Éric Trappier défend un plan B après l’échec du SCAF et annonce un « super-Rafale » moins cher que le chasseur F-35 des États-Unis. Le 1er juillet 2026, les sénateurs ont auditionné le PDG de Dassault Aviation devant la commission sénatoriale de la Défense et des Affaires étrangères.

- Éric Trappier acte l’échec du SCAF avec Airbus et défend un plan B français autour d’un “super-Rafale”.
- Le Rafale F5 servirait de transition, avec nouveau moteur, meilleur radar, missiles modernisés, connectivité et drone de combat.
- Dassault peut concevoir le futur chasseur, mais le coût restera massif et devra être porté par l’État français.
L’avionneur a abordé la rupture avec Airbus autour du Système de combat aérien du futur (SCAF). Éric Trappier ne vise pas directement les gouvernement français ou allemand et pointe les désaccords industriels comme cause de l’abandon du chasseur de nouvelle génération.
Éric Trappier partage sa déception suite à l’échec du SCAF
Éric Trappier assume sa déception devant les sénateurs. « On échoue et je suis un peu triste et déçu », confie-t-il. Il s’agit d’un aveu rare chez un patron qui a longtemps tenu la position française. Le conflit portait sur la maîtrise d’œuvre du chasseur. Airbus voulait un rôle plus fort dans la définition du programme, ce que Dassault refusait.
Le déséquilibre remonte à l’entrée de l’Espagne dans le programme. En 2019, Madrid a rejoint le projet, ce qui a modifié la répartition des tâches. « On s’est retrouvés à un tiers de travail contre deux tiers pour Airbus », détaille Éric Trappier.
Il faut dire que Dassault a accepté ce partage à une condition, rester l’architecte du chasseur. Les relations entre les deux bureaux d’études se sont ensuite tendues au point de rendre tout accord impossible.
« Airbus a dit qu’on ne voulait plus travailler avec Dassault », rappelle Éric Trappier. Sauf que voilà, l’avionneur assure n’avoir jamais refusé la coopération. Paris et Berlin ont malgré tout acté l’abandon du programme franco-allemand au début de l’été.
Dassault annonce un super-Rafale comme plan B
Éric Trappier refuse de parler de temps perdu. Ces neuf années de travaux ont produit des études sur la discrétion radar, la forme aérodynamique et l’emport de charges. Les brevets et les méthodes restent chez Dassault.
Résultat, ce savoir-faire nourrira le prochain chasseur français. Mais ce n’est pas tout, le cloud de combat et les drones restent actifs. Ces éléments figurent parmi ceux du SCAF qui survivent. Le chasseur commun est enterré, mais les acquis techniques restent.
Le plan B tient en une formule. « Le plan B, il est amorcé. Le plan B, c’est un super-Rafale« , lance Éric Trappier. L’avionneur vise le standard F5 du Rafale comme chasseur de transition. Ce standard combine une nouvelle motorisation, un radar renforcé, des missiles modernisés et une connectivité élargie.
Pour rappel, le Rafale F5 emportera aussi le futur missile nucléaire ASN4G. « Le F5 nous permet d’avoir une offre améliorée pour l’export », ajoute Éric Trappier. Le programme a néanmoins pris du retard, comme le montre le calendrier du Rafale F5.
Faire mieux que le F-35 étasunien, pour moins cher
Ce super-Rafale s’appuiera sur un drone de combat. L’ensemble ferait mieux que le F-35 étasunien pour un coût moindre, selon Éric Trappier. L’avionneur veut garder « le plus petit avion qui fait tout », de la dissuasion nucléaire aux missions classiques. En gros, la France gratte du temps avant un vrai saut technologique.
Éric Trappier accepte des partenaires, sous conditions. « On est tout à fait ouvert à la coopération », avance-t-il. « L’important, c’est de servir nos armées, ce n’est pas de se faire plaisir », insiste Éric Trappier. Éric Trappier cite le programme Neuron comme modèle. Dans les années 2000, ce démonstrateur a rassemblé six pays européens. Et pour cause, chacun apportait son domaine d’expertise sans disputer le pilotage industriel.

L’avionneur reste ouvert à des partenaires hors d’Europe, mais garde le silence sur les noms. « Les noms, je les garde », glisse-t-il. Éric Trappier refuse une alliance bâtie sur des équilibres politiques au lieu des compétences. Dans tous les cas, le futur programme français d’avion de combat resterait piloté depuis la France.
Plusieurs milliards d’euros par an à prévoir
Le principal verrou concerne le moteur. « Il nous faut un moteur qui pousse beaucoup plus », insiste Éric Trappier. Dassault Aviation défend la poursuite du programme T-Rex avec Safran. Ce choix engage le moteur du futur chasseur pour une décennie. Vers 2045, cette propulsion pourrait équiper l’avion.
Sur le plan technique, l’avionneur regroupe Safran pour la propulsion et Thales pour l’électronique embarquée. « Quand je dis que je peux faire seul, je n’ai pas dit qu’on avait forcément les moyens financiers pour le faire seul », tempère Éric Trappier.
On parle d’un effort de plusieurs milliards d’euros par an. Ce niveau dépasse les moyens d’un seul industriel. En clair, Dassault Aviation sait concevoir l’avion, mais l’État en portera le coût.
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