« Faut-il vraiment réserver à la France, partenaire éprouvé sur de très nombreux projets d’armement depuis plusieurs décennies, le même traitement qu’à la Chine ? ». La question est posée par Tom Enders, président du conseil d’administration de KNDS, dans une interview au Handelsblatt.

- Tom Enders accuse Berlin de traiter la France comme un rival, après l’échec du SCAF entre Dassault et Airbus.
- La crise s’étend au MGCS et à l’Eurodrone, avec des désaccords industriels, budgétaires et militaires entre Paris et Berlin.
- L’Allemagne prépare déjà ses plans B, pendant que la France mise sur le Rafale F5 et un drone de combat furtif.
Il s’agit d’une sortie qui répond à l’échec du SCAF, le projet d’avion de combat franco-allemand enterré une semaine auparavant. Pour rappel, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont officiellement renoncé au SCAF.
Après l’échec du SCAF, KNDS dénonce la position allemande
Le projet d’avion de combat de sixième génération est donc mort, faute d’accord entre Dassault Aviation et Airbus Defence and Space. En 2017, Emmanuel Macron et Angela Merkel, ancienne chancelière allemande, ont lancé ce programme estimé à 100 milliards d’euros.
On parle du projet de défense le plus ambitieux jamais engagé entre Paris et Berlin. Le 18 avril 2026, l’échec de la médiation entre Dassault Aviation et Airbus a été révélé par le Handelsblatt. Et désormais, Tom Enders partage sa colère dans les colonnes du même quotidien allemand.

Et pour cause, les besoins militaires des deux pays sont incompatibles. La France veut un chasseur naval capable d’emporter l’arme nucléaire. L’Allemagne exige un avion de défense territoriale, compatible avec l’OTAN et la bombe étasunienne B61.
Bref, le SCAF n’aurait jamais pu satisfaire les deux pays à la fois. En mars 2026, Friedrich Merz a déjà reconnu que son pays n’a pas les mêmes attentes que la France sur l’avion de combat. Pour rappel, l’Allemagne regarde maintenant vers les F-35 et le programme GCAP du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon.
La sortie de Tom Enders arrive une semaine après la mort du SCAF. Le président du conseil d’administration de KNDS reproche à Berlin de réclamer des droits de veto sur la propriété intellectuelle de la branche allemande du groupe. Cette demande viendrait de plusieurs députés sociaux-démocrates du SPD, le partenaire minoritaire de la coalition gouvernementale de Friedrich Merz.
La stratégie allemande déjà sous le feu des critiques
Il faut dire que Tom Enders n’en est pas à sa première charge contre Berlin. L’ancien patron d’Airbus a déjà critiqué l’attitude de l’Allemagne sur le SCAF. Son pays n’a pas conçu d’avion de combat de manière autonome depuis 1945.
« La logique de plus en plus repliée sur le cadre national en matière de défense et de coopération industrielle est inquiétante », a-t-il aussi déclaré au quotidien allemand. Le 12 juin 2026, Reuters a confirmé l’existence de la demande allemande de droit de veto sur la nomination des cadres de KNDS Deutschland.
Sauf que voilà, l’échec du SCAF ne s’arrête pas à KNDS. Le char franco-allemand MGCS est lui aussi menacé. Armin Papperger, président de Rheinmetall, a confié à Welt am Sonntag qu’il doutait sérieusement de l’aboutissement du programme.
Le patron du groupe allemand a aussi affirmé que la France envisagerait de réduire le budget du MGCS de plus de la moitié par rapport aux prévisions. Le char franco-allemand MGCS remplacera le Leclerc et le Leopard 2 à l’horizon 2040.
Mais ce n’est pas tout puisque l’Allemagne anticipe déjà l’échec du MGCS. Rheinmetall et KNDS Allemagne ont lancé le développement du Leopard 3 à titre de solution intermédiaire. Les premières livraisons sont attendues au début des années 2030, soit près de dix ans avant la mise en service éventuelle du MGCS.
Quelles solutions de repli pour la France et l’Allemagne ?
En clair, l’Allemagne a un plan B pendant que la France attend toujours le premier contrat de la phase 1A. L’Eurodrone est aussi en difficulté. Le Handelsblatt a révélé que Dassault Aviation réclame une compensation financière à Airbus, car le constructeur français estime que sa participation industrielle au projet a été réduite.
Résultat, Paris et Berlin font face à une triple crise sur trois programmes majeurs de coopération militaire franco-allemande. La sortie de Tom Enders pose une question à la France. Soit céder à Berlin pour sauver l’introduction en Bourse de KNDS. Soit refuser et risquer une rupture avec le partenaire historique.

Mais alors quel avenir pour la défense européenne ? Paris travaille déjà sur les alternatives à l’avion abandonné. Le Rafale F5 est prévu pour 2030 avec un nouveau radar et un capteur optronique de dernière génération. Dassault développe en parallèle un drone de combat furtif via le programme nEUROn.
En mars 2026, l’État allemand est entré au capital de KNDS après des mois d’hésitation. Berlin ne veut pas tout couper avec Paris, mais cherche à imposer ses conditions sur le terrestre. La crise du SCAF confirme cette ligne de la part de nos “amis” allemands.
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