L’Europe peut-elle bâtir une IA mondiale face à la puissance de frappe des États-Unis

La souveraineté technologique européenne s’impose comme le grand sujet du moment. Au salon Vivatech à Paris, une peur domine, celle de dépendre des IA étasuniennes. La décision de Donald Trump de bloquer un modèle d’Anthropic fut un électrochoc. L’Europe tarde.

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  • À Vivatech, le blocage de Mythos 5 et Fable 5 par Donald Trump a relancé la peur d’une Europe dépendante des IA étasuniennes.
  • Startups, politiques et industriels appellent désormais à accélérer sur des modèles, des infrastructures et des champions européens de l’IA.
  • Entre investissements massifs, data centers et départ de talents des États-Unis, l’Europe voit une occasion rare de reprendre la main.

En juin 2026, le salon Vivatech a fêté ses dix ans à Paris. La souveraineté est revenue dans presque chaque discussion, après le coup de Donald Trump contre les modèles d’Anthropic. On parle d’un fossé énorme avec les États-Unis sur les financements.

L’Europe cherche à se défendre face aux IA étasuniennes

La levée récente de 65 milliards de dollars d’Anthropic dépasse à elle seule tout ce que les startups d’IA européennes et britanniques ont reçu l’an dernier. Pour beaucoup, l’Europe a deux ans pour bâtir son infrastructure d’IA. Aidan Gomez, directeur général de Cohere, fixe le cap. « Nous devons garantir qu’une démocratie occupe la deuxième place, et ce n’est pas le cas aujourd’hui », explique Aidan Gomez.

Il s’agit d’un électrochoc venu de Washington. Le 12 juin 2026, l’administration Trump a ordonné à Anthropic de suspendre l’accès à ses modèles Mythos 5 et Fable 5 pour tout non-Étasunien. La mesure vise même les employés étrangers de l’entreprise.

Et pour cause, la directive invoque la sécurité nationale, signée par Howard Lutnick, secrétaire au Commerce. En clair, tout l’épisode autour de la directive qui suspend Fable 5 et Mythos 5 a exposé la fragilité de la dépendance européenne. Anthropic a coupé l’accès dans le monde entier en quelques heures.

Des entreprises européennes qui se réveillent enfin

Mais ce n’est pas tout, l’onde de choc a réveillé les startups européennes. Michael Förtsch, directeur général de Qant, le reconnaît sans détour. « L’attention dont nous bénéficions en Europe n’aurait pas été la même sans Donald Trump », déclare Michael Förtsch.

La veille de Vivatech, la France a rompu le contrat de son renseignement intérieur avec l’étasunien Palantir, au profit de la société française ChapsVision. Résultat, l’inquiétude monte après l’interdiction de Fable 5 dans toute la classe politique. De Jordan Bardella à Bruno Retailleau, les appels à un champion français se multiplient.

Pour rappel, l’Europe avance ses propres plans. Le 1er juin 2026, le sommet Choose France a réuni 93 milliards d’euros d’investissements étrangers à Versailles. SoftBank porte à lui seul jusqu’à 75 milliards d’euros pour des centres de données d’IA dans les Hauts-de-France.

L’Europe se dote d’arguments pour attirer les entreprises

Il faut dire que la France mise sur son parc nucléaire pour attirer ces infrastructures. Cohere noue des partenariats avec l’allemand Aleph Alpha et l’espagnol Indra, dans un mouvement où l’Europe se tourne vers Linux pour réduire sa dépendance. Yann LeCun, parti de Meta pour fonder AMI Labs, pousse un modèle ouvert avec le projet Tapestry. « Tous les gouvernements du monde veulent la souveraineté sur l’IA », résume Yann LeCun.

Sauf que voilà, ces promesses ressemblent à de vieux plans déjà tentés. La vraie nouveauté tient au talent qui quitte les États-Unis. L’exemple où les banques européennes restent privées des IA étasuniennes montre l’urgence.

Jakob Uszkoreit, directeur général d’Inceptive, voit un basculement. « Les États-Unis viennent de montrer que, dans le nouvel ordre mondial, c’est terminé », déclare Jakob Uszkoreit. En 2017, Jakob Uszkoreit et Aidan Gomez ont cosigné l’article qui a inventé les Transformers, l’architecture à la base de l’IA générative. Sur les huit auteurs de cet article fondateur, sept sont nés hors des États-Unis. 

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