Retour sur la Lune : la NASA change tout dans son programme Artemis et repousse l’alunissage

C’est un virage majeur pour la conquête lunaire étasunienne. La NASA annonce que tout départ à zéro pour son programme Artemis. Exit la surface lunaire pour mission Artemis III et sa mission de ramener des astronautes sur la Lune pour la première fois depuis Apollo 17 en 1972. L’agence spatiale ajoute une étape en plus, ce qui repousse le premier alunissage habité d’Artemis IV de 2028.

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Artemis NASA
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Rappelons que le programme Artemis accumule les retards depuis des années. L’alunissage était d’abord prévu pour 2024, puis 2026, puis mi-2027. Jared Isaacman, l’administrateur de la NASA, explique que passer d’un survol lunaire à un alunissage est un risque trop grand. « Notre programme est configuré comme si l’on passait d’Apollo 8 directement à la Lune. Ce n’est pas une voie vers le succès », a-t-il déclaré au Kennedy Space Center.

La mission Artemis prend du retard, voici pourquoi

L’approche reprend la méthode Apollo, puisque la mission Apollo 9 a testé l’amarrage en orbite terrestre avant l’alunissage avec Apollo 11, quatre mois plus tard. En parallèle, la Chine et la Russie préparent leur propre programme lunaire avec une centrale nucléaire sur la Lune.

La nouvelle version d’Artemis III de la mi-2027 restera en orbite terrestre basse. Les astronautes testeront l’amarrage entre la capsule Orion et un ou deux atterrisseurs lunaires commerciaux. Le premier est le Starship HLS deSpaceX, dont les essais du vaisseau Starship se sont soldés par des échecs. Le second est le Blue Moon de Blue Origin, l’entreprise de Jeff Bezos.

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L’équipage vérifiera les systèmes de survie, les communications, la propulsion et les nouvelles combinaisons spatiales. Tout sera en orbite basse, sans ravitaillement cryogénique que SpaceX n’a toujours pas démontré dans l’espace. SpaceX, qui envoie régulièrement des astronautes en orbite avec sa capsule Dragon, est face à un énorme défi. Celui d’un amarrage bien plus complexe.

L’Aerospace Safety Advisory Panel, panel consultatif de la NASA et organisme autonome, tirait la sonnette d’alarme depuis des mois. Selon ce comité, les « risques programmatiques et techniques » des atterrisseurs lunaires « remettent en question le calendrier d’Artemis III et la faisabilité de ses objectifs ».

Le Starship HLS n’a pas dépassé le stade de prototype pour la version lunaire malgré un contrat de près de 4 milliards de dollars. SpaceX, qui a récemment abandonné Mars au profit de la Lune, vise un atterrissage lunaire sans équipage en mars 2027, selon le Wall Street Journal et Reuters.

La Lune habitée ne cesse de prendre du retard

Sauf que voilà, la NASA fait face à un autre problème. La mission Artemis II accumule les reports alors qu’elle doit envoyer quatre astronautes autour de la Lune. Une fuite d’hydrogène liquide lors de la répétition générale du 2 février a repoussé le lancement. Puis une anomalie dans le système de pressurisation à l’hélium a forcé le retour de la fusée SLS dans le bâtiment d’assemblage. La NASA cible maintenant avril pour ce vol de dix jours.

Et pour cause, les mêmes fuites d’hydrogène et d’hélium ont déjà perturbé Artemis I en 2022. Plus de trois ans séparent les deux missions, ce qui prouve la lenteur du programme.

Jared  Isaacman veut casser ce rythme. L’objectif ? Lancer au moins une mission par an après 2027, voire tous les dix mois. Artemis IV transportera deux astronautes depuis la capsule Orion vers une version modifiée du Starship en orbite lunaire avant la descente. Artemis V suivrait quelques mois plus tard, en fin d’année 2028.

L’administrateur abandonne aussi l’étage supérieur amélioré EUS que Boeing développait pour le SLS Block 1B. Le choix s’est porté sur un étage simplifié. Bref, c’est toute l’architecture du programme qui change et Boeing perd un contrat stratégique.

La NASA est sous la pression de la Chine

La pression géopolitique pèse aussi dans la balance. Jared  Isaacman redoute la Chine, « dont la compétition crédible augmente de jour en jour ». Pékin prépare sa propre mission lunaire habitée Chang’e-8 pour 2028 et construit une base lunaire en partenariat avec la Russie. La course est lancée et la NASA a peur de louper le coche. Rappelons que SpaceX reste un maillon essentiel du programme puisque l’entreprise a obtenu l’autorisation de la FAA pour 25 lancements annuels de Starship depuis sa base au Texas.

La situation est paradoxale. La NASA ajoute une mission, ce qui donne l’impression d’un nouveau retard, mais l’agence promet d’accélérer la cadence. Scott Pace, directeur du Space Policy Institute de l’université George Washington, se dit « un partisan enthousiaste de ces changements, à la fois nécessaires et réalistes ».

L’Aerospace Safety Advisory Panel approuve aussi cette prudence. Reste à savoir si la NASA tiendra ses promesses puisque le programme Artemis accumule plusieurs années de retard et des milliards de dépassements budgétaires. Le fiasco des astronautes bloqués dans l’ISS pendant des mois à cause d’un vaisseau Boeing en panne rappelle que la conquête spatiale prend du temps.

  • La NASA change l’architecture d’Artemis, Artemis III ne vise plus un alunissage et servira de mission de tests en orbite terrestre basse vers mi-2027.
  • Le premier alunissage habité est repoussé à Artemis IV en 2028.
  • Jared Isaacman explique que passer directement d’un survol lunaire à un alunissage est trop risqué, donc une étape d’amarrage et de validation des systèmes est ajoutée avant la descente.

Source : NASA

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