Devenir invisible pour éviter les radars ? C’est possible mais pas pour votre voiture

Imaginez une peinture qui pourrait rendre votre voiture invisible face aux radars automatiques. De la science-fiction ? Pas vraiment. Des chercheurs sud-coréens ont mis au point une encre qui absorbe les ondes radio et pourrait, sur le papier, tromper n’importe quel système de détection radar.

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© Envato

Les radars suscitent la défiance, et même pour 25 000 euros par an, beaucoup refusent de conduire une voiture radar privée. Ce produit fait donc figure de petit miracle pour beaucoup. Mais bien évidemment, badigeonner sa voiture avec ce produit pour échapper aux contraventions est illégal, mais surtout très complexe. Le principe est toutefois là. La technologie fonctionne et pourrait changer la donne dans de nombreux domaines.

Un revêtement capable de rendre des surfaces totalement invisibles

Le Korea Advanced Institute of Science and Technology a dévoilé une innovation qui fait rêver les amateurs de gadgets dignes d’agents secrets. C’est le 16 décembre que les équipes des professeurs Hyung-soo Kim et Sang-Hoo Park ont présenté cette encre à base de métal liquide capable d’absorber, moduler et bloquer les ondes électromagnétiques.

Pour faire simple, un objet recouvert de cette encre est presque invisible pour les radars. La technologie s’appelle LMCP (Liquid Metal Composite Ink) et fonctionne sur le même principe que les revêtements furtifs des avions de chasse F-22 ou B-2. Mais là, c’est une version flexible et imprimable.

© Korea Advanced Institute of Science and Technology

Les radars automatiques qui flashent les automobilistes en excès de vitesse fonctionnent dans les bandes de fréquences K de 24 GHz et Ka de 34,7 GHz. L’encre sud-coréenne a été testée dans la gamme 4-6 GHz, mais le principe est identique. Il s’agit de créer une surface qui absorbe les ondes au lieu de les renvoyer vers l’émetteur. Alors sans écho radar, il n’y a pas de détection.

C’est comme ça que les chasseurs furtifs américains s’approchent de leurs cibles sans être repérés. La différence avec les revêtements militaires, c’est que cette encre peut s’étirer jusqu’à 12 fois sa longueur sans perdre ses propriétés. Elle pourrait donc s’appliquer sur des surfaces souples comme des vêtements ou même des robots.

Pour fonctionner, ce principe repose sur un métamatériau. Quand on imprime des motifs microscopiques à répétition avec cette encre, une structure artificielle est créée qui interagit avec les ondes électromagnétiques d’une manière très précise. Si une carrosserie métallique réfléchit les ondes, le métamatériau les absorbe et les dissipe. Le radar envoie son signal mais ne reçoit rien en retour. Pour le système de détection, c’est comme si l’objet n’existait pas.

La vraie prouesse, c’est que l’encre garde ses propriétés même après un étirement de 1 200 %. Les métaux conducteurs classiques cassent quand on les déforme un peu trop. Mais ici, les particules de métal liquide dans l’encre se réorganisent toutes seules lors du séchage pour former un réseau conducteur en maille. Résultat, le matériau se comporte comme du caoutchouc mais garde ses propriétés électriques d’un métal. Les tests de durabilité sont impressionnants. Après un an d’exposition à l’air libre, presque aucune dégradation des performances n’a été constatée.

Cette technologie a de très nombreux avantages

L’autre avantage qui pourrait faciliter la démocratisation, c’est la simplicité de production. Nul besoin de four à haute température, de laser ou d’équipements industriels sophistiqués. L’encre s’applique avec une imprimante standard ou même un pinceau, puis sèche à température ambiante. Les équipes le confirment : « Nous pouvons maintenant réaliser des fonctions électromagnétiques par un processus très basique d’impression sans équipements poussés. »

Alors pourra-t-on vraiment s’acheter un jour une bombe de peinture anti-radar chez un concessionnaire ? La réponse est non pour plusieurs raisons. D’abord, l’utilisation de dispositifs qui perturbent les radars est strictement interdite par la loi dans presque tous les pays. Ensuite, les radars automatiques modernes utilisent plusieurs fréquences et technologies comme des lidars ou des capteurs de vitesse au sol qui ne sont pas neutralisés par un simple revêtement comme celui-ci. En vérité, cette technologie, découverte par les chercheurs sud-coréens, serait plutôt utilisée par l’industrie militaire.

Dans le secteur de la défense, cette encre pourrait permettre de créer des revêtements furtifs pour les drones, les véhicules blindés ou les équipements d’infanterie. Pour le civil, les débouchés sont aussi prometteurs. Les robots humanoïdes comme ceux de Boston Dynamics ou Tesla qui mise son futur dessus pourraient être équipés d’une « peau électronique » qui intègre cette technologie pour mieux interagir avec l’environnement.

La communauté scientifique félicite cette avancée

© Korea Advanced Institute of Science and Technology

Les vêtements connectés et autres dispositifs médicaux portables pourraient profiter d’une électronique plus flexible, capable de suivre les mouvements du corps sans se dégrader. On pense aussi aux antennes souples pour les smartphones pliables comme le futur iPhone Fold ou aux circuits imprimés étirables pour l’électronique automobile.

La recherche a été publiée dans la revue scientifique Small et sélectionnée comme article de couverture, ce qui montre son importance aux yeux des scientifiques. C’est une avancée de taille qui coche cinq cases : extensibilité, conductivité électrique, stabilité dans le temps, simplicité de fabrication et contrôle précis des ondes électromagnétiques. La Corée du Sud est désormais candidate au rôle d’acteur majeur dans la course mondiale aux technologies de camouflage nouvelle génération.

  • Des chercheurs du Korea Advanced Institute of Science and Technology ont présenté une encre LMCP (Liquid Metal Composite Ink) qui absorbe les ondes électromagnétiques et rend un objet presque invisible aux radars.
  • Cette encre peut s’étirer jusqu’à 12 fois sa longueur sans perdre ses propriétés.
  • La recherche a été publiée dans la revue scientifique Small et sélectionnée comme article de couverture.

Source : AJP

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