Le SCAF, le programme d’avion de combat franco-allemand, est abandonné. Le 8 juin 2026, le gouvernement allemand a annoncé l’arrêt du programme, 10 ans après son lancement. Mais alors pourquoi cet échec cuisant ? On vous explique tout.

- L’Allemagne abandonne le SCAF, programme franco-allemand à 100 milliards d’euros lancé pour remplacer le Rafale et l’Eurofighter.
- Le blocage vient surtout du futur chasseur NGF, entre Dassault qui voulait piloter seul et Airbus qui refusait un rôle secondaire.
- La France pourrait désormais avancer seule, comme avec le Rafale, après 1,8 milliard d’euros dépensés et 10 ans de coopération sans avion.
Friedrich Merz, chancelier allemand, a demandé à Emmanuel Macron de ne pas poursuivre ce projet à 100 milliards d’euros. L’Élysée a confirmé l’arrêt et regretté « l’impossibilité pour les industriels de s’entendre sur la continuation de ce projet« .
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Comment le SCAF s’est effondré entre Paris et Berlin
En 2017, Emmanuel Macron et Angela Merkel, alors chancelière allemande, ont lancé le programme pour remplacer le Rafale français et l’Eurofighter allemand à l’horizon 2040. En 2019, l’Espagne a rejoint le SCAF et la Belgique a pris un rôle d’observateur.
Il s’agissait du programme d’armement le plus cher de l’histoire européenne. On parle d’un chasseur furtif appelé NGF, de drones d’accompagnement et d’un cloud de combat pour relier le tout. Le blocage porte sur le chasseur, appelé NGF. Dassault Aviation a été désigné maître d’œuvre dès le départ et exige de piloter seul sa conception. Airbus représente l’Allemagne et l’Espagne et refuse ce rôle de second.

Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a répété sur tous les tons son refus d’une cogestion avec Airbus. Le 1er avril 2026, il a coupé court, « Je ne suis pas un homme de cogestion ». La propriété intellectuelle a envenimé le dossier.
Dassault Aviation refuse de céder des technologies développées sur des décennies. Les commandes de vol restent au centre de ses craintes d’un « pillage industriel ». Ces savoir-faire alimentent les contrats d’exportation du Rafale.
On parle de l’Inde, des Émirats arabes unis, du Qatar et de la Grèce. Des marchés où Airbus Defence and Space se pose en concurrent direct. Le constructeur français a d’ailleurs montré sa capacité à avancer seul avec le projet européen VORTEX.
Des besoins trop différents entre Paris et Berlin
Au fond, les besoins militaires des deux pays ne collaient pas. La France veut un chasseur capable d’emporter l’arme nucléaire et de décoller du porte-avions Charles de Gaulle. L’Allemagne n’a pas de porte-avions et cherche un avion capable de porter les bombes nucléaires étasuniennes dans le cadre de l’OTAN. Cette incompatibilité a ruiné chaque réunion et ouvre une autre voie pour la France sur son futur chasseur.
Le 19 mars 2026, Emmanuel Macron et Friedrich Merz, chancelier allemand, ont lancé une médiation de la dernière chance. Le 18 avril, elle a échoué, avec deux rapports séparés remis aux gouvernements au lieu d’une conclusion commune.

En Allemagne, le syndicat IG Metall et le comité d’entreprise d’Airbus réclamaient un chasseur national. Theo Francken, ministre belge de la Défense, avait déjà tranché que « le SCAF est mort » dans un message sur X. Plusieurs issues se dessinaient alors, à commencer par les trois scénarios pour l’avenir.
Berlin a des solutions de repli que Paris n’a pas. Friedrich Merz, chancelier allemand, a sondé Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, sur une entrée allemande dans le GCAP, le programme rival du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon.
Le SCAF n’est pas totalement mort pour autant
Ce projet a verrouillé sa gouvernance très tôt, avec une coentreprise à parts égales entre BAE Systems, Leonardo et le japonais JAIE. L’Allemagne possède aussi des F-35. Tout cela acte la fin de la coopération franco-allemande.
Tout n’est pas mort dans le SCAF. Le gouvernement allemand veut garder « le véritable noyau » du projet sous forme de système de systèmes européen. Les drones d’accompagnement et le cloud de combat avancent mieux que le chasseur.
Airbus, par la voix de Michael Schoellhorn, PDG d’Airbus Defence and Space, veut sauver les drones et le cloud de combat. Le prochain conseil des ministres franco-allemand, en juillet en Allemagne, fixera un plan de travail resserré sur quelques projets jugés réalistes.
En avril 2026, Emmanuel Macron assurait encore que le programme n’était « pas du tout » mort. Sauf que voilà, plus personne ne partageait son optimisme, à Paris comme à Berlin.
La France a encore des billes à jouer

Pour la France, l’échec ne tourne pourtant pas à la catastrophe industrielle. Dassault Aviation affiche un chiffre d’affaires de 7,42 milliards d’euros en 2025 et un carnet de commandes de 46,6 milliards. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, chiffre à moins de 50 milliards d’euros le développement du NGF en solitaire. Dans les années 1980, la France avait déjà quitté l’Eurofighter pour bâtir le Rafale seule.
Reste la facture, 1,8 milliard d’euros engloutis en 10 ans sans qu’un seul avion ne décolle et un calendrier serré car le Rafale F5 prend du retard. En clair, une décennie de promesses européennes s’achève sans le moindre avion, faute d’accord entre deux pays aux doctrines opposées.
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