SCAF et Eurodrone : pourquoi la France paie encore 800 millions d’euros pour ces projets enterrés

Le SCAF et l’Eurodrone sont abandonnés et pourtant ces deux programmes sont toujours dans le projet de budget, avec près de 800 millions d’euros. Plus exactement, c’est en 2027 que le texte prévoit encore 570 millions d’euros de paiements pour le SCAF et 228 millions pour l’Eurodrone.

Sommaire
SCAF
© Montage BuzzArena
  • Malgré leur abandon, le SCAF et l’Eurodrone représentent encore près de 800 millions d’euros de paiements prévus en 2027.
  • Les 570 millions du SCAF financeront notamment le futur chasseur français ACF et des technologies déjà développées dans le programme européen.
  • Les 228 millions de l’Eurodrone correspondent à des engagements de développement déjà signés, malgré l’abandon des achats français.

Mais alors pourquoi, alors que ces projets sont abandonnés, la France paie encore l’addition ? Répondons de suite à la question. Le SCAF finance une partie de son successeur français et l’Eurodrone a des contrats déjà signés, d’où cette somme.

Pourquoi la France prévoit encore du budget pour le SCAF et l’Eurodrone ?

Pour rappel, c’est en juin 2026 que Paris et Berlin ont stoppé le chasseur commun du SCAF après des années de conflit entre Dassault Aviation et Airbus. Le désaccord, c’était autour du pilotage industriel, du partage des tâches et de la propriété des technologies. Bref, la fin d’un projet d’avion franco-allemand pour succéder au Rafale et à l’Eurofighter. Les raisons de l’échec du SCAF montrent surtout que les deux pays n’avaient pas les mêmes attentes.

SCAF
© Tiraden

Sauf que le budget pour le SCAF n’a pas disparu. Le projet de loi de finances prévoit environ 2,7 milliards d’euros d’autorisations pour le futur avion français et près de 570 millions d’euros de paiements en 2027. Une autorisation permet à l’État de signer des contrats dont les factures seront réglées sur plusieurs exercices. Le crédit de paiement correspond à l’argent qui peut être versé sur l’année et une partie du programme change donc de cadre et ne disparaît pas.

Le budget, la France l’utilisera pour son propre avion de combat du futur, appelé ACF pour avion de combat du futur. C’est en 2027 qu’une nouvelle phase de démonstration commencera, puis en 2029 le développement de la version pour les forces françaises est prévu. Une relance qui reprend donc des études déjà financées dans le SCAF.

À noter qu’il reste plusieurs briques du SCAF qui ont survécu à la rupture, notamment le réseau numérique pour connecter les avions, les drones et les capteurs. Le ministère défend la continuité des travaux déjà payés, puisque sur environ 2,5 milliards d’euros investis dans le lancement du SCAF, une grosse part concerne des technologies françaises qui seront réutilisées, comme la motorisation.

La France veut investir dans son propre chasseur du futur national

Car en juillet 2026, Safran a abandonné le moteur commun du SCAF pour concentrer ses travaux sur les besoins du futur chasseur français. Le budget du SCAF ne finance donc pas que son successeur français, mais aussi d’autres technologies.

Une ambition qui coûtera toutefois beaucoup plus que l’enveloppe annuelle de 570 millions d’euros. Les premières estimations parlent de dizaines de milliards d’euros sur la durée et le coût du futur chasseur français pourrait atteindre une somme proche de celle envisagée pour le programme européen.

La France cherche aussi à garder sa capacité d’emporter l’arme nucléaire aéroportée et de voler depuis un porte-avions. Des besoins qui ont d’ailleurs créé la rupture avec l’Allemagne. Paris cherche de nouveaux partenaires pour réduire la facture et partager certains travaux.

En août 2026, la France a proposé à la Suède de plancher ensemble sur un futur chasseur commun, même si aucun accord n’a été signé. L’Allemagne trace sa route avec le Royaume-Uni qui lui a proposé de rejoindre le GCAP où l’on retrouve l’Italie et le Japon.

Pour l’Eurodrone, c’est différent. La France a retiré l’achat de ces drones de surveillance de sa programmation d’achat car trop coûteux et moins adaptés aux conflits de haute intensité. Le contrat européen a été signé avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne pour 7,1 milliards d’euros. La fin des achats français n’efface donc pas les dépenses déjà engagées dans le développement.

Une somme qui approche les 800 millions d’euros

Ce qui veut dire qu’en 2027, ces 228 millions d’euros ne signifient pas que Paris rachète des Eurodrones. Mais ce sera pour régler les dépenses de développement et des engagements déjà pris dans le programme commun.

Mais la sortie de la France a réduit la part de l’industrie hexagonale dans le projet. Dassault Aviation a demandé une compensation à Airbus après la baisse de sa charge de travail. En juin dernier, le conflit entre Airbus et Dassault autour de l’Eurodrone a montré que la rupture française a un coût industriel en plus du coût budgétaire. L’Eurodrone continuera son développement avec les autres pays partenaires.

SCAF
© Tiraden

Pour le reste, le projet de budget prévoit moins d’un million d’euros pour le drone de combat prévu avec le Rafale F5. Plusieurs programmes français de drones plus récents totalisent environ 150 millions d’euros. En même temps, les paiements pour le SCAF et l’Eurodrone approchent donc 800 millions d’euros. En 2027, le budget de la défense atteint 63,4 milliards d’euros hors pensions, soit 6,5 milliards de plus sur un an.

Réagissez à cet article !

Un avis, une expérience, un désaccord ? La discussion est ouverte.