Conduit accompagnée à 14 ans : 20 à 30 % de risques d’accidents en moins selon les chercheurs

L’ECF Le LEEM a publié une étude qui propose d’ouvrir la conduite accompagnée dès 14 ans en France. Il s’agit d’un an de moins que l’âge actuel qui est de 15 ans depuis 2014. Les chercheurs qui ont signé ce rapport sont Gérard Hernja, Christophe Bailleul et Mathieu Forets.

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conduite accompagnée 14 ans
© Unsplash
  • Une étude de l’ECF propose d’ouvrir la conduite accompagnée dès 14 ans au lieu de 15 ans.
  • L’objectif est d’allonger la durée d’apprentissage pour améliorer les automatismes et réduire les accidents.
  • Aucune réforme n’est actée, et une expérimentation est évoquée avant toute décision.

L’objectif n’est pas de laisser un adolescent conduire seul mais d’allonger la durée de la conduite accompagnée pour ancrer les automatismes. Pour rappel, la conduite accompagnée, ou AAC pour apprentissage anticipé de la conduite, est la filière la plus efficace du permis de conduire français. Le taux de réussite à l’examen pratique est de 75 % contre 59 % en filière classique.*

Une étude demande d’abaisser l’âge pour conduire à 14 ans

La première année de conduite autonome s’accompagne d’une baisse de l’accidentologie entre 20 et 30 %. Sauf que voilà, le permis à 17 ans a provoqué une baisse de 6 % des inscriptions à l’AAC en 2024. Patrick Mirouse, président du groupe ECF, réclame aussi depuis des mois une réforme des fautes éliminatoires pour libérer des places d’examen. En gros, les jeunes optent pour la formation classique au lieu de l’AAC. Et l’ECF cherche un levier pour inverser la tendance.

L’argument principal de l’étude repose sur les neurosciences. Marie-Axelle Granié et Fabienne Varet soulignent que l’adolescence est un « âge d’or » de la mémoire procédurale. « L’AAC permet de déplacer la charge attentionnelle. À 18 ans, le jeune conducteur n’a plus besoin de ‘penser’ à ses pieds ou à ses mains ; il peut consacrer 100 % de ses ressources cognitives à la détection des dangers. »

La différence de maturation cérébrale entre 14 et 15 ans est jugée faible par les auteurs. En revanche, une année de plus d’apprentissage encadré permet de mieux ancrer les automatismes de conduite avant l’examen.

Patrick Mirouse, président du groupe ECF, résume la philosophie du projet. « Former plus tôt, c’est protéger plus longtemps. Accompagner davantage, c’est sécuriser durablement. » Il décrit cette période comme « une période de plasticité exceptionnelle du cerveau ». L’étude s’appuie aussi sur le travail du chercheur norvégien Truls Vaa.

Le but est d’adopter les bons réflexes de sécurité au plus tôt

« L’expérience de conduite est le facteur le plus déterminant dans la réduction du risque d’accident. » L’expérience ne se mesure pas en heures, mais en diversité de situations. L’étude recommande un minimum de 3 000 kilomètres avant le passage de l’examen.

Mais ce n’est pas tout. Le rapport propose plusieurs modifications concrètes. Un troisième rendez-vous pédagogique obligatoire serait ajouté au cursus. L’ASSR dispensé au collège serait refondu en un vrai « pré-AAC » qui intégrerait aussi les engins de déplacement personnel motorisés, les fameuses trottinettes électriques. La formation des accompagnateurs serait renforcée.

Vincent Boccara et Christine Vidal-Gomel, deux autres chercheurs cités dans l’étude, soulèvent un problème connu. « L’apprentissage repose sur les interactions entre le formateur et l’apprenant. Or, le parent n’est pas un instructeur formé. » Pour pallier ce problème, l’ECF envisage la création d’un réseau d’accompagnateurs agréés pour les candidats qui n’ont pas de parent disponible.

L’étude ne passe pas sous silence les limites du système actuel. Marie-Axelle Granié note que « le chiffre de ’30 % de baisse’ est en partie artificiel. Les familles qui choisissent l’AAC sont souvent issues de milieux socio-professionnels plus stables, où la sécurité est une valeur forte. » En clair, il y a un biais de sélection. Les familles les plus exposées au risque routier sont aussi celles qui ont le moins accès à la conduite accompagnée. L’abaissement à 14 ans ne sert à rien si les inégalités d’accès ne sont pas résolus.

S’inspirer du modèle nord-américains ?

Les auteurs s’inspirent des systèmes de permis gradués nord-américains. Dans certains États et provinces canadiennes, un « learner’s permit » est accessible dès 14 ans. Les résultats montrent des baisses de 20 à 40 % des accidents mortels chez les jeunes conducteurs.

À l’opposé, l’étude cite le cas des A-traktor suédois, des tracteurs modifiés conduits par des adolescents dans un cadre très peu encadré. Ils provoquent un risque de décès ou de blessure grave quatre fois supérieur à celui d’une voiture normale. Le cadre réglementaire est donc décisif.

Rien n’est encore décidé. L’étude propose une expérimentation et aucune réforme officielle n’a été annoncée. La Délégation à la Sécurité Routière a confirmé que les règles de l’AAC allaient « évoluer dans les prochains mois », sans préciser dans quel sens.

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