En Chine, les employés massivement remplacés par une IA partagent leur détresse

La Chine remplace ses salariés par l’IA et les licenciements s’accumulent dans ses grandes entreprises technologiques. Les salariés mis à l’écart racontent leur départ sur les réseaux sociaux chinois. Pékin pousse ses entreprises à intégrer l’IA le plus vite possible.

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Sommaire
Chine IA emploi
© Unsplash (image modifiée avec IA)
  • Les géants chinois de la tech ont supprimé près de 130 000 postes sur un an, pendant que Pékin pousse l’IA dans les secteurs clés.
  • Les licenciements avancent souvent par petites vagues, mutations ou “viviers de talents”, pour éviter d’annoncer de vrais plans sociaux.
  • L’IA sert à automatiser des métiers de bureau, mais aussi d’explication commode à des coupes liées aux profits et à la stagnation économique.

La Chine remplace ses salariés à grande échelle. Les grandes entreprises technologiques en Chine ont supprimé près de 130 000 postes sur un an. On parle des postes d’Alibaba, de Tencent, de ByteDance, de Meituan et de Baidu. Alibaba a perdu un tiers de ses effectifs, avec un passage de 194 000 à 128 000 salariés. Baidu a coupé près de 10 000 emplois et JD.com en prépare 12 000 de plus.

Les employés sont massivement remplacés par l’IA en Chine

Ces suppressions de postes ne viennent pas d’une crise. Il s’agit de coupes décidées pendant que les profits montent. Un rapport partagé par la presse asiatique résume la bascule, « avant, les entreprises licenciaient pour survivre. Aujourd’hui, elles licencient pour optimiser ». Marc Benioff a eu ce même raisonnement chez Salesforce et a remplacé 4 000 salariés par une IA.

Ces licenciements avancent masqués. La loi chinoise oblige les entreprises à demander l’accord du gouvernement au-delà de 10 % des effectifs. Résultat, les groupes procèdent par petites vagues. Tencent place ses salariés dans des « viviers de talents« , sans projet et manager, avec six semaines pour retrouver une équipe.

Alibaba mute les siens vers des villes de second rang. Les démissions suivent, sans indemnités. En clair, ces groupes se séparent de leurs salariés sans jamais annoncer de plan social.

Les salariés chinois racontent cette mise à l’écart. En mars 2026, le patron d’une prestataire de 26 ans a écarté plusieurs employés, après leur avoir imposé l’agent OpenClaw. Cette prestataire appelée Liu s’est confiée à Reuters.

Les témoignages d’employés licenciés affluent

« Les tâches que fait la plupart des gens sont entièrement reprises par OpenClaw », explique Liu. « Une fois qu’une personne a écrit tous ses processus dans OpenClaw, on peut la licencier. » Ces métiers de bureau figurent en tête des 10 métiers menacés par l’IA selon Anthropic.

Un cadre d’une grande société chinoise de finance a détaillé le calcul politique à Reuters. « Les entreprises privées vont devoir accepter une certaine dose d’inefficacité pour éviter des licenciements massifs qui provoqueraient une instabilité sociale« , explique ce cadre.

Il faut dire que les tribunaux chinois ont condamné des entreprises qui licenciaient pour mettre une IA à la place. Le gouvernement chinois a prévenu que les pertes d’emplois seraient « inévitables ». Le plan sort de l’État chinois. Et pour cause, Pékin a lancé le programme « AI Plus ». D’ici 2027, ce programme vise 70 % de pénétration de l’IA dans les secteurs clés. En 2030, ce taux passera à 90 %.

La plateforme Wukong d’Alibaba promet d’automatiser des départements entiers et vend l’entreprise à une seule personne pour le commerce en ligne ou le développement. En gros, 70 millions d’emplois se retrouvent en risque élevé, soit 9,6 % des travailleurs chinois.

Les jeunes salariés sont les premiers impactés

Les jeunes paient le prix fort. Mais ce n’est pas tout, ce phénomène touche les débutants partout ailleurs. Une étude a mesuré une chute de 13 % du taux d’emploi chez les 22-25 ans du service client et du code. La Chine n’a pas le monopole de cette casse.

Depuis janvier 2026, 78 557 suppressions de postes ont été annoncées dans la tech mondiale, dont 76,7 % aux États-Unis. Snap a licencié 16 % de ses effectifs au nom des progrès de l’IA. Pour rappel, Dario Amodei prévoit jusqu’à 20 % de chômage chez les cols blancs dans les cinq ans. En France, l’IA menace 290 000 postes dans les centres de contact.

Ces chiffres contredisent Jensen Huang, PDG de Nvidia, pour qui l’IA crée des emplois au lieu de les détruire. Les analystes nuancent pourtant la responsabilité de l’IA dans ces coupes chinoises. He Shujing, analyste chez Plenum, décrit des géants en phase « tout IA ».

Sauf que voilà, la stagnation économique et les consignes de sobriété de Pékin pèsent tout autant. Bref, l’IA sert d’explication commode à des coupes qui arrangent les comptes. Les salariés chinois ont perdu leur poste, c’est tout ce que l’on retient.

Source : Reuters

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