SCAF : en Allemagne, le syndicat Airbus réclame l’abandon du projet franco-allemand

C’est un coup de massue pour le SCAF. Le comité d’entreprise d’Airbus Deutschland a rejeté toute idée de médiation avec Dassault Aviation. Thomas Pretzl, fraîchement réélu à la tête du comité, demande au gouvernement allemand de se retirer du programme et de lancer un chasseur national. Cette position intervient alors que Paris et Berlin tentent une ultime négociation pour sauver le projet.

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Il faut dire que Thomas Pretzl ne parle pas en son nom seul. Le syndicat IG Metall a raflé 85,8 % des voix lors des élections professionnelles chez Airbus. On parle de 30 sièges sur 35 au comité d’entreprise. C’est un raz-de-marée. Et IG Metall, c’est la ligne dure contre Dassault depuis des mois.

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Les syndicats allemands se dressent contre le SCAF

Jürgen Kerner, le vice-président du syndicat, a déclaré en décembre 2025 que Dassault Aviation avait « perdu toute crédibilité en Europe ». Thomas Pretzl a lancé en mars que « le gouvernement allemand doit garantir la souveraineté aérienne de l’Allemagne sans dépendre des caprices d’un constructeur français ».

La stratégie du comité d’entreprise est claire. Airbus ne veut pas être réduit au rôle de simple exécuteur sur le NGF, l’avion de combat de nouvelle génération. Dassault exige le contrôle de la conception de cet avion, jusqu’au choix des fournisseurs. Airbus refuse.

Le syndicat IG Metall, la direction d’Airbus Defence and Space et l’association des industriels aéronautiques allemands sont alignés sur la même position. Tous exigent soit deux NGF séparés, soit la sortie pure et simple du programme. Michael Schoellhorn, le PDG d’Airbus Defence and Space, a estimé que « deux avions séparés seraient une option viable » pour sortir de l’impasse. Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, a rejeté cette idée sans hésiter.

Sauf que voilà, cette prise de position arrive au pire moment. Emmanuel Macron et Friedrich Merz se sont rencontrés en marge du sommet européen des 19 et 20 mars à Bruxelles. Le président français a annoncé le lancement d’une « mission de rapprochement entre Airbus et Dassault ». C’est la dernière tentative avant un possible abandon du programme, avec une date butoir à la mi-avril. Berlin doit boucler son budget fédéral. Pas question de laisser des milliards gelés pour un programme au point mort.

En gros, Emmanuel Macron lance une médiation et le comité d’entreprise d’Airbus dit non avant même qu’elle commence. La marge de manœuvre est nulle. Le syndicat IG Metall n’est pas un petit acteur chez Airbus. C’est la force politique dominante au sein du groupe.  Et sa position reflète celle de la direction. Guillaume Faury, le patron d’Airbus, a évoqué l’idée de deux avions séparés dès février. Bref, l’ensemble du camp allemand pousse dans la même direction.

La France et l’Allemagne se dispute autour du SCAF depuis des années

Pour rappel, le conflit entre Dassault et Airbus dure depuis des années. Le SCAF a été lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel. L’Espagne a rejoint le programme en 2019. On parle d’un budget estimé à 100 milliards d’euros pour développer un avion de sixième génération, des drones collaboratifs et un cloud de combat.

Dassault a été désigné maître d’œuvre du NGF. Sauf que voilà, Airbus conteste cette répartition depuis le premier jour. Berlin a mis la pression sur Paris en 2021 sur le partage des tâches et la propriété intellectuelle. Le blocage n’a fait que s’aggraver depuis. Éric Trappier a déclaré que le programme « est mort » si Airbus continue de torpiller la coopération.

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Friedrich Merz ne cache plus ses doutes. Le chancelier allemand a dit que Berlin « n’a pas besoin du même avion que la France ». La France souhaite un chasseur naval capable de porter l’arme nucléaire. L’Allemagne demande un avion de défense territoriale. Le chancelier allemand a questionné ouvertement sa propre participation au programme et la Belgique s’est éloignée. En parallèle, Berlin regarde vers les F-35 et le programme GCAP du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon.

Résultat, la France prépare l’après-SCAF sans le dire. Le Rafale F5 est prévu pour 2030 avec un nouveau radar et un capteur optronique de dernière génération. Dassault développe un drone de combat furtif via le programme nEUROn. Et puis il y a la piste indienne. Paris discute avec New Delhi pour un partenariat sur un avion de sixième génération si le SCAF s’effondre. L’Inde est déjà cliente du Rafale et Safran participe au moteur de l’AMCA indien. C’est un alignement naturel.

La France a déjà dépensé une fortune dans le projet

Il faut dire que le bilan financier du programme est déjà lourd. La France a dépensé 1,8 milliard d’euros d’argent public sur le SCAF sans qu’un seul avion n’ait vu le jour. Les 2 000 ingénieurs de Dassault à Saint-Cloud sont en sous-charge. Un mois de blocage coûte des dizaines de millions d’euros.

Et puis il y a la rue. Le 5 mars, le comité d’entreprise d’Airbus Deutschland et IG Metall ont organisé une manifestation qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Michael Schoellhorn, le PDG d’Airbus Defence and Space, était présent. Marie-Christine von Hahn, la présidente de l’association de l’industrie aérospatiale allemande, et Florian Herrmann, le président de la Chancellerie de Bavière, aussi. Autant dire que ce n’est pas un mouvement syndical de petite ampleur. C’est une position commune de l’industrie, des syndicats et des politiques allemands.

En clair, le vote d’IG Metall chez Airbus n’est pas un simple remou syndical. C’est un signal politique. Le comité d’entreprise le plus influent de l’industrie aérospatiale allemande dit à Friedrich Merz dit : quittez le SCAF, lancez un programme national, protégez nos emplois. Et le chancelier qui doit boucler son budget d’ici mi-avril a toutes les raisons du monde de suivre cette recommandation. Bref, la médiation lancée par Emmanuel Macron est morte avant d’avoir commencé.

  • Le comité d’entreprise d’Airbus Deutschland rejette toute médiation avec Dassault Aviation et demande à Berlin de quitter le SCAF pour lancer un chasseur national.
  • Cette ligne dure est portée par IG Metall, largement majoritaire chez Airbus après avoir remporté 85,8 % des voix aux élections professionnelles de mars.
  • Ce rejet intervient au pire moment, alors qu’Emmanuel Macron et Friedrich Merz viennent de lancer une ultime tentative de médiation avec une échéance fixée à la mi-avril.

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