La France refabriquera ses cartouches de fusil sur son sol après plus de 20 ans de dépendance étrangère. Le ministère des Armées a confié la production de ces cartouches à un groupement mené par le belge FN Herstal. L’usine de cartouches s’installera à Clérieux, dans la Drôme.

- En 2029, la France refabriquera des cartouches de fusil à Clérieux, dans la Drôme, après plus de 20 ans de dépendance étrangère.
- Le marché revient à un groupement mené par FN Herstal, avec un objectif de 75 millions de cartouches par an en 5,56 mm et 7,62 mm.
- La souveraineté reste partielle : le 9 mm n’est pas inclus et une partie des composants dépendra encore de fournisseurs européens.
En 2029, la France refabriquera ses cartouches. Il s’agit des munitions de 5,56 x 45 mm et de 7,62 x 51 mm. Les fusils d’assaut et les mitrailleuses des armées utilisent ces deux calibres. La Direction générale de l’armement vise une capacité de 75 millions de cartouches par an.
En 2029, la production de munitions recommencera en France
Le site emploiera une vingtaine de personnes pour fabriquer ces munitions. Pendant cet été 2026, le marché sera signé. Le ministère précise que cette étape reste soumise « aux formalités prévues par le code de la commande publique ».
Au début des années 2000, la fermeture de l’usine Giat Industries du Mans a clôturé cette production de cartouches en France. La Direction générale de l’armement (DGA) jugeait alors une production nationale peu rentable et se satisfaisait des fournisseurs étrangers.
En 2016, la France a même acheté son fusil d’assaut à l’allemand Heckler & Koch après la fin de vie du FAMAS. Pour rappel, les armées françaises n’ont plus touché un fusil étranger depuis trois siècles. Cette dépendance frappe aussi les exportations, comme le montre le succès du canon CAESAR freiné par ses composants étatsuniens.
En 2015, un rapport parlementaire de Nicolas Bays et de Nicolas Dhuicq a contesté cette doctrine. En 2017, Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, a signé un protocole d’accord avec TDA Armements, NobelSport et Manurhin.
Le projet visait le site de Pont-de-Buis, dans le Finistère. Sauf que voilà, ce protocole n’a pas survécu à la Revue stratégique de défense, publiée quelques mois après. Et pour cause, la DGA défendait toujours sa position.
En mai 2024, la France, la Belgique et le Luxembourg ont signé une lettre d’intention commune. Ludivine Dedonder, ministre belge de la Défense, parlait de renforcer « la coopération bilatérale avec la firme historique belge ».
Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, voulait « arrêter progressivement les acquisitions hors-Union Européenne de munitions de petit calibre ». Il faut dire que se fournir chez un allié limitrophe était pour lui du « bon sens ».
FN Browning s’occupera du marché français avec ses filiales
Mais ce n’est pas tout, le ministère a écarté cette voie bilatérale. En avril 2025, la DGA a lancé un appel d’offres européen. Cette stratégie d’armement en dehors du contrôle étasunien se retrouve dans la bombe planante co-développée avec les Émirats arabes unis. Catherine Vautrin, ministre des Armées, a compté quatre industriels européens candidats. La DGA a déjà suivi cette logique européenne quand elle a retenu le missile THUNDART face à une offre étatsunienne.
En novembre 2024, FN Browning, maison mère de FN Herstal, est entré en négociations exclusives pour racheter le français Sofisport. Cette société possède Nobel Sport et Cheddite. Le groupe belge a annoncé son intention d’installer sa chaîne à Clérieux, le site finalement retenu. En clair, FN Browning a remporté un marché français avec deux filiales françaises.
Résultat, la souveraineté est partielle. Les 75 millions de cartouches par an couvrent moins que les besoins des armées et des forces de sécurité intérieure. Le marché n’inclut pas le calibre 9 mm. Le budget des armées consacre 80 millions d’euros à cette opération, quand le prêt européen de 15,1 milliards d’euros finance aussi des munitions.
Les activités françaises se limiteront au chargement en poudre, à l’assemblage des composants et au conditionnement. La production s’élargira ensuite à des sous-composants comme les poudres et les amorces. D’ici là, la DGA validera des fournisseurs européens sur toute la chaîne de sous-traitance.
Une souveraineté, oui, mais partielle
Ce marché suit un mouvement européen plus large. FN Herstal mène le projet SAAT, qui regroupe neuf pays autour d’une norme commune pour les munitions d’armes légères. On parle de la Belgique, de la France, de l’Italie, de la Pologne ou encore de la Suisse. En gros, l’Europe veut produire chez elle ce qu’elle achetait ailleurs.
La France refabriquera donc ses cartouches sur son sol, avec un industriel belge comme mandataire. Ce changement de paradigme se retrouve aussi dans les 50 milliards de dollars de missiles longue portée engagés sans les États-Unis. La première cartouche sortira de Clérieux dans trois ans.
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