Rafale F5 verrouillé contre le piratage : Dassault garde le secret nucléaire hors de portée des alliés

Le Rafale F5 aura une architecture verrouillée. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, l’a dit au Sénat. Le centre du futur chasseur restera « fermé » et même « archifermé ». La raison tient à la mission nucléaire, qui exige une sécurité totale contre le piratage. La France veut garder la main sur son avion, sans partager ses technologies les plus sensibles.

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Rafale Dassault Aviation
© Dassault Aviation
  • Le Rafale F5 gardera un cœur logiciel totalement fermé, car Dassault veut protéger la mission nucléaire et éviter tout risque de piratage.
  • Une seconde architecture plus ouverte servira aux échanges avec les alliés, mais sans toucher aux technologies les plus sensibles de l’avion.
  • Cette ligne souveraine crée des tensions avec l’armée et l’export, notamment sur l’IA, les drones et l’accès au code source.

Le 1er juillet 2026, la commission des Affaires étrangères et de la Défense a auditionné Éric Trappier. L’audition portait sur le futur de l’aviation de combat. L’audition suivait le vote de la loi de programmation militaire, qui ajoute 36 milliards d’euros au budget de la Défense.

Dassault défend un Rafale F5 verrouillé pour cause de secret nucléaire

Éric Trappier a défendu le Rafale F5 comme réponse française après l’effondrement du SCAF avec l’Allemagne. Il s’agit d’un avion de transition vers un futur appareil de sixième génération. Ce standard tient lieu de plan B autour du super-Rafale face au chasseur états-unien F-35.

La priorité de Dassault Aviation reste la protection du secret nucléaire. « Quand on fait une mission nucléaire, c’est la sécurité, ne pas se faire ‘hacker’. Donc, le système sera superfermé », a déclaré Éric Trappier.

L’avionneur assume un verrou total sur la partie la plus sensible. « Le cœur du cœur sera fermé, sinon je ne peux pas garantir que la mission nucléaire sera intègre », a-t-il insisté. Et pour cause, le Rafale F5 emportera le futur missile nucléaire ASN4G.

D’ici la fin de 2026, la Direction générale de l’armement notifiera le contrat de développement. En 2032, une version intérimaire pourrait voler. On parle d’un chasseur doté d’un nouveau radar, d’un moteur renforcé et d’un drone d’accompagnement. Le volet nucléaire complète ces nouveautés du Rafale F5.

Dassault Aviation prévoit malgré tout une ouverture encadrée. « On comprend qu’il faut, pour des raisons ABCD, s’ouvrir au monde. Donc, on fait une seconde architecture qui peut prendre en compte certains sujets d’ouverture », a expliqué Éric Trappier.

Cette seconde couche gère le dialogue avec les alliés. « Notre système est ouvert vers des réseaux militaires otaniens. Il est pensé, et c’est la demande officielle, pour être capable de faire la mission suprême dans un environnement totalement brouillé, où on ne coopère plus », a-t-il ajouté.

Le Rafale échange déjà en Liaison 16, un standard de l’Otan. « Vous pouvez l’enlever si vous voulez faire un truc totalement intègre », a précisé Éric Trappier. Cette connectivité rejoint le cloud de combat du SCAF, un acquis sauvé du programme européen.

Même l’armée de l’Air critique ce verrouillage

Cette position tranche avec les attentes de l’armée de l’Air et de l’Espace. En octobre 2025, le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, a critiqué l’état des architectures militaires au Sénat.

Selon lui, plusieurs programmes reposent sur « des systèmes propriétaires, avec des architectures beaucoup trop fermées ». Le général Jérôme Bellanger réclame un accès libre à la donnée pour intégrer vite de l’IA. Le militaire a cité les États-Unis, qui imposent une architecture de référence à leurs industriels de l’armement.

Sa critique visait tous les programmes, pas seulement ceux de Dassault Aviation. Résultat, la fiche de besoins du Rafale F5 a été revue vers plus d’ouverture, sans lever l’obstacle nucléaire.

Rafale Dassault Aviation
© Dassault Aviation

L’armée a lancé le projet HypAIRion pour ne pas attendre ce standard. Le CEAM transforme deux Mirage 2000D RMV en bancs d’essais, car leur calculateur ouvert accepte des mises à jour rapides. Le général Arnaud Gary, responsable du projet, vante une « maîtrise souveraine du code source ».

Un cœur ouvert poserait aussi un problème à l’exportation. Ce que Dassault Aviation accorderait à l’armée, ses clients étrangers le réclameraient ensuite. L’Inde bute justement sur ce point, puisque New Delhi exige l’accès au logiciel du Rafale pour intégrer ses propres armes.

Le code de l’avion est trop sensible pour le partager

Paris refuse, par crainte d’exposer le code de l’avion. Il faut dire que les Émirats arabes unis ont quitté le financement du Rafale F5 pour un motif proche, un transfert de technologies refusé. Reste un mystère, le drone qui accompagnera ce Rafale verrouillé. Un cœur totalement fermé n’irait qu’avec un drone conçu par Dassault Aviation. Éric Trappier l’a reconnu, « On n’a pas encore lancé de drone de combat ».

Éric Trappier évoque les contraintes budgétaires du moment. Le verrou reste le moteur. « Il nous faut un moteur qui pousse beaucoup plus », a martelé Éric Trappier, qui défend le programme T-Rex avec Safran. Après 2033, le drone furtif rejoindra le futur chasseur français, dans la lignée du démonstrateur nEUROn.

Rafale Dassault Aviation
© Dassault Aviation

Le Sénat a cherché une échappatoire. Cédric Perrin, président de la commission, a suggéré de séparer les Rafale nucléaires des Rafale classiques. Sauf que voilà, cette piste ne tient pas. Les forces nucléaires françaises volent aussi pour des missions classiques, sur terre comme sur mer.

Dassault Aviation garde le contrôle total de son avion. Cette ligne rappelle la souveraineté du Rafale, déjà fragilisée par la dépendance aux composants étasuniens.

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