Les marchés de l’énergie sont en pleine panique. Les frappes étasuniennes et israéliennes contre l’Iran font bondir le prix du pétrole et du gaz. Le transport maritime est paralysé dans le détroit d’Ormuz et les conséquences s’annoncent lourdes pour le monde entier. On vous explique tout.

On s’y attendait, le cours du baril de Brent a dépassé les 80 dollars ce lundi 2 mars avant de se stabiliser autour de 78 dollars. La hausse est contenue pour le moment mais les marchés anticipent déjà le pire si le conflit se prolonge. Et ce n’est pas tout puisque le gaz européen a subi un choc encore plus brutal avec un bond de 22 % à l’ouverture du cours du TTF néerlandais.
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Est-ce que le prix du pétrole et du gaz va augmenter ?
Les exportations de gaz naturel liquéfié du Qatar risquent d’être perturbées avec une offre limitée. Pour rappel, l’Iran a attaqué deux navires dimanche au large d’Oman et des Émirats arabes unis. L’Organisation maritime internationale a demandé aux compagnies maritimes d’éviter la zone.
Les principaux transporteurs ont suspendu leur passage, ce qui a provoqué un effet domino sur toute la chaîne logistique mondiale. En Arabie saoudite, la raffinerie de Saudi Aramco sur le site de Ras Tanura a subi des bombardements. On parle de l’une des plus grandes installations pétrolières au monde. Les dégâts pourraient réduire la capacité de production saoudienne pendant plusieurs semaines.
Les assureurs ont réagi dans la foulée. Selon Les Échos, les couvertures contre le risque de guerre sont annulées pour tous les navires en transit dans le détroit d’Ormuz. Les tarifs de renégociation passent de 0,25 % à 0,375 % de la valeur du navire, soit une explosion pour les armateurs. C’est une facture salée pour des pétroliers qui valent souvent plus de cent millions de dollars. Les ports israéliens subissent la même inflation sur les primes d’assurance.
L’Europe est relativement épargnée puisque seulement 18 % de ses importations transitent par le détroit d’Ormuz. Mais c’est une autre histoire pour l’Asie. La Chine et l’Inde dépendent du passage à 50 %, la Corée du Sud à 65 % et le Japon à 72 %. Bref, si le blocage dure, c’est toute l’économie asiatique qui sera touchée de plein fouet. Les retombées se feront sentir sur les prix des composants électroniques dans le monde entier, alors quela crise de la RAM fait déjà flamber les tarifs. Les constructeurs de smartphones et de PC n’avaient pas besoin de ça en plus.
Les premières conséquences se font déjà sentir
Le transport maritime via le détroit est pratiquement à l’arrêt alors que près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole passe par là. Eurasia Group estime que le baril pourrait grimper jusqu’à 100 dollars si les livraisons sont interrompues sur une longue période. Ce seuil n’a plus été atteint depuis l’invasion russe de l’Ukraine.
L’impact commercial se fait déjà ressentir. La multinationale Maersk déroute sa flotte vers le cap de Bonne-Espérance, soit dix jours de trajet en plus. Selon Les Échos, la location d’un très grand pétrolier vers la Chine atteint 225 000 dollars par jour contre 33 000 en début d’année.
L’Iran a donc décidé de fermer ce passage par lequel transite aussi le gaz naturel liquéfié. Rappelons que la facture d’électricité en France a déjà subi de fortes hausses, et une flambée du gaz ne fera qu’aggraver la situation.
Les membres de l’OPEP+ tentent de calmer le jeu. L’Arabie saoudite et la Russie ont décidé dimanche d’augmenter leurs quotas de production de 206 000 barils par jour en avril. Mais cette annonce ne rassure pas grand monde. Charu Chanana de Saxo Markets déclare dans les colonnes du Parisien que « l’ensemble de la région du Golfe est touchée, la dissipation de cette prime de risque géopolitique pourrait prendre du temps ».
Un risque que la situation se retourne contre Donald Trump
Des crises pareilles ont des effets sur les cours, bien au-delà du conflit militaire. Dans tous les cas, si les tensions ne retombent pas rapidement, les prix du pétrole et du gaz resteront élevés pendant des semaines.
Le problème, c’est que cette flambée pourrait aussi se retourner contre les États-Unis. Le pétrole est l’une des principales ressources de l’Iran, mais des prix élevés frappent aussi les consommateurs étasuniens. Donald Trump le sait puisque les électeurs sont très sensibles au prix de l’essence à la pompe.
Les élections de mi-mandat approchent. La pression pourrait donc pousser l’administration à écourter le conflit. Bref, l’arme économique de l’Iran se trouve peut-être dans le prix du baril plus que dans ses missiles. Reste à savoir si cette stratégie suffira à faire plier Washington ou si l’escalade prendra le dessus sur la stratégie économique.
- Après les frappes étasuniennes et israéliennes contre l’Iran, le Brent a dépassé 80 dollars le lundi 2 mars avant de revenir autour de 78 dollars.
- Le gaz européen a bondi de 22 % à l’ouverture du TTF néerlandais.
- Le quasi-blocage du détroit d’Ormuz alimente le scénario d’un baril à 100 dollars si la situation dure.
Source : Le Parisien
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