Pluies noires, air irrespirable, cancers : le bilan environnemental des frappes sur Téhéran

Les frappes israéliennes de la nuit du 7 au 8 mars 2026 sur cinq installations pétrolières de Téhéran ont fait de lourds dégâts. Depuis, un gigantesque nuage de fumée noire plane au-dessus de la capitale iranienne. On parle de 9 millions de personnes qui respirent cet air pollué. Les scientifiques suivent son déplacement et alertent sur les conséquences sanitaires des pluies acides qui se sont déjà abattues sur la ville.

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Iran nuage toxique Téhéran
© X (@visegrad24)

Il faut dire que la situation a pris une tournure catastrophique dès le dimanche matin quand quatre dépôts de carburant et un site logistique ont brûlé en même temps. Le dépôt de Shahran se trouve au nord-ouest de la ville. Le complexe de Shahr Rey se situe quant à lui au sud. Des cuves de plusieurs milliers de mètres cubes ont alimenté des flammes si intenses que le soleil n’a pas percé au-dessus de Téhéran.

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Une menace sanitaire pour tous les iraniens

Les habitants se sont réveillés dans une semi-obscurité totale avec une odeur de brûlé jusque dans les logements. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad Sadegh Motamedian, a annoncé la suspension temporaire de la distribution de carburant dans toute la ville. Keramat Veyskarami, le patron de la compagnie nationale de distribution, a de son côté assuré que les cinq sites étaient « endommagés » mais que le feu était « sous contrôle. » Il rappelle que le pays a des réserves suffisantes ailleurs. Le bilan officiel est de quatre morts.

Sauf que voilà, la vraie menace est dans l’air. Le Croissant-Rouge iranien alerte sur les « les énormes quantités d’hydrocarbures toxiques, de soufre et d’oxydes d’azote » dans l’atmosphère. L’organisation prévient que toute pluie tombée dans ces conditions serait « extrêmement dangereuse et acide. » Les risques ? Les brûlures cutanées et les lésions pulmonaires graves. Les autorités environnementales ont demandé aux habitants de se confiner, de fermer les fenêtres et de porter des masques FFP2.

Et ces pluies acides sont arrivées très vite. Dès le dimanche, des témoignages décrivent des gouttes noires qui laissaient des traces grasses sur les vêtements, les voitures et les murs. Plusieurs personnes signalent des irritations de la peau et des douleurs au thorax. Le phénomène est bien documenté en climatologie.

Les particules suite à la combustion du pétrole servent de noyaux de condensation dans l’atmosphère. L’humidité s’y accroche, forme des gouttes chargées de composés toxiques, puis retombe au sol. Le ciel était déjà couvert avant les frappes, ce qui a accéléré la formation de ces précipitations. Résultat, Téhéran a essuyé des pluies noires avec d’hydrocarbures lourds, de résidus plastiques fondus et de métaux lourds. Tous ces produits sont hautement cancérigènes.

Des toxines qui auront de lourdes conséquences sur plusieurs années

Le climatologue Davide Faranda, directeur de recherche au CNRS-IPSL, apporte des précisions sur le volume de pollution généré par ce type d’incendie industriel. « Sans données précises sur les volumes réellement brûlés, il faut rester prudent. Les ordres de grandeur pour un grand incendie industriel suggèrent des émissions d’environ 100 000 à 900 000 tonnes de CO2 », explique le chercheur.

« Pour donner une idée concrète, un vol européen comme Londres-Rome émet environ 15 tonnes de CO2 pour l’avion entier. Cela correspondrait donc à environ 7 000 à 60 000 vols de ce type. » précise-t-il. L’équivalent de 7 000 à 60 000 vols en une seule nuit, rien que ça. Mais le CO2 n’est pas le problème le plus urgent pour les Téhéranais. Ce sont les particules fines et les composés chimiques qui représentent un danger.

Et pour cause, Davide Faranda explique que Téhéran est une ville « déjà très exposée à la pollution atmosphérique et aux situations de stagnation de l’air. » La géographie de la capitale joue contre elle avec ses chaînes montagneuses. La ville piège les polluants dès que le vent est plus faible. Les particules se déposent alors sur les quartiers résidentiels et sont inhalées par la population. Pour rappel, des études menées au Canada après les grands feux de forêt associent cette pollution à des milliers de décès prématurés. La combustion de pétrole brut crée des concentrations bien plus élevées de substances toxiques qu’un feu de végétation.

Pourtant, la menace ne se limite pas à Téhéran. Les modèles prévisionnels de Copernicus et de la NOAA suivent le déplacement de ce nuage d’aérosols. Les cartes du lundi 9 mars montrent clairement le nuage au-dessus de la capitale iranienne. Selon Météo France, le flux atmosphérique est orienté d’ouest vers sud-ouest. Le nuage se déplace donc vers l’est de l’Iran. Si cette orientation se maintient au cours de la semaine, des particules finiront par atteindre le Turkménistan et des pays d’Asie centrale.

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Vers où va se diriger le nuage toxique de Téhéran ?

Les quantités exactes restent impossibles à déterminer à ce stade. L’impact dépendra de la durée des incendies et de l’évolution des vents dans les prochains jours. On parle d’un nuage qui couvre déjà plusieurs centaines de km selon les satellites. Un changement de direction du flux vers le nord-ouest ramènerait le nuage vers l’Irak et la Turquie. Ce sont le golfe Persique et les pays du Golfe qui seraient touchés vers le sud. Chaque scénario implique des millions de personnes exposées à des retombées acides.

Un nuage aussi énorme et capable de bloquer la lumière du soleil en plein jour fait aussi chuter les températures. C’est un effet documenté dans les grandes catastrophes industrielles. Les aérosols absorbent et diffusent le rayonnement solaire, ce qui modifie le bilan énergétique à l’échelle régionale. Les prochaines données de Copernicus permettront de mesurer l’ampleur exacte de ce refroidissement temporaire.

Autant dire que les conséquences à long terme sont aussi préoccupantes que la crise actuelle. Ce type de pollution s’infiltre dans les habitations et reste pendant des années. Les particules se logent dans les murs, les meubles, les systèmes de ventilation. Le risque de cancers du poumon et du cerveau est documenté sur la durée, avec les enfants et les personnes âgées en première ligne. La contamination des sols et des nappes phréatiques par les retombées acides pose un problème qui dépasse la seule qualité de l’air.

Les particules fines ignorent les frontières

Bref, la dimension environnementale de ces frappes est massive. Le Croissant-Rouge iranien dénombre environ 10 000 structures civiles endommagées sur l’ensemble du territoire, dont près de 8 000 logements et plus de 1 600 locaux commerciaux. Le ministère iranien des Affaires qualifie les frappes de « crimes de guerre » et prévient que cette catastrophe ne se limiterait pas aux frontières du pays.

La pollution atmosphérique ignore les frontières et les particules fines voyagent sur des milliers de km. Reste à savoir si les prochaines données satellites confirmeront une propagation vers l’Asie centrale, ou si les vents ramèneront le nuage vers d’autres régions. 

  • Les frappes israéliennes de la nuit du 7 au 8 mars 2026 ont touché cinq installations pétrolières de Téhéran et un immense nuage de fumée noire recouvre la capitale.
  • Le Croissant-Rouge iranien alerte sur des hydrocarbures toxiques, du soufre et des oxydes d’azote, avec un risque de pluies acides et des consignes de confinement et de masques FFP2.
  • Copernicus et la NOAA suivent le déplacement du nuage, il pourrait se diriger vers l’est de l’Iran puis vers l’Asie centrale selon l’évolution des vents.

Source : France Info

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