ». En clair, IRIS² est le troisième pilier spatial de l’Europe après Galileo et Copernicus. Sur le positionnement, Bruxelles impose discrètement Galileo dans les smartphones pour se passer du GPS étasunien.
Une constellation d’abord pensé pour des profils précis
Rappelons que Starlink aligne plus de 10 000 satellites et domine le marché mondial. IRIS² concerne d’abord les gouvernements, les armées et les services d’urgence, puis les entreprises et les particuliers en zone blanche.
Il faut dire que la coupure des terminaux Starlink en Ukraine a montré le danger d’une dépendance à un fournisseur étasunien. Kiev a retenu la leçon, puisque l’Ukraine bâtit son propre Starlink pour ne plus dépendre des États-Unis avec un réseau de 360 satellites.
Depuis 2022 et le lancement du programme, le calendrier a été reporté de deux ans. La Commission européenne parle pourtant d’une mise en service « avant la date prévue » par rapport au plan de la concession. Et il y aura des premiers services souverains juste après les lancements. En janvier 2026, Andrius Kubilius parlait déjà d’un an d’avance pour ces premiers services.















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