« Le projet est mort » : Dassault accuse Airbus de torpiller le SCAF

C’est à Saint-Cloud, lors de la publication des résultats annuels de Dassault Aviation, qu’Éric Trappier a lâché la phrase qui fait trembler le programme SCAF. « Si Airbus maintient la probabilité de ne pas travailler avec Dassault, le projet est mort. » a-t-il déclaré.

SCAF
© Rama

On parle tout de même du programme d’armement le plus ambitieux de l’histoire européenne, estimé à plus de 100 milliards d’euros. Et le patron de l’avionneur français ne s’est pas arrêté là. « Airbus ne veut plus travailler avec Dassault », a-t-il martelé devant les journalistes ce mercredi 4 mars 2026.

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Dassault entre en conflit contre Airbus autour du projet SCAF

« Nous respectons à la lettre nos engagements. C’est Airbus qui ne respecte pas l’équation du début. » Bref, c’est la guerre ouverte entre les deux géants européens de l’aéronautique et le programme SCAF traverse sa pire crise depuis son lancement en 2017.

Mais alors pourquoi cette déclaration aussi violente ? Il faut dire que le blocage dure depuis des mois. Tout tourne autour du Next Generation Fighter, le futur chasseur de sixième génération qui sera au cœur du SCAF. Dassault est le maître d’oeuvre de cet avion. C’est ce qui a été convenu au départ du programme. Sauf que voilà, Airbus, qui représente l’Allemagne et l’Espagne, refuse d’être relégué au second plan.

Pour Éric Trappier, la question est pourtant tranchée. Un avion de combat ne se construit pas en « co-co-co », comme il le dit lui-même. Il faut un seul patron, un seul responsable technique. C’est la doctrine française depuis le Rafale. Et c’est précisément ce qu’Airbus cherche à remettre en question. En février, Guillaume Faury, le patron d’Airbus, a ouvert la porte à une « solution à deux avions ». Éric Trappier rejette cette idée tout simplement. « La France ne supporte pas l’idée d’avoir deux avions », a-t-il prévenu.

Il faut dire que deux avions, c’est deux fois plus de coûts, deux fois plus de délais, et la fin de l’intérêt économique du programme. Le SCAF devait remplacer le Rafale français et l’Eurofighter germano-espagnol à l’horizon 2040. On en est très loin. La Phase 2 n’a toujours pas de contrat. Le démonstrateur en vol, prévu avant 2029, prend du retard. Et la phase 1B, financée à hauteur de 3,2 milliards d’euros, patine.

Le projet SCAF est en train de battre de l’aile

Mais ce n’est pas tout puisque le chancelier allemand Friedrich Merz a jeté de l’huile sur le feu il y a deux semaines. Dans le podcast Machtwechsel diffusé le 18 février, il a remis en question la pertinence même du programme pour son pays. « Les Français ont besoin d’un avion capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions. Ce n’est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l’armée allemande », a-t-il tranché.

Il est même allé plus loin. Il se demande si un avion de combat piloté sera encore utile dans vingt ans, vu les coûts colossaux et le rôle des drones en Ukraine. Bref, Berlin ne se cache plus. L’Allemagne n’a pas les mêmes besoins que la France. Le fossé est trop large pour un seul avion. L’Inde discute déjà avec Paris pour un éventuel partenariat sur un avion de sixième génération si le SCAF s’effondre.

Face à ce scénario, Emmanuel Macron tente de sauver les meubles. Lors de sa visite en Inde le 19 février, le président français a réaffirmé que les Européens « ont intérêt à avoir un modèle commun ». Pour lui, les tensions entre Dassault et Airbus ne sont que des « frictions entre entreprises ». « Est-ce que ça doit décider de la stratégie des États ? La réponse est non », a-t-il insisté.

Paris ne lâche pas l’affaire avec le projet SCAF

Le chef de l’État refuse le gaspillage. « Est-ce que c’est la meilleure utilisation de notre argent que de faire plusieurs avions ? On a besoin d’avoir un standard européen. » Sur le papier, la position française est claire. Paris ne lâchera pas. Pourtant, la réalité industrielle raconte une tout autre histoire.

Pour rappel, Dassault Aviation se porte très bien sans le SCAF. Le groupe a publié un chiffre d’affaires de 7,42 milliards d’euros en 2025, au-dessus de l’objectif de 7 milliards. Le carnet de commandes atteint 46,6 milliards d’euros avec 220 Rafale en commande, rien que ça. La Marine indienne a commandé 26 Rafale Marine et New Delhi négocie 114 appareils de plus. Pour 2026, Dassault vise 8,5 milliards de chiffre d’affaires avec 28 Rafale et 40 Falcon à livrer.

Le 300e Rafale a été livré en 2025. Éric Trappier prépare le standard F5 du Rafale et un drone de combat. Autant dire que si le SCAF meurt, Dassault a déjà son plan B. Airbus, de son côté, affirme être prêt à développer seul son propre avion de combat. Résultat, on se retrouve avec le pire scénario possible. Deux industriels européens qui se tournent le dos, deux programmes parallèles, et une dépendance aux F-35 étasuniens qui ne fait que grandir. Le SCAF n’a jamais été aussi proche de la fin.

  • Éric Trappier (Dassault) avertit le 4 mars 2026 que sans coopération avec Airbus, le programme SCAF est menacé de mort.
  • Le blocage porte sur le Next Generation Fighter, et Dassault exige un maître d’oeuvre unique pour l’avion de combat.
  • La Phase 2 n’a toujours pas de contrat, ce qui repousse le démonstrateur en vol prévu avant 2029.

Source : La Tribune

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