Après le SCAF, Airbus et Dassault rallument la guerre autour de l’Eurodrone

Après l’échec du SCAF, Airbus et Dassault s’affrontent sur un nouveau dossier, l’Eurodrone. Le constructeur français réclame une compensation financière à Airbus, chef de file du programme. En cause, la baisse de sa charge de travail après le retrait des achats français. Le différend dépasse la simple querelle de gouvernance.

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© Anna Zvereva
  • Dassault réclame une compensation financière à Airbus sur l’Eurodrone, après le retrait des achats français qui réduit sa charge de travail.
  • Le programme cumule 11 ans de retard, aucun vol de prototype et une défiance ancienne entre Airbus et Dassault.
  • Après l’échec du SCAF, l’Eurodrone devient un nouveau symbole des rivalités industrielles qui bloquent la défense européenne.

Le 12 juin 2026, l’agence Reuters a révélé ce litige, d’après trois sources proches du dossier. Dassault Aviation demande à être dédommagé pour une partie de ses investissements perdus. Selon ces sources, le groupe a calibré ses investissements sur une participation française durable. La nouvelle a éclaté la même semaine que la fin du SCAF. Il s’agit d’un second front, après la fin du chasseur commun du SCAF. Le 8 juin 2026, Emmanuel Macron et Friedrich Merz on acté cet abandon.

Airbus et Dassault relancent la guerre autour de l’Eurodrone

En 2016, l’Eurodrone a réuni la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne face au Reaper des États-Unis. Le Reaper de General Atomics domine ce segment depuis des années. On parle d’un drone de surveillance de moyenne altitude et longue endurance. Vers 2030, le drone entrerait en service, selon le plan d’origine.

Le drone vise la surveillance et le renseignement, loin du combat de haute intensité. Le programme prévoyait une soixantaine d’appareils de plus de 10 tonnes. Airbus Defence and Space pilote le projet, avec Dassault Aviation et l’italien Leonardo. Le budget atteint 7 milliards d’euros pour les quatre pays. Le drone n’a encore jamais volé, à l’image du bilan du SCAF sans un seul avion.

Et pour cause, le programme affiche 11 ans de retard, sans prototype en vol. Dès 2019, des sénateurs français le jugeaient lourd et coûteux, faute d’accord sur les spécificité. En décembre 2024, un rapport allemand a mis en cause le travail de Dassault, qui a contesté. Il faut dire que la défiance entre les deux groupes ne date pas d’hier, comme l’ont montré les doutes de Guillaume Faury sur un SCAF conçu en temps de paix.

Les fonds pour les achats français d’Eurodrone ont été enterrés

Le 8 avril 2026, le Conseil des ministres a entériné le retrait des achats français d’Eurodrone. Jusqu’en 2035, la loi de programmation militaire supprime les fonds prévus pour ces achats. « Le besoin militaire de la capacité MALE de théâtre a été réorienté », indique le gouvernement dans son texte.

Paris vise des drones moins chers, comme l’Aarok de l’entreprise Turgis et Gaillard. Cette réorientation prive les sociétés françaises d’une partie des contrats. Le ministère des Armées n’a pas commenté dans l’immédiat. En clair, la France parie sur une filière souveraine, loin de la gouvernance partagée que Dassault refusait déjà sur le SCAF.

Mais ce n’est pas tout, la mécanique du retour géographique aggrave le différend. Ce principe garantit à chaque pays une charge de travail proportionnelle à son investissement. Sauf que voilà, le retrait français réduit la part de Dassault.

Résultat, le groupe réclame réparation à Airbus. Airbus rappelle que les contrats n’imposent aucune compensation automatique. Guillaume Faury, président exécutif d’Airbus, voit le projet « très susceptible d’aller de l’avant avec une configuration légèrement différente ». La rupture du dialogue rappelle l’échec de la médiation sur le SCAF. Une source proche du dossier rapproche les deux différends sur le plan politique.

Des projets européens communs qui patinent

Pour rappel, le sommet de 2017 a lancé trois grands projets franco-allemands avec le SCAF, l’Eurodrone et le char MGCS. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation estime que Airbus « ne veut pas travailler avec Dassault ».

Dassault s’appuie sur le Rafale et un carnet de commandes massif. Seule l’Espagne défend encore les grands programmes communs. Chacun cherche d’autres partenaires, et Airbus se tournerait vers le suédois Saab. En gros, l’Europe de la défense bute encore sur ses rivalités industrielles. Bref, l’Eurodrone devient le nouveau symbole d’une coopération à bout de souffle.

Source : Reuters

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