L’analyste qui a prévu 2008 alerte : l’IA pourrait déclencher la prochaine crise financière mondiale

Richard Bookstaber n’est pas n’importe qui. Cet analyste financier a vu venir la crise des subprimes de 2008 avant tout le monde. Ses prédictions étaient si précises qu’il fut conseiller du Trésor étasunien. Aujourd’hui, il tire la sonnette d’alarme sur un scénario de crise financière mondiale. Et selon lui, c’est l’IA qui en sera le déclencheur.

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© Unsplash

Son raisonnement repose sur trois piliers. Le crédit privé, la concentration boursière autour de l’IA et la géopolitique. Pris séparément, chacun de ces risques est gérable. Mais Richard Bookstaber explique que le vrai danger, c’est leur interconnexion. Selon lui, le problème n’est pas qu’un seul élément déraille. C’est que « des chocs différents se propagent à travers la même structure, selon des mécanismes difficiles à anticiper ». Et quand ça casse, « ça se propage plus vite qu’il n’est possible de le contenir ».

Trois ingrédients sont réunis pour une crise financière majeure

Le premier pilier, c’est le crédit privé. Depuis la crise de 2008, les banques classiques ont réduit leurs prêts aux entreprises. Des fonds comme BlackRock, Blackstone ou Blue Owl ont pris le relais. On parle d’un marché de 2 000 milliards de dollars. Le problème, c’est que ces prêts ne s’échangent pas en Bourse.

Si un investisseur a besoin de son argent en urgence, il ne trouve pas d’acheteur. Et quand plusieurs investisseurs paniquent en même temps, Richard Bookstaber parle d’une « ruée bancaire à grande échelle ». Des signaux existent déjà. Certains investisseurs ont commencé à retirer leurs fonds et les actions de Blue Owl ont chuté.

Le deuxième pilier, c’est la concentration boursière autour de l’IA. Dix entreprises représentent aujourd’hui plus d’un tiers de la valeur totale du S&P 500, le principal indice boursier étasunien. NVIDIA est l’exemple le plus parlant. Son action a été multipliée par neuf en deux ans grâce à la demande en puces pour l’IA.

On a d’ailleurs vu ce qui se passe quand cette confiance vacille. La sortie de DeepSeek a provoqué un effondrement de l’action NVIDIA de 11 % en quelques heures et une perte de 350 milliards d’euros de valorisation. Richard Bookstaber qualifie ce niveau de concentration de « sans précédent et dangereux ». Si l’une de ces entreprises vacille, c’est tout le marché qui tremble.

L’IA est au centre de la crise financière qui nous attend

Sauf que voilà, l’IA ne pose pas qu’un problème de valorisation boursière. Elle crée une dépendance physique que peu de gens comprennent. Les data centers qui font tourner les modèles d’IA consomment des quantités colossales d’énergie et de semi-conducteurs. On le voit déjà avec la pénurie de RAM qui pourrait durer jusqu’en 2030 à cause de la demande IA.

Et ce n’est pas tout. On le voit aussi avec la pénurie de processeurs qui frappe Intel et AMD parce que les centres de données accaparent toute la production. Et une grande partie de ces infrastructures a été financée par le crédit privé. Les deux risques ne sont donc pas séparés et partagent les mêmes vulnérabilités.

C’est là que la géopolitique entre en jeu. Richard Bookstaber pointe deux zones de tension. La première, c’est l’Iran. Le conflit au Moyen-Orient provoque un choc énergétique. Les coûts de l’énergie grimpent. Résultat, les géants de l’IA qui sont déjà sous pression pour alimenter leurs data centers se retrouvent face à des lourdes factures. Ça se répercute sur leurs résultats, puis sur les marchés.

Les tensions géopolitiques pèsent lourd dans la balance

Mais c’est Taïwan qui représente le risque le plus grave. L’île abrite TSMC, le fabricant de puces le plus expert du monde. La majorité des semi-conducteurs qui font tourner l’IA sont produits là-bas. Si la Chine envahissait ou bloquait Taïwan, les États-Unis perdraient l’accès à ces composants du jour au lendemain.

Le déploiement de l’IA s’arrêterait net et les valorisations des leaders de cette technologie s’effondreraient. Et avec elles, les marchés boursiers et l’épargne de millions de personnes. TSMC construit une usine en Arizona mais elle ne sera opérationnelle qu’en 2027 au mieux. D’ici là, la dépendance reste totale.

Cette analyse rejoint les alertes déjà lancées par les acteurs de l’industrie sur la pénurie de puissance de calcul. Sam Altman, le patron d’OpenAI, admet ne pas avoir assez de processeurs graphiques pour ses propres modèles. La demande explose plus vite que la production ne suit.

Une réaction en chaîne qui guette la finance mondiale

Richard Bookstaber résume la situation sans détour. Selon lui, le danger « ne vient pas de l’ingénierie financière ». Le risque, c’est que « le secteur financier s’est greffé sur les faiblesses du monde physique ». L’économiste parle des réseaux électriques, de l’eau, des chaînes d’approvisionnement. Des risques « que les marchés ne savent pas évaluer ».

Ses modèles de détection « reposent sur les prix, la volatilité et les corrélations ». Mais ils n’ont « aucun outil pour interpréter une panne de réseau, une sécheresse ou une rupture logistique ». Et le temps que les signaux apparaissent dans les données de marché, « le mal sera déjà fait ».

Bref, le scénario de Richard Bookstaber n’est pas de la science-fiction. Chaque argumentation prise isolément est déjà documentée. Le crédit privé non liquide, la concentration boursière autour de dix entreprises leaders de l’IA, la dépendance aux puces de TSMC, la fragilité énergétique des data centers… Ce qui est nouveau, c’est l’idée que tous ces risques sont connectés et qu’un seul choc suffira à déclencher une réaction en chaîne.

  • Richard Bookstaber alerte sur un risque de crise financière mondiale provoquée par l’IA.
  • Il pointe trois fragilités connectées entre elles, le crédit privé, la concentration boursière autour de l’IA et la géopolitique.
  • Selon lui, un choc sur l’énergie ou sur les puces de TSMC pourrait déclencher une réaction en chaîne sur les marchés.

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