L’Europe engage 50 milliards de dollars dans des missiles longue portée sans les États-Unis. Le 8 juillet 2026, une coalition de douze alliés a signé une déclaration au sommet de l’OTAN, à Ankara. Le Royaume-Uni mène cette initiative appelée Deep Precision Strike Capability Investment Initiative. Les signataires citent le repli militaire étasunien comme déclencheur.

- Douze alliés européens engagent 50,66 milliards de dollars sur dix ans pour développer des missiles longue portée sans les États-Unis.
- L’initiative répond au repli militaire étasunien en Europe, avec moins d’avions, de ravitailleurs, de soldats et de moyens de surveillance.
- Le vrai test reste industriel : transformer les déclarations communes en commandes fermes, production massive et missiles réellement disponibles.
L’Europe engage 50 milliards de dollars pour combler son plus gros trou capacitaire. Il s’agit d’armes capables de toucher une cible à 300 kilomètres au minimum, parfois au-delà de 2 000 kilomètres. Ces engins seront développés sans participation de Washington.
L’Europe effectue une commande de 50 milliards pour des missions longue portée
Yvette Cooper, cheffe de la diplomatie britannique, décrit des armes taillées pour les cibles de grande valeur et les chaînes logistiques des armées. L’enveloppe exacte atteint 50,66 milliards de dollars sur dix ans. Soit un gros investissement dans un contexte géopolitique plus tendu que jamais.
Le calendrier n’a rien d’un hasard. Et pour cause, la déclaration cite les récents ajustements de posture des forces étasuniennes. Le 18 juin 2026, Pete Hegseth, secrétaire à la Guerre des États-Unis, a lancé une revue de six mois sur sa posture en Europe. Le Pentagone rabote déjà les moyens promis à l’Alliance en cas de crise.
On parle d’une flotte de chasseurs ramenée d’environ 150 à 100 appareils et de ravitailleurs retirés. Les avions de surveillance passent de 26 à 15 appareils et un porte-avions est réaffecté hors d’Europe. Le retrait de 5 000 soldats d’Allemagne est engagé et la rotation d’une brigade vers la Pologne est annulée.
En clair, les Européens reprennent les missions que Washington abandonne. Le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas ont signé le texte. La Norvège, la Roumanie, l’Espagne, la Suède, la Turquie et le Royaume-Uni également.
L’Italie et la Pologne ne figurent pas parmi les signataires, alors que ces deux pays mènent déjà des programmes de frappe. Résultat, le missile européen longue portée se répartit entre plusieurs coalitions qui se recoupent.
L’Europe a un énorme retard sur les États-Unis
Il faut dire que l’Europe a pris beaucoup de retard. Pour rappel, de 1988 à 2018, le traité sur les forces nucléaires intermédiaires interdisait ces armes. Le texte interdisait à Washington et à Moscou tout missile terrestre entre 500 et 5 500 kilomètres de portée.
Aucun membre européen de l’OTAN n’aligne aujourd’hui de missile de croisière tiré depuis le sol. Le Royaume-Uni reste le seul à dépasser les 1 000 kilomètres, grâce aux Tomahawk et aux Trident de ses sous-marins. La guerre en Ukraine a rendu cette absence sensible.
Bref, la coalition d’Ankara prolonge un programme lancé deux ans auparavant. Le 11 juillet 2024, quatre ministres de la Défense ont lancé l’European Long-Range Strike Approach à Washington. Sébastien Lecornu pour la France et Boris Pistorius pour l’Allemagne ont signé la lettre d’intention.
Guido Crosetto pour l’Italie et Władysław Kosiniak-Kamysz pour la Pologne les ont rejoints, puis le Royaume-Uni et la Suède. Le 18 juin 2026, les six pays ont réparti ce cadre en huit groupes confiés chacun à une nation pilote. Le découpage retient trois catégories de frappe terrestre, de 300 kilomètres à plus de 2 000 kilomètres.
La France progresse aussi et renforce son armée
La France avance sur tous ces fronts. En juin 2026, la Direction générale de l’armement a retenu le missile THUNDART de MBDA et Safran. Cette solution souveraine a été préférée à une offre étasunienne. La même agence prépare un missile balistique terrestre de plus de 2 000 kilomètres.
Le budget 2026 inscrit 15,6 millions d’euros de premières études, un milliard d’euros suivra. Le missile de croisière naval de MBDA sert de base à une version tirée du sol. En parallèle, le missile antiradar Stratus RS associe la France, le Royaume-Uni et l’Italie.
Le Royaume-Uni finance aussi ses propres programmes. Le budget britannique atteint 3 milliards de livres sur quatre ans pour ses munitions longue portée. En octobre 2024, l’accord de Trinity House l’a associé à l’Allemagne.
Les deux pays visent un missile furtif et hypersonique de plus de 2 000 kilomètres. Mais ce n’est pas tout, Londres coopère aussi avec l’Australie et les États-Unis sur un engin balistique supersonique de 500 kilomètres.
Le 7 juillet 2026, six alliés ont lancé un projet parallèle au forum de l’industrie de défense de l’OTAN. La France, le Royaume-Uni, la Turquie, l’Italie, la Norvège et le Danemark visent des missiles bon marché produits en masse. L’Alliance reconnaît un défaut de compatibilité entre ses systèmes de frappe, un frein à la production.
Mais derrière les mots, les actions doivent suivre
Sauf que voilà, une déclaration commune ne produit aucun missile. Fabian Hoffmann, analyste des missiles, attend les commandes fermes et les calendriers de production. Selon lui, l’Europe a besoin de produire des missiles au lieu d’effets d’annonces. En gros, cette coalition sera jugée sur ses commandes.
La fragmentation européenne justifie cette prudence, comme le montre l’après-SCAF et son programme à 100 milliards d’euros. Le contrat de 5,4 milliards d’euros décroché par le GCAP confirme que les formats restreints progressent plus vite. L’Europe signe des déclarations communes mais produit encore trop peu de missiles.
Source : Breaking Defense
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